‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 41 sur 56 · ALBERT DURER A LA COUR DE MAXIMILÎEN · texte numérisé non relu

ALBERT DURER A LA COUR DE MAXIMILÎEN

Il avait des manières douces et polies, et une instruction assez grande surtout en géométrie et en sciences naturelles. Il parlait aisément, souvent avec feu, toujours avec une sincérité parfaite. '

Il avait une sensibilité étrangement vive et presque maladive, qui réagissait sur son imagination et sur sa volonté. Aussi était-il porté à la mélancolie. Lorsque son père mourut, en i5o2, son chagrin fut tel qu'il fit une longue et grave maladie. Il paraît avoir été souvent malmené par sa femme. On a sans doute beaucoup exagéré la méchanceté et l'avarice d'Agnès; Pirkheimer a été jusqu'à dire qu'elle enfermait son mari et le menaçait de l'enfer s'il mourait en la laissant dans la gêne. Il est vrai que le portrait d'Agnès donne l'impression d'une femme d'un caractère difficile, et il est à peu près certain qu'elle se montra dans son ménage autoritaire et revèche.

Depuis son mariage, Diirer travailla beaucoup comme graveur, puis comme peintre. Sa renommée de graveur s'étendit rapidement. En Italie même on le mit souvent au même rang que le célèbre Marc-Antoine Raimondi.

Au milieu de l'année i5o5, Diirer se rendit à Venise où il resta un an et demi. Il était appelé là par une commande, un tableau pour l'église du nouveau comptoir des Allemands établis à Venise, l'église Saint-Barthélémy. Diirer fut très bien accueilli : les visiteurs se pressèrent même chez lui au point de le gêner. Les jalousies des artistes du pays ne lui manquèrent pas non plus : il fut cité en justice par les peintres qui lui demandèrent de payer à leurs maîtrises une redevance de séjour.

Après ce voyage, Diirer revint vivre bourgeoisement à Nuremberg, et, sauf quelques voyages, y demeura jusqu'à sa mort.

Jusqu'en i5i2 il travailla pour les particuliers. C'est de cette époque que datent la plupart de ses tableaux et de ses gravures religieuses ou philosophiques, la Passion^ la Mélancolie^ le Chevalier de la Mort, par exemple.

En i5i2 l'empereur Maximilien, revenant de tenir une diète sur les bords du Rhin, passa par Nuremberg. Ce prince aimait les artistes. Comme tous les grands personnages de la Renaissance, il cherchait à laisser dans des oeuvres d'art à sa louange des monuments durables de sa gloire. Il vit Diirer, et le prit à son service. Mais comme l'empereur était d'ordinaire à court d'argent, la plupart des commandes qu'il lit furent fort mal payées. Il accorda à Diirer d'être exempté des impôts dus à Nuremberg pour une somme de cent florins, ce qui ne lui coûtait guère, mais n'enrichit pas

beaucoup Tartiste. Durer n'eut d'almrd qu'un travail d'illustration. Un ërudit, Johannes Stabius, était chargé^ suivant la mode du temps, de trouver les sujets d'allégories décoratives et les inscriptions pour le palais, les cortèges ou les fêtes de Maximilien; Durer exécutait les dessins ou les peintures qu'on lui commandait. Puis Maximilien, ayant fait rédiger des livres destinés à illustrer sa personne et à relater sous la forme de romans, de récits ou d'allégories, les principales actions de sa vie, Durer illustra une partie de ces ouvrages. Il exécuta tous les dessins de l'Arc de triomphe et une partie de ceux du « Cortège » qui forme la seconde moitié de ce « Triomphe de Maximilien ».

L'empereur paraît avoir beaucoup estimé Durer. Il est certain qu'il prenait plaisir à causer avec lui, lors<|u*il venait le voir travailler. Or la plupart des nobles allemands, encore peu faits aux usages des cours italienncsi, ne voyaient en Durer qu'un ouvrier et. trouvaient scandaleux de cauiier familièrement avec un homme d'un rang si bas. On raconte à ce sujet l'anecdote suivante.

Un jour, Diirer dessinait une graiulr coiiipnHÎtlon huv iiii niiir daiiH un château de l'empereur; son échelle était un piMi courte. Maximilien inxila un des seigneurs qui raccompagnaient û tenir réchellc pour que l'artiste pût, sans péril, monter sur les barreaux supérieurs. Le seigneur irrité refusa un service qui lui paraissait trop contraire à sa dignité. Il fit signe à son domesti(jue de tenir l'échelle. Maximilien s'indigna vivement et lui dit : «Ne sais-tu pas que l'art de Durer a plus de valeur que toute ta noblesse? Il m'est facile de faire d'un paysan un noble; mais d'un noble je ne puis faire un Durer. »

Maximilien mourut avant mAme que les gravures <lu (Cortège de triomphe ne fussent imprimées. Après lui Diirer conserva son titre de peintre de la cour; il fut même anobli et revui poiu* armoiries trois écussons sur champ d'azur, un en pointe, deux en chef. F.n il'rm il (ît atix Pays-Ras, pour l'entra de Charles-Quint à Anvers, un \oyage qui fut pour lui un long trumipUe : on l'invita chez le roi de Danemark, alors h Anvers, à la même ulile qnt l'empereur. Mais Diirer était atteint de la maladie <{ui devait renqHtittr • lui-même nous a décrit avec allliction c la petite tache jaune » «lu'il ««'«îl au ilanc ^arhe et qui 1^ rongeait. Dans U MfmairMfi M:<âtiie, le C a^rîl i>x8» n .Nureniiterg, Durer ft'étei|piil bruiquifnieix à l'i^ de '>' »n%^

Aimm» E^MS »&«<««••» )f»«i<iiA>.

«I A»H* ^ '•'• An^«"»<

LUTHER A LA DIÈTE DE WORMS

Luther, issu d'une famille de paysans de Saxe, fils d'un mineur, avait reçu plus d'instruction que la plupart des hommes de son temps. Il avait étudié pendant quatre ans la philosophie et les lettres à l'Université d'Erfurt, pour se préparer à étudier le droit, et il avait pris déjà le grade de maître es arts, c'est-à-dire licencié es lettres, lorsque tout d'un coup, il se décida à renoncer au monde. La mort subite d'un ami, tué en duel, un orage terrible où il se crut perdu, l'avaient ébranlé jusqu'au fond. Pendant l'orage il fit un vœu : « Viens à mon aide, sainte Anne, dit-il, et je me ferai moine. » Il accomplit son vœu ; un soir il réunit ses amis à un repas en musique, et leur annonça son intention ferme d'entrer au couvent des Augustins. Désormais il vécut avec la pensée constante de la mort et la préoccupation de trouver le salut.

Luther avait pris au sérieux sa vocation, il s'était imposé une vie ascétique, il s'était mis à étudier de près la théologie, toujours dominé pai- la recherche des moyens de sauver son âme. Il s'était fait ordonner prêtre; puis son couvent l'avait envoyé à Rome, pour régler une contestation avec le provincial de l'ordre. Là il vit le clergé lettré et frivole d'Italie, plus occupé d'art et d'amusements que de religion, et lapporta de Rome une impression de mépris; mais il ne fut pas ébranlé dans son respect pour le Pape et l'Église. De retour en Saxe, il se fit recevoir docteur en théologie, et fut nommé professeur de théologie à la nouvelle Université de Wittenberg que l'Électeur de Saxe venait de fonder. Contrairement à l'usage, il fit son cours sur des textes de l'Écriture. Puis, sur la demande du provincial de l'ordre, il se mit à prêcher

au peuple.

En i5i7 commença en Saxe la prédication des indulgences. Le pape Léon X ayant besoin d'argent, employait, pour s'en procurer, un moyen qui

LUTHER A LA DIÈTE DE WORMS

n'était pas nouveau. L'Église avait le pouvoir de remettre les péchés et d'imposer une pénitence, elle avait le droit d'exiger une amende en guise de pénitence et de faire servir cette amende à ses besoins. Mais, pratiquée en grand, cette rémission des pénitences moyennant une amende prenait l'aspect d'une vente des indulgences, surtout quand les indulgences étaient accordées d'avance pour des péchés à commettre. La prédication de 1^17 avait été organisée sous une forme presque commerciale. Le Pape avait abandonné à l'archevêque de Mayence, évèque d'Halberstadt, pour une somme de dix mille ducats, le droit de faire prêcher les indulgences dans ses diocèses pendant huit ans, la moitié des produits devait être versée dans la caisse du Pape.

Un dominicain allemand, Tetzel, entré au service de l'archevêque pour cette affaire, se mit à parcourir le pays en prêchant. Il annonçait que chacun pouvait, moyennant une somme fixée, acquérir les mêmes indulgences qu'en faisant le pèlerinage aux lieux saints de Rome. Suivant la fortune, il y avait différentes espèces d'indulgences; on pouvait acheter soit la rémission de tous ses péchés avec remise de toutes les peines du purgatoire, et réacquisition de la grâce de Dieu, soit le droit de choisir un confesseur muni du pouvoir d'absoudre et de dispenser de tout vœu, soit pour ses parents morts la participation au trésor d'indulgence de l'Église universelle, soit même la remise des péchés en faveur d'âmes du purgatoire. Tetzel opérait ouvertement, sans chercher à éviter l'impression pénible que risquait de produire sur les âmes pieuses cette apparence de vente des choses saintes. On lui reprochait d'avoir dit : « Aussitôt que l'argent résonne dans la caisse, l'âme s'élance hors du feu du purgatoire » .

Luther, choqué de cette vente des indulgences, probablement aussi de la doctrine même de l'Eglise sur cette question, après avoir prêché en sens inverse de Tetzel, se décida à rédiger 96 propositions sur les indulgences et les fit, suivant l'usage des Universités d'alors, afficher à la porte d'une église pour attirer l'attention et engager la discussion; puis il les envoya à l'évêque du diocèse, son supérieur. La doctrine exposée dans ces « thèses » est que la pénitence extérieure ne suffît pas à sauver le pécheur, il faut une conversion intérieure dans toute la vie; le pape ne peut remettre que les peines prononcées par l'Église contre des vivants, il ne peut rien pour les morts. Luther croyait d'ailleurs que le Pape ignorait dans quelle forme étaient vendues les indulgences.

Personne ne se présenta pour discuter les 95 thèses de Luther. î/évêque

se borna à lui écrire pour l'engager amicalement à ne pas faire de bruit et

à ne pas entrer en conflit avec rÉglise. Tetzel reçut une admonestation sur sa

façon d'opérer; il répliqua par des thèses qu'il fit afficher à l'Université de

Francfort-sur-l'Oder. La discussion entre Luther et Tetzel continua pendant

plus d'un an, sous forme d'écrits théologiques. Le Pape n'y fit d'abord pas

grande attention, il l'appelait une « querelle de moines », puis il chargea le

général de l'ordre des Augustins, de mettre la paixentreces gens. Mais d'autres

théologiens avaient pris parti contre Luther et montré qu'il était hérétique,

car il opposait à la doctrine du Pape l'infaillibilité de l'Écriture sainte. La

cour de Rome décida alors de le poursuivre et donna l'ordre au général des

Augustins d'arrêter l'hérétique Martin et de l'envoyer à Rome. Luther implora

le secours de son prince, l'Électeur de Saxe; l'Électeur, à ce moment retenu

à Augsbourg où se tenait la Diète, s'entendit avec le légat du Pape et obtint

que Luther serait examiné à Augsbourg. Luther arriva dans cette ville le

7 octobre i5i8.

Le 12 octobre, Luther fut reçu par le légat du Pape qui lui demanda de rétracter ses erreurs. Luther refusa et engagea une discussion. Le lendemain il apporta une protestation écrite où il déclara soumettre ses écrits au jugement de l'Église et accepta la sentence des Universités de Râle, Fribourg, Louvain, Paris. Le légat exigea la rétractation et ne permit qu'une réponse écrite. Quand Luther la lui présenta le jour suivant, le légat refusa de l'écouter et le renvoya en le menaçant de l'exconinninier. Luther prévint le légat qu'il en appelait du Pape mal informé au Pape mieux informé et s'enfuit secrètement d'Augsbourg. Le légat écrivit à l'Électeur de Saxe, lui demandant de livrer Luther ou du moins de l'expulser de ses États. L'Klecteur communiqua la lettre à Luther qui le pria de ne pas le livrer et s'offrit de (piitter le pays. Mais l'Électeur ne voulait pas priver son Université d'un de ses professeurs les plus connus; Luther resta donc à Wittenberg et en appela

solennellement du Pape au concile.

La cour de Rome tenait à ménager l'Électeur de Saxe, car on avait besoin de sa voix pour l'élection de Charles-Quint; elle lui envoya un chambellan du Pape, Miltitz, chargé de lui apporter la ro.se d'or que le Pape donne aux princes en signe d'amitié et en même temps de le décider à livrer Luther. Mais en arrivant en Allemagne Miltitz s'aperçut que la conduite de Luther dans l'affaire des indulgences était approuvée généralement et lenonça à terminer le conflit par la force. Il fit une enquête sur les actes et la conduite

ai

privée tle Tetzel, le hlàma vivement et le renvoya en disgrâce. Au contraire, il discuta avec Luther pendant plusieurs jours et fit avec lui un accord : Luther se borna à reconnaître par une lettre au Pape ([u'il avait été trop vif, et s'engagea à soumettre son affaire au jugement d'un évèque allemand qui déciderait sur quels points il était allé trop loin. Les deux partis devaient garder le silence sur la question.

Mais il n'était pas facile alors d'imposer silence aux théologiens. Une discussion s'était engagée entre un docteur fameux d'ingolstadt, Eck, et un théologien de Wittenberg, Caristadt, ami de Luther, sur le péché et la "race. On convint d'ori^aniser une <liscussion en forme dans une Université. Luther fut chargé de s'entendre au nom de son ami avec Eck. On choisit Leipzig. Mais avant qu'on put obtenir l'autorisation de l'Université, Eck avait déjà attaqué Luther dans 12 thèses publiques et Luther, se regardant comme dégagé de sa promesse, avait répondu par 12 contre-thèses; puis la polémique avait continué entre eux de plus en plus vive.

La discussion solennelle fut enfin ouverte le 27 juin i H(), devant une assistance nombreuse; Luther n'avait pu obtenir de Miltit/ la permission d'y prendre part, il ne vint d'abord que comme compagnon de Caristadt. Mais dans le cours de la discussion, qui dura jusqu'au milieu du mois de juillet, il finit par prendre la parole. Eck chercha à démontrer que Luther était hérétique à la façon de Jean Hus. Il fut convenu que les actes de la discussion seraient soumis au jugement des Universités de Paris et d'Erfurt.

Eck, se regardant comme vainciueur, demanda à l'Électeur de Saxe de faire brûler les livres de Luther, puis il alla à Rome pour obtenir la condamnation de l'hérétique. Il réussit. L'Électeur de Saxe représenta en vain à la cour de Rome que le peuple allemand était très excité en faveur de Luther et qu'il serait plus prudent de réfuter ses doctrines en s'appuyant sur l'Ecriture sainte. Le consistoire, après une longue discussion, rédigea, le i5 juin i5ao, la bulle qui déclarait Luther hérétique pour ses doctrines et pour le fait même d'avoir fait appel au Concile. « Lève-toi, Seigneur, des renards veulent dévaster ta vigne, un sanglier sorti du bois cherche à la détruire. » La bulle ordonnait de brûler les livres de Luther, d'éviter tout contact avec lui ou ses partisans et frappait d'interdit tout lieu où il serait reçu. Le Pape envoya la bulle à l'Électeur de Saxe en le priant de retirer sa protection à l'héréticiue. Eck vint en Allemagne pour publier la liste des partisans de Luther, il y inscrivit les amis de l'excommunié et ses ennemis personnels.

LUTHER A LA DIÈTE DE WORMS

Mais le clergé d'Allemagne n'était pas décidé à obéir. L'Université de Wittenberg, d'accord avec le gouvernement de l'Électeur, refusa de publier la bulle, Luther crut même que c'était une fausse bulle fabriquée par Eck ; il renouvela donc son appel au concile et engagea les princes et l'Empereur à

prendre en main sa cause.

Le nouvel empereur, Charles-Quint, qui venait d'être couronné le 23 octobre, à Aix-la-Chapelle, tenait à montrer son dévouement au Pape; il donna l'ordre de brûler les écrits de Luther dans ses États des Pays-Bas, et le nonce du Pape, Aleander, les fit brûler en cérémonie à l'Université de Louvain. Luther se savait soutenu par son prince, l'Électeur de Saxe; aux nonces du Pape qui lui avaient apporté la bulle et lui demandaient de livrer Luther, l'Électeur avait répondu, après avoir consulté le fameux helléniste Erasme, qu'il faudrait donner un sauf-conduit à Luther et lui faire plaider sa cause devant des juges instruits et non suspects; si ses écrits étaient convaincus d'hérésie, alors lui, l'Électeur, se conduirait en fils soumis de l'Église. Luther se résolut donc à rompre ouvertement avec le Pape. Le 10 décembre, à Wittenberg, devant la porte del'Elster, en présence d'une grande foule, il jeta au feu les livres de droit canon et la bulle du Pape en disant : « Puisque tu as attristé le saint du Seigneur, que le feu éternel te consume. » Le lendemain il commença son cours en disant qu'il fallait que le Siège pontifical fût brûlé; quiconque, dit-il, ne résiste pas de tout son cœur à la Papauté, ne peut atteindre le salut éternel. Désormais Luther ne cessa plus de parler du Pape comme d'un Antéchrist, et de Rome comme de Babvlone, la ville de perdition.

Il venait de provoquer à une lutte à mort le pouvoir ecclésiastique et il ne pouvait même pas espérer être défendu par le pouvoir laïque; car l'Empereur à ce moment était l'allié du Pape. Charles-Quint, après son couronnement, s'était rendu à Worms près du Rhin et y attendait les pnnces allemands qu'il avait convoqués pour tenir la Diète. Il hésita sur ce qu d fallait faire de Luther, si l'on devait le citer à comparaître ou le faire condamner sans l'entendre; la (jucstion n'était pas résolue quand la Diète se rassembla, au commencement de i52i.

La lutte continuait entre la cour de Rome et Luther. Une bulle du 3 janvier prononça solennellement l'excommunication et fit appel au glaive temporel contre l'hérétique. De son côté Luther, dans un sermon prêché pour l'Epiphanie, compara le Pape au roi Hérode. a Le gouvernement du

Il i

Pape et le royaume du Christ, dit-il, sont opposés l'un à l'autre comme Teau et le feu, le diable et les anges. »

Le 28 janvier i52i, l'Empereur ouvrait la Diète de Worms; le discours prononcé en son nom annonçait l'intention de rétablir la paix et l'ordre dans l'Empire et de prendre conseil des États sur les moyens à employer.

Le i3 février, dès la première séance générale tenue par la Diète, le nonce du Pape, Aleander, vint lire un bref du Pape qui engageait l'Empereur, si l'unité de l'Église lui tenait à cœur, à rendre un édit général pour donner force de loi à l'exconimunication contre Luther. Pour justifier sa demande il fit un long discours qui dura plus de trois heures. Aleander, avant de devenir l'homme de confiance du Pape, avait été professeur de littérature antique à Paris où il avait eu l'habitude de parler devant de très nombreux auditoires. Il s'efforça de démontrer aux princes de la Diète que la doctrine de Luther ébranlait les fondements non seulement de l'Église mais de toute la société; comme autrefois les Hussites de Bohème, sous prétexte d'obéir à l'Évangile avaient bouleversé toutes les autorités, les partisans de Luther se préparaient à la révolte ; Luther avait dit qu'on devait se laver les mains dans le sang des ecclésiastiques. Aleander protestait contre la proposition de faire venir Luther devant la Diète; comment entendre un homme qui avait déclaré qu'il ne se laisserait convaincre par personne, pas même par un ange descendu du ciel, qui en appelait à un concile, mais qui méprisait tous les conciles, et prétendait que Jean Hus avait été condamné injustement par celui de Constance? Toutes les négociations par la douceur avaient échoué avec lui et n'avaient fait que le rendre plus obstiné. Il ne restait plus qu'un moyen efficace, c'était de le déclarer au ban de l'Empire en vertu <le la bulle d'excommunication. Aleander engageait les princes à ne pas se laisser aveugler par les apparences de piété de Luther, à obéir à la sentence de l'Église et à ne pas se poser en juges dans une affaire que des laïques ne pouvaient décider.

Ce discours fit quelque impression sur la Diète; l'Empereur présenta aux princes un projet de sentence contre Luther et ses adhérents qui répétait à peu près les arguments d' Aleander et concluait qu'il n'était ni utile, ni convenable d'entendre encore Luther; s'il refusait de se rétracter il devait être arrêté, ses écrits devaient être brûlés, il était interdit de les vendre ou de les lire sous peine de proscription, parce qu'ils ne servaient qu'à anéantir la foi chrétienne, à exciter à la révolte, à l'eff'usion du sang et à la destruction de

LUTHER A LA DIÈTE DE WORMS

toutes les autorités ecclésiastiques et laïques; les partisans et protecteurs de Luther devaient être punis comme criminels de lèse-majesté.

Les princes discutèrent pendant sept jours sur ce projet. Ils craignaient, en abandonnant Luther, de pousser à la révolte ses partisans déjà nombreux; eux-mêmes avaient des griefs contre la cour de Rome et n'étaient pas fâchés d'entendre Luther exposer les siens. L'Électeur de Saxe surtout ne voulait pas laisser condamner son théologien sans l'entendre. La discussion fut très vive, l'Électeur de Saxe faillit se battre avec l'Électeur de Brandebourg, il fallut les séparer. Enfin on s'arrêta à un compromis, et le 2 mars les princes rédigèrent une réponse au projet de l'Empereur. Ils reconnaissaient en principe que l'Empereur aurait pu de son autorité, sans consulter la Diète, lancer sa sentence contre Luther ; mais en pratique ils déclaraient que, Luther ayant par ses prédications, ses doctrines, ses écrits, fait naître dans le menu peuple toute sorte de pensées, d'imaginations, et d'espérances, il serait dangereux de le condamner sans l'avoir d'abord cité et entendu. Ils conseillaient donc de le faire venir en lui donnant un sauf-conduit et de le faire entendre par quelques savants et gens compétents, non pour discuter avec lui mais pour lui demander s'il persistait ou non dans les doctrines contraires à la foi chrétienne; s il les rétractait on pourrait s'entendre sur les autres points et décider suivant la justice; s'il répondait qu'il persistait à soutenir tous ou quelques-uns des articles contraires à la foi chrétienne, tous les princes resteraient dans la foi de leurs pères sans autre discussion et aideraient à la maintenir.

L'Empereur répondit qu'il ne fallait pas confondre l'aff-aire de Luther qui était une question de foi avec les plaintes contre la cour de Rome, qu'il était prêt à écrire au Pape pour le prier de corriger les abus et a discuter avec les princes sur leurs réclamations, mais qu'on ne devait pas discuter l'autorité du Pape et des Décrétales; si on voulait citer Luther, on devait lui demander seulement s'il avait ou non composé les livres incrimines,^ s .1 avouait et se déclarait prêt à rétracter, l'Empereur s'emploierait a le faire relever de l'excommunication, mais s'il persistait dans son hérésie d devait être traité comme un hérétique. En conséquence, le 6 mars, 1 Empereur lança la citation à comparaître qui fut envoyée le i5. La forme en eta.t conciliante. L'Empereur appelait Luther honorable et cher, et le citait devant la Diète pour donner des informations sur sa doctrine et ses livres, a Tu n'as à craindre aucune violence, ni désagrément, car nous t accordons notre sauf-conduit. Nous comptons que tu viendras; sinon, nous lancerons

contre toi une sentence sévère. » Mais la condamnation était déjà décidée. L'Empereur ayant demandé aux princes ce qu'il faudrait faire si Luther ne venait pas ou, étant venu, refusait de se rétracter, on lui répondit qu'en ce cas il serait traité comme hérétique. Dès le 10 mars, l'Empereur avait signé un ordre de livrer aux autorités les écrits de Luther pour les détruire.

Luther, ayant reçu l'assignation avec le sauf-conduit, partit de Wiltenberg le 2 avril. En passant à Erfurt, il fut reçu avec honneur par les professeurs de l'Université et prêcha dans l'église des Augustins devant une foule énorme; il exposa sa doctrine favorite, que le salut ne s'obtient pas par des constructions d'églises, des pèlerinages, des jeûnes, des prières, mais par la foi CM Jéîiu.t-Chri!il (jiii a cSTucé no» p^li^; il paHa du joug intolérable de U papauté et du clergé qui paît 3^ brcln^ ctrtnmc le» lK>ncli<n* : le lendemain à son départ la foule M i)orta «ar les lo|;cmciit.s d<5 clianoine*, cfifonça le» fenùtrcH, démolit les portes, brîja le» talile^ H «n jet* le» iWim daiw U rw. Km rluMiuM, Luther apprit lonirc ^onné p»r rKmp*re«r <le co«H»q«or tous ses écrits. Il hésita à continuer Mvn \oy^ Co iâur-condiiit n'^ail |m* UMC garantie bien m\ic\ Jean Hu> auKsi AVJLÎt eu un «luf-conduit jHwr \t*i\v à Constance et «'en retourner, ce qui n'avait pas emi^cW le concile do le faire arrêter et brûler. Pourtant il se réélit on marcUo; peul-vUrc comptait-il être défendu par les mécontcrtt^ «|u'il sariil dliv nocnlwfmx ibn* le pa>^ <le VVorniH. A VVorms la populaitOM /lait favonilïlf k Luther; ilepult *on discour» contre lui, Alcandcr ne poux;iit >-e nKtntrw <\hm le* noe» mmh •*lre in^utt^, il reçut iM«>mc des lettres de Mieuace; on Tcndaît publM|iacnient dw im*S« qui représentaient Luther avec nm aoréolc de sainl ou U rolo«ibe <lu Sainl- Ksprit sur la t«Mc, ou répandait ilen p<»mpblcl> contre *f* odvcrMÎrw. FrAntx <lo Sickingen irnait la tampagn* au\ caviron* a\-<r d<t4 Ikimles de chevalier* pauvres, pn>tH à profiter de Tixcasion p«Mn- disperser la Oî^ie cl i*cmpar<»r de* btcftidu clergé» c^r ni ri'jwpcrcur, ni le* |>ri»<^ n'avaient de troupe* jXïur »e iUkmàre. Alcanider ^cri%^t m Roine: « Le »enl roi nuîntcnant en Allemagne, e»l Sickin^c^n, car il n autant de suivants ipi'il on vent.... L*K«n|>fr«iir est ham arme». Ia^s aqtrr» prinr^ ne font rien, U»^ pr^l* tmnWeni et se binent avaler comme de* la|>iii«. >

I» parti du Pape cniignait <(ue la prvsence ile l-utlwr ne !>oulevii une é«l«uto>o« diercliadoncàlcmjrfclKr d'arriver. !>• eonfciJcuT de rKmperenr. Glapion, a\^it tié\h tsiOLyé iiiutilwont île le tûrv rttenir par lÉWcieur de Saxe, iittM lI^leetcu^ avait n«fîi»^ de l'entendre. CUpion *'e« alla triftxvft

LUTHER A LA DIÈTE DE WORMS

Sickingen dans son château et le décida à envoyer un messager à Luther pour le prier de venir au château où l'on tiendrait une conférence pour arranger l'alTaire. Mais Luther répondit au messager : a Si le confesseur de l'Empereur a quelque chose à me dire, il peut bien me le dire à Worms. » lAi iG avril, Luther entrait à Worms au milieu d'une foule qui lui était visiblement favorable. Le 17, il comparut devant l'Empereur et la Diète. L'official de Trêves, Eck, lui présenta ses livres et lui demanda s'il voulait les rétracter; Luther, intimidé devant de si grands personnages, répondit d'une voix faible (lu'il demandait du temps pour réfléchir. On l'entendit à peine, il paraissait effrayé et hors de lui. Ce fut une déception pour ses partisans, un triomphe pour ses ennemis. Aleander écrivait que sa figure, sa fiiC>on de |)arlcr lui avaient fait perilre iKuui^up de «i iVputatiivn; <v fiU de jwywn avait para gauclio cl ridicule à «i grand» «igneun». A %n demande, l'Hiupcrcur et les princ« répo»dtrOMt qu'éUnl *55e£ informer pcir h citation à ci>«n|>2rA«tre île la i^i*-on pour Uqu^lWûn leconToquail, il n'avait pas l)c$o«n d un iVlai pour r^^rbii-, mût que par indulgieAte, rKnipcrrur contentait a lui aororder jusqu'au jniu- suivant.

Luther eut le teinp4 de reprendre courage. Le len<lcmain, *on attitude fut tout autre: lor5<|U*on le w>mma de r*îlr»«cr %e% écrila, il rendit d'une voix ferme. Il expliqua qu'il avait puUié trois sortes d'^cntK, de* arutre* d'édiSoition que *« enornilH mêmes cjlinwienl. des polémwn»cx txuurt le Pape et les pa|)«tc* qu'il ne |)ouvait pa» réiraetcr, enfin à» polémi<|ucs contre l« particuliers où il a%ail pcut-cHrc été trop vif. mais «Iwil il ite |Km. vait pi.-i rfiracter le food. Oan» le cajs se«lemei»l où on le con>aiiierait avce U texte d« ÉvaHgilc^ ou d« Prophète*, il hii wrrait possOilo d« Mf r^mcter.

U niite avait pn>mis d'avani^e qu'on ne di>cutcmit pa^» av^ l*«ilier. Kcà ^ borna doue à déclarer que h>» doctrine» riaient «les ctivim-h de W>clcf cl de Jean ICus, dcpuia longtemps r^fut^s p;ir lï".^li*c, il lui demandait >'il ne vouUit pa* rétracter au i^olfts celle» qui avaient d^^ été coudanuiée» par le Concile de OmMance. Luther répondit qull »e pouvait croire excluaivcmenl ni le Pape ni les 0>ncilc$ et qu.l lui falbît un texte de l'Écriture «u des raÎMM évidentes. On hii .Wniand* ce quil pensait du Concile du 0»m. UMC C4 il d«k:lara qu'en bien des poiM^^ ce (>)iicil« Vêtait mis en désaivor^l avec rïUrrtture. Aloi» la discnission devînt très vite entre Eck cl lui. Vaii lirasquemenl l'Kmpcreur mï lova et défendit de continue». A ce moment, au milieu lie l'agitation générale, on prétend que Uther aurait dil : « Jo ne

puis faire autrement ! C'est ieiquejeme tiens, Dieu vienne à mon aide. Amen! « Mais aucun des assistants ([ui ont raconté cette scène n'a entendu Luther dire autre chose que : « Dieu vienne à mon aide. Amenl » Ce qui était une formule habituelle de prière.

Le soir en rentrant à son logement, Luther, la figure joyeuse, s'écria : « J'en suis sorti ! j'en suis sorti ! y> La foule se pressait sur son passage, on ne

parlait plus que de lui.

Le lendemain, l'Empereur envoyait aux princes une lettre écrite de sa propre main en deux langues, en français et en allemand. Il disait qu'étant un Empereur catholique, il voulait rester fidèle à l'Église romaine, et croire les Saints Pères venus de toute la chrétienté assemblés dans les conciles, plutôt que ce moine; il se repentait d'être resté si longtemps spectateur et de n'avoir pas fait procéder contre lui; mais maintenant Luther devait s'en aller sur l'heure. «Nous voulons, disait-il, tenir notre parole, et le sauf-conduit que nous lui avons assuré. Veillez à ce qu'il retourne en sûreté là d'où il est venu. Mais nous défendons qu'il prêche sa pernicieuse doctrine au peuple, de crainte qu'il n'excite quelque émeute. »

Dans la nuit les partisans de Luther écrivirent sur les portes de plusieurs maisons: « Malheur au pays dont le roi est un enfant! » Sur la porte de l'Hôtel de Ville fut affiché un placard qui commençait ainsi : « Après nous être concertés et avoir juré de ne pas abandonner le juste Luther, nous 400 nobles conjurés, nous déclarons la guerre aux princes d'intelligence simple et aux seigneurs romanistes, en particulier l'évêque de Mayence. »

Les princes, soit par crainte, soit par conviction, prièrent l'Empereur de ne pas procéder si vite contre Luther, sans avoir entendu l'affaire, et lui demandèrent d'autoriser quelques-uns d'entre eux à essayer de persuader Luther de rétracter les articles condamnés par le Saint-Siège. L'Empereur consentit, une commission des princes présidée par l'évêque, électeur de Trêves, entra en négociation avec Luther. On lui demanda d'abord de soumettre sa cause à la décision de l'Empereur et de la Diète; il refusa, alléguant que Sa Majesté et plusieurs princes étaient prévenus contre lui. On lui proposa de s'en rapporter à la sentence de plusieurs prélats allemands désignés par le Pape, ce qu'il refusa aussi. On lui offrit enfin de remettre la décision au prochain concile. Il accepta, mais à condition qu'on ne reconnaîtrait rien de contraire à la parole de Dieu et aux épîtres de Paul. On lui représenta que la condition était inacceptable, parce qu'il pourrait toujours

LUTHER A LA DIÈTE DE WORMS

«lire que la décision serait contraire à l'Écriture. Le théologien, Cochlœus, conseiller de l'archevêque, proposa une discussion pubhque ; mais il aurait fallu du temps pour l'organiser, et Luther aurait dû en ce cas renoncera son saufconduit, on dut donc abandonner cette idée. Les négociations furent d'ailleurs amicalel. Luther se confessa à l'archevêque de Trêves, l'archevêque ofi"rit à Luther une prébende s'il consentait à céder. Mais on ne parvint pas à s'entendre. Les conseillers de Charles-Quint l'engagèrent à faire arrêter l'hérétique. Mais l'Empereur refusa de manquer à sa parole. Luther reçut l'ordre de repartir sans délai, son sauf-conduit devait durer encore trois semaines, mais il lui était interdit de prêcher ou de publier aucun écrit sur son chemin. Le 2(3 avril, Luther quittait Worms et deux jours après il envoyait une lettre à l'Empereur, une autre aux princes d'Empire. La seconde fut imprimée en forme de pamphlet; Luther y était représenté entouré d'une auréole et avec la colombe sur la tête. La veille de son départ son protecteur, l'Électeur de Saxe, l'avait fait avertir qu'on voulait le mettre à l'abri; Luther le savait, le 2, avril il écrivait à un ami : « Je vais me faire enfermer et cacher, je ne sais pas encore où.... H faut pendant quelque temps se taire et souflVir. >> A son retour en Saxe, comme il allait visiter ses parents, il fut surpris par des cavaliers qui l'arrêtèrent et l'emmenèrent. Il disparut pendant un an, personne en Allemagne ne savait ce qu'il était devenu, ses partisans le croyaient massacré, on prétendait même avoir vu son cadavre dans une carrière.

En réalité Luther avait été arrêté par l'ordre de son protecteur, l'Electeur de Saxe, et emmené au château de laWartbourg pour le mettre à l'abri. On avait pris des précautions pour que son refuge restât absolument secret. A la Wartbourg il n'était connu que sous le nom du «gentilhomme Georges». L'Électeur s'était arrangé de façon à ignorer lui-même dans lequel de ses châteaux ses gens avaient emmené Luther, afin de pouvoir en toute sincérité assurer qu'il ne savait pas où il était.

Ces précautions n'étaient pas disproportionnées au danger. En refusant de se rétracter, Luther, déjà excommunié, s'était déclaré hérétique et, comme tel, se trouvait sous le coup d'une sentence de mort. Aussitôt après son départ de Worms, Charles-Quint demanda aux princes ce qu il fallait faire contre lui, ses écrits, ses partisans, si on devait les proscrire ou prononcer quelque autre peine. Les princes furent d'avis de rédiger un ed.t contre Luther, comme il avait été convenu d'avance pour le cas ou il refuserait de se rétracter. L'Électeur de Saxe vit qu'il ne pouvait plus soutenir

Ban

rii

,78 SCÈNES ET ÉPISODES DE L'IlISTOmE D'ALLEMAGNE.

son protégé, il écrivait qu'il avait contre lui non seulement Anne et Caïplie (c'est-à-dire les prélats) maisaussi Pilatc et Hérode c'est-à-diie l'Huipereur et les princes); il quitta la Diète et se mit en route. Après son départ, le 8 mai, Aleander rédigea la sentence; mais l'Empereur ne voulut pas le laisser condamner avant d'avoir consulté les princes, et comme il avait d'autres affaires plus importantes à régler avec eux, il laissa passer quelque temps.

Enfin, le 25 mai, le délai accordé pour le sauf-conduit étant expiré, l'Empereur profita d'un jom- où la plupart des princes se trouvaient réunis auprès de lui, hors séance, et fit lire devant eux ledit rédigé par Aleander; un des princes déclara l'approuver, personne n'osa rien répliquer. Ainsi on put dire que l'édit avait été délibéré d'accord entre l'Empeieur et les

princes.

Cet édit de Worms qui fut envoyé dans tous les pays de l'Empire prononçait la mise hors la loi de Luther, ses adhérents et ses auteurs et ordonnait de saisir et de brûler ses écrits. L acte énumérait les motifs de la condamnation : Luther attacjuait les Saints Sacrements et la loi indestructible du mariage, il calomniait le Pape, méprisait le clergé et poussait les laïques à tremper leurs mains dans le sang des prêtres. Il enseignait la servitude de la volonté humaine et engageait à une vie sans règle, il ne s'était pas fait scrupule de brûler publiquement les livres canoniques, il insultait les conciles, appelait celui de Constance une synagogue du diable.... L'édit ordonnait de détruire non seulement les écrits de Luther, mais tous les pamphlets injurieux et les caricatures sur le Pape, les prélats ou la foi cathohque. Et t pour écarter à l'avenir la peste des mauvais livres et obtenir que le noble art de l'imprimerie fût appliqué seulement à des choses bonnes et louables », tout écrit contenant la moindre chose sur la foi catholique devait, avant d'être imprimé, être soumis à l'approbation de l'autorité ecclésiastique et de la Faculté de théologie de l'Université la plus voisine.

Page 1