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A LA COUR DE MAXIMILIEN

Albert Durer, l'artiste le plus célèbre de la Renaissance allemande, était né à Nuremberg en i47i-

En ce temps, dans les pays allemands, les artistes vivaient encore, comme au moyen âge, en ouvriers : dès qu'ils savaient lire et écrire, ils commençaient par être apprentis chez un maître peintre, orfèvre, ou sculpteur; ils devenaient ensuite compagnons et allaient « faire leur tour », c'est -k-dire travailler dans les grandes villes d'Allemagne et des contrées voisines; puis ils se fixaient dans quelque endroit, le plus souvent dans leur pays natal, et passaient leur vie à travailler dans leur atelier pour les confréries, les églises, les princes ou les riches particuliers. Ils n'étaient pas admis dans la société des nobles, et, même s'ils acquéraient quelque réputation, ils ne cessaient pas d'être traités en inférieurs.

La jeunesse de Durer ne différa pas de celle des artistes de son temps.

Il descendait d'une famille de paysans allemands émigrés dans un village de Hongi-ie. Son grand-père s'était établi orfèvre dans la ville de Gyula. Le père de Durer, orfèvre lui aussi, était allé comme compagnon dans les Pays-Bas. Puis, au lieu de retourner en Hongrie, il s'était fixé à Nuremberg. Cette ville, peuplée de plus de vingt mille habitants, était le grand centre du commerce et de l'industrie dans toute laFranconie orientale, les bourgeois riches y étaient nombreux. Diirer le père avait trouvé du travail chez un des plus riches orfèvres de la ville, maître Jérôme Holper, qui finit par lui donner en mariage sa fille et lui laisser son commerce. De ce mariage

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naquirent dix-huit enfants; Albert Durer était le troisième. Diirer fut d'abord choisi par son père pour lui succéder dans sa maîtrise. Il commença fort jeune à ciseler et à graver; mais cet art lui plaisait peu. « Ayant déjà, nous dit-il, appris à faire de jolis ouvrages d'orfèvrerie, je me sentis plus de penchant pour la peinture que pour la profession d'orfèvre. J'en parlai à mon père, qui en fut fâché, car il regrettait le temps que j'avais perdu à apprendre l'orfèvrerie. Pourtant il accomplit mon désir et en l'an i486, le jour de Saint-André, me mit en condition pour trois ans chez Michel Wohlgemuth. » Diirer avait alors (piinze ans et demi.

Michel Wohlgemuth, dont Durer devint l'apprenti, était un peintre célèbre de Nuremberg; il habitait comme la famille Durer dans la rue Unter den Verten et travaillait surtout pour les églises et pour le parrain de Durer, rimprimeur Antoine Koburger ; le jeune apprenti ne sortait pour ainsi dire pas de sa famille. Michel Wohlgemuth était un vieil ouvrier très pieux qui ignorait les règles de la perspective et de l'anatomie et se bornait à imiter la nature de son mieux. Diirer, qui plus tard s'instruisit beaucoup, resta fidèle à ce principe de son vieux maître : « N'aie jamais la pensée de faire quelque chose de meilleur que ce que Dieu a fait. »

A dix-neuf ans, après les paques de l'année i4i)0. Durer partit a faire son tour ». Il voyagea jusqu'à ce que son père le rappelât. Il visita surtout les villes du Rhin et de l'Allemagne du Sud, Augsbourg, Colmar, Baie, Strasbourg; peut-être fit-il un séjour aux Pays-Bas et à Venise.

En tout cas il resta surtout le disciple des maîtres allemands et ne fut touché que superficiellement par l'influence de la double Renaissance bourguignonne et italienne. Mais ces années de vie nomade ont affranchi son génie des traditions de la corporation et de sa ville natale. Diirer revint en i494 après la Pentecôte. Le 1 4 juillet suivant son père le mariait à la fille de son ami, le maître mécanicien Ferey. Cette demoiselle, nommée Agnès, était fort belle. Albert Diirer lui-même, au moment de son mariage, était un grand beau garçon, fort soigneux de sa personne. Il avait une figure fine, aux traits déhcats, au nez droit, aux yeux brillants, encadrée de cheveux soyeux, longs et à demi bouclés. Son cou mince, sa poitrine large, ses mains très belles, son ventre peu saillant, ses jambes nerveuses quoiqu'un peu fortes lui donnaient une jolie prestance. H était du reste assez content de sa personne et ses lettres à son ami, Willibald Pirkheimer, nous ont conservé l'expression naïve de cette satisfaction.

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