LES
PAYSANS RÉVOLTÉS A WEINSBERG
Depuis quelques années déjà les paysans clans toute l'Allemagne du Sud murmuraient contre leurs seigneurs et menaçaient de se soulever. La première révolte ouverte se produisit à la frontière de la Suisse en juin i^9.\. Les paysans du comté de Stiihlingen s'assemblèrent en armes devant le château du comte et lui déclarèrent qu'ils étaient résolus à ne plus faire les corvées, à ne plus payer les redevances habituelles, qu'ils voulaient désormais chasser et pêcher pour leur propre compte dans les forêts, les garennes, les étangs. Ils avaient à leur tête Hans Mûller, un ancien soldat de belle taille, bien doué comme orateur et qui avait fait la guerre en France.
L'exemple fut bientôt suivi par les paysans de plusieurs seigneuries de cette région. En Thurgovie des bandes s'élevant, dit-on, à cinq mille hommes, pillèrent les couvents ou les maisons des prêtres et y mirent le feu.
Puis les paysans de Stùhlingen unis aux paysans de la grande abbaye de Saint-Biaise, au nombre de douze cents environ entrèi ont conduits par Hans Millier qui portait un étendard noir, rouge, blanc, dans la petite ville de Waldshut le jour de la fête patronale; ils conclurent avec les habitants une alliance et fondèrent la Confrérie c^'angélifjue ;ih déclarèrent ne plus vouloir reconnaître d'autre seigneur que l'Empereur. Chacun des membres devait payer chaque semaine sa contribution et l'argent devait servir à envoyer des émissaires dans tous les pays d'Allemagne pour gagner des partisans. Hans Millier fut élu « capitaine de la grande confrérie chrétienne de la Forêt Noire ». Il se fit désormais précéder d'un héraut à cheval chargé de menacer
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de l'excommunication laïque quiconque refuserait d'entrer dans la confrérie. Lui-même portait un manteau rouge et un béret roujçe orné d'une plume; l'étendard de la confrérie était traîné sur un cliar orné de feuilla{i;e et de
rubans.
Un pasteur de Waldsbut, Baltbasar Hubmaier, se joignit aux révoltés.
11 prècbait contre les redevances, les dîmes, les corvées et disait que cbacun devrait avoir le droit de cbasser, pêcber, couper du bois, mener paître son bétail où il voulait.
Un prince, Ulricli de Wurtemberg, chassé de son duché pour sa conduite extravagante, se déclara l'ami des paysans révoltés, avec l'argent qu'il avait reçu du roi de France, il avait acheté un château fort près de la frontière suisse et envoyait dire aux paysans de venir se joindre à lui. Quelques chevaliers brigands proscrits et réfugiés en Suisse profitèrent de l'occasion pour rentrer en Allemagne.
La révolte gagna les pays voisins dans le courant de l'hiver. Les révoltés n'étaient pas seulement irrités contre les nobles, beaucoup avaient plus ou moins confusément entendu parler de la réforme de Luther et se soulevaient contre les abus du clergé. Leurs griefs furent énumérés dans les fameux
12 articles dont l'auteur est resté inconnu. Ce manifeste intitulé a articles fondamentaux et justes de tous les paysans et tenanciers des seigneurs ecclésiastiques et laïques » déclare (jue les paysans ne sont pas des séditieux puisqu'ils ne réclament cpie de vivre selon l'Évangile et d'appliquer le droit divin. Chaque commune doit avoir le droit d'élire son pasteur et de le destituer, et le pasteur doit prêcher la doctrine de l'Évangile toute pure. La dîme établie par l'Ancien Testament devrait être abolie d'après le Nouveau; les paysans consentent encore à payer ladime des blés pour Tentretien du pasteur et des pauvres, mais non plus la dîme du bétail, car Dieu a créé le bétail pour l'usage libre de l'homme. Il ne doit plus y avoir de serfs, car le Christ nous a tous rachetés de son sang précieux, le berger aussi bien que le prince; il est conforme à l'Écriture que nous soyons tous libres. Il est contraire à la parole divine €[ue le pauvre homme n'ait pas le droit de pêcher ou de chasser. Dieu a donné à l'honime la puissance sur les animaux des champs, les oiseaux de l'aii- ou les poissons de la mer. Toutes les forêts que les seigneurs et le clergé ont usurpées doivent être rendues aux communes pour que chacun puisse couper le bois dont il a besoin pour se chauffer en hiver. Ces corvées ne doivent pas être augmentées, les redevances doivent être
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réduites de façon à être supportables, les amendes ne doivent pas être plus élevées que dans les usages anciens. Le dernier article déclarait que si ([uelqu'une des réclamations était démontrée contraire à la sainte Ecriture, les paysans l'abandonneraient et par contre qu'ils se réservaient d'en ajouter de nouvelles, si on en trouvait de justifiées par l'Écriture.
Le soulèvement était à la fois social et religieux. Et parmi les insurgés ne se trouvaient pas seulement des paysans, mais, sans compter les aventuriers, beaucoup d'artisans sans travail et un certain nombre de prêtres révoltés contre le clergé. Dans plusieurs villes, les habitants, mécontents des bourgeois qui les gouvernaient, renversèrent le conseil de ville et envoyèrent aux paysans révoltés des armes et des vivres. Beaucoup de soldats vinrent se joindre aux bandes en armes et ceux même qui restèrent au service de leur prince refusèrent de marcher contre les paysans. Les nobles et le clergé purent un moment craindre de voir s'unir contre eux tout ce qui n'appartenait pas aux classes privilégiées. De la frontière suisse le soulèvement s'était étendu en Souabe, en Alsace, en Tyrol, en Franconie, le long du Rhin et jusqu'en Thuringe; Luther se crut obligé d'écrire, pour engager les paysans à rentrer dans l'ordre.
Ces bandes improvisées, recrutées en partie d'aventuriers, commirent en bien des endroits des méfaits et des crimes. Mais les scènes les plus odieuses furent celles qui se passèrent à Weinsberg dans l'Odenwald.
La révolte avait été organisée par un aubergiste, Georges Metzler et un ancien employé d'un seigneur, Hipler, que les paysans avaient élu chancelier et secrétaire en chef. Les rebelles s'assemblèrent et menacèrent de confiscation et de mort quiconque refusait de se joindre à eux. Des bandes des territoires voisins vinrent les renforcer. Ainsi se forma « l'armée évangélique » qui se disait chargée d'appliquer la parole de Dieu. Metzler, élu capitaine en chef, conduisit sa troupe dans un couvent où il convoqua tous les habitants de la région à venir, a pour obéir, disait-il, à la parole de Dieu et aux enseignements de saint Paul ». Les révoltés restèrent plusieurs jours dans le couvent, profanèrent les autels, pillèrent les vases de l'église et détruisirent les objets d'art.
Pendant qu'ils y étaient, ils virent arriver le célèbre chevalier Gôtz de Berlichingen, fameux par ses guerres et ses brigandages; il venait leur offrir l'aide des chevaliers contre les princes et leur demanda de se diriger vers son château.
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Il arriva aussi une l)an(le de paysans et de soldats de fortune sous la conduite d'un chevalier brigand, Florian de Geyer, (on l'appelait « la bande noire »), et d'autres troupes conduites par un certain Jacques Rohrbach, ami de Hipler, qui faisait jurer à ses hommes de chasser les prêtres et les moines et de partager les biens d'Église.
Tous ces rassemblements réunis formaient une masse de huit à dix mille hommes. Ils marchèrent ensemble sous le nom de « bande noire de rOdenvvald et de la vallée du Necker » conduits par Metzler, le chef des paysans de l'Odenwald; ses hommes portaient comme insigne une croix blanche fixt^e au chapeau ou sur le devant des vêtements.
Ils partirent le lo avril et le lendemain forcèrent les comtes de Hohenlohe, Albert et Georges, à jurer d'observer les 12 articles. Albert les priait de s'en rapporter à la sentence d'un arbitre impartial; les insurgés lui répondirent qu'ils ne recevraient d'ordre ni de l'Empereur ni des Etats, mais n'accepteraient que les décisions de la bande unie des paysans; si on refusait, ils ravageraient tous les domaines des comtes. Les comtes durent céder, les insurgés leur firent prêter serment en disant : « Frère Albert et frère (ieorges, venez ici et promettez de rester comme des frères avec les paysans et de ne rien faire contre eux, car vous n'êtes plus seigneurs, c'est nous qui sommes maintenant seigneurs de Hohenlohe ».
Le ï-2 avril les insurgés pillèrent un couvent de femmes, puis ils marchèrent sur Lœwenstein et obligèrent les deux comtes de ce pays, Louis et Frédéric, à jurer aussi fraternité, et à les accompagner, vêtus en costume de paysans, tenant à la main des baguettes blanches.
Enfin l'armée arriva devant la ville forte de VVeinsberg. Elle faisait partie des Etats de Wurtemberg et n'avait qu'une garnison de quatre-vingts hommes d'armes environ commandée par le comte Louis deHelfenstein. Le commandant, à la nouvelle de la marche des paysans, avait demandé des renforts au gouvernement de Stuttgart, et n'en avait point reçu. Comme il soupçonnait les habitants de la ville d'être favorables aux insurgés, il leur avait fait jurer de rester fidèles jusqu'à la mort, mais il ne comptait pas sur eux; c'étaient des gens de Weinsberg qui avaient appelé les paysans, leur avaient indiqué les endroits par lesquels il fallait attaquer la ville et avaient promis de les aider.
Le lundi de Pâques on apprit que les paysans avaient quitté leur camp au point du jour, se vantant de venir chercher les œufs de Pâques à Weinsberg. Le commandant rassembla sur la place du marché ses
chevaliers, ses hommes d'armes et les habitants et les engagea à résister; lui-même, disait-il, avait laissé .sa femme et son enfant dans le château et voulait rester avec eux dans la ville et les défendre, il ne pouvait manquer d'arriver un renfort d'hommes d'armes dans la journée. Puis, avec une partie de ses hommes, il entra dans l'église pour entendre la messe et recevoir la communion. Mais, avant. que le service fût terminé, les paysans arrivèrent devant les murs de la ville et demandèrent qu'on ouvrît la ville et le château à la a bande chrétienne unie ». Une vieille sorcière était avec eux, elle prononça une formule magique pour les mettre à l'abri des balles et des coups.
Aussitôt les gens de la bande noire de Florian de Geyer escaladèrent le château, qu'ils trouvèrent sans défense, le pillèrent et se mirent à le démolir. En même temps les habitants ouvraient une porte de la ville et les paysans y entraient sans combat. Les hommes d'armes essayèrent de se défendre dans l'église, mais ils furent pris. On massacra tout ce qui portait bottes et éperons, on massacra aussi tous les ecclésiastiques. Les insurgés pillèrent l'église, s'emparèrent des calices, des ostensoirs, des ornements, des vases et se répandirent par la ville en se querellant.
Rohrbach avait été chargé de surveiller les prisonniers. Il voulut, comme il disait, inspirer à la noblesse une frayeur extraordinaire, et décida avec ses compagnons de ne donner quartier désormais à aucun seigneur, noble ou homme d'armes, mais de les tuer tous. Tout insurgé qui accepterait un prisonnier serait égorgé.
Pour s'amuser, les compagnons résolurent de faire passer par les piques le comte de Helfenstein, commandant de la garnison, et deux douzaines de nobles. Dans un pré, devant une des portes de la ville, on fit venir les prisonniers et on leur annonça cette décision. La comtesse de Helfenstein, fille naturelle du feu Empereur Maximilien, essaya d'attendrir Rohrbach. Elle se jeta à genoux, à ses pieds, tenant sur le bras son petit garçon âgé de deux ans, et le supplia en pleurant d'épargner la vie de son mari. On la repoussa et même un des insurgés blessa le petit garçon avec la pointe d'une arme. Le comte offrit pour sa vie une rançon de trente mille florins. On lui répondit : a Quand même tu nous offrirais deux tonnes d'or, il faut que tu meures ».
Parmi les insurgés se trouvait un musicien, Melchior Nonnenmacher, qui avait été au service du comte. Il s'approcha de lui et dit : a J'ai
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autrefois joué si souvent pour toi à table, il est bien juste que je joue encore pour toi une vraie danse ». Puis il prit sur la tête du comte son chapeau à plume et se le mit sur la tète en disant : « Voilà assez longtemps que tu l'as porté, je veux moi aussi, à mon tour, être comte ».
Les insurgés se rangèrent sur deux lignes, armés de leurs piques, de façon à laisser entre eux la « rue », comme on l'appelait, dans laquelle les condamnés devaient être poussés l'un après l'autre et périr sous les coups de piques. Le comte passa le premier, son ancien musicien jouait de la clarinette par dérision. Le comte n'eut pas fait plus de trois pas dans la « rue aux piques » qu'il tomba percé à mort. La vieille sorcière qui accompagnait la bande enfonça son couteau dans le cadavre, en fit sortir de la graisse et en enduisit ses soailt^n. Un insurgé. J»cqi>cs Wirt, enlcv« le corselet damassé du comte, svn nMi^iii, 3i'ftp|)nx^ha de la comte»*e cl lui dit : a Femme, comment me trrtuv<*-iu dam ce co«iui»c? »
Les autres nobles furent Vm\ npr^* l'iiiilre passés par les piqu<6 et égorgés. Les jeunes pages-écuyerA furent cnksxH cm Vair k b potniQ dt» piques. Ce fut un massacre géi>^1.
Quant à la conite^tn?» un lui «rmcltt l*Hii JK* lilîoux et môme une partie de ses vêtements; on la mit. elle vX Mê fe>ni«M4» Mar une rliarcttc h fumier et, dans cet écjuipage, on la inen» à lloll»>ro«n. Ix^ gens iJe Weinsberg lui <lisaient : « Tu « venue ici dans un r4rn)^>€ «lor^, tu t'en vas dans une oharcttc » fumier ». Ijt comlcsse» résignée m $0$ malltrar*, dit : « J'ai commis beaucoup de péchés, le Chritt 051 entr^ Atn* tacbe, le jour <los Hameaux, au milieu des «ccbcnations du peuple, fl, bicnliVt Après, il a été crucifié, non pour 5cs péchés, hmîs pour cm% di*« NuirfA, <|u'îl Hoit mon consolateur ». Elle *e réfugia chez son frt'rr, IV-^équo rie Liège» puis chez sa sœur MArgucritc, régente des Ptt}^s«B«s; c'est dans ce pays qu'elle mourut, douze ans plus tard.
La nouvelle du massacre de Wcinsbfr|; produisit une iinprMéâon profonde on Allemagne. On rlisait que les paysans é\^ngéliqu<9 s'étaient conduite aussi cruellement ({uc des Turcs. En vérité l'exécution du cociite de llolfenstein et de ses compagnons n'Avait été rcru^ro qiae d'une iMiixle. Il fut démontré par les intcrrogatotreai qit*oa fit subir plus tard aux paysans vaincuH et prisonniers que la plus ^^n<le pArt»e des insui]^ réunis k Weinsberg n'avaient pris aucune p«rt au «iwUKtt «t ii^hna n*en a^aiient pas ea connaÎMaïKV. Cou\ m^OM qui at aient origanbé €• miMAcrc n'étaient
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pas sans excuse; ils avaient traité leurs prisonniers nobles comme euxmêmes eussent été traités par les nobles s'ils avaient été pris. Ils n'avaient pas épargné leurs ennemis vaincus, mais ils n'avaient eux-mêmes aucun quartier à en attendre. On le vit bien après la bataille de Hoblingen, où les insurgés furent mis en déroute par l'armée de la ligue souabe. Melchior Nonnenmacher, le musicien qui s'était moqué du comte de Helfenstein, Jacques Wirt qui s'était moqué de la comtesse et qui avait porté le premier coup au comte furent faits prisonniers tous deux dans la bataille. Les vainqueurs les attachèrent à des arbres et les rôtirent à petit feu. Jacques Rohrbach, le chef de bande (|ui avait décidé l'exécution, fut pris après la bataille dans la déroute; on l'attacha avec des chaînes de fer et on le fit brûler h petit feu.
Ix 18 nkij l'artn^ de tii ligue- souabe. ayant dispersé les IxtndcK do paysans et r^ablî l'auiorité iSrs nobles dans le Wurtemberg, entr^ iJUnfi Weintbffg po«r so venger ck^ b journ^ du il> avril. On mit le Ceu it la villa; IfA nttbon^. le nK»b«lier, le bétail, i<iul fut bnilé; les habitants se timivèrent réduira ta misère. A l'endroit où k« noMe^ a^aiitnt ét^ mi^sierés. on életa une clMipelte expiatoire oti, chaque année, lierait i>(r^ csîlébré un ««rvioe nuïrtuairti a\>ec dix ine^ws. Plusieurs villages des en tirons <|ni ataient aUlé l'insurrection fanent ég«ilen>ent incendié». On ne »« ilonna |k)^ la peiiM de dîMingner les innocents des coapables.
La l>ande des paysans de l'Odcnuald fut attaquée et mise en déroute le a juin; Gœtz de Ilerliehingcn avait alnindonné ses alliés trois jooirs avant la IxitaiUe, il était parti d^ nuit secrètement. ÎJS ebef de la bande. Mrtzior, s*enfiiit ou moment où allait eommene<r le onoalMt. I<es paysatt^ épouvantés, oanft cM%^ i« dépendirent à |Mtno; iU jetèrent leur» armes, iHMiiicoup même sans atx^ir essayé de %m semr, et s'enfuirent de to«s tàlé^. ils furent poursuivis et traqués comme du gibier. Une troupe réfugiée dans un bois essaya de s'entourer iVnne palissaiie, les soldats les ntassKrèrent h coups <lo piques on, montant sar Itea arbr(ti, les ahâiiir^mt  coups d'arquebuses. On en tua prè^ de Iroli mille; on en fit iroic% centt prisonniers. '
Lei juin la « bande noire » de Florran de G^rcv fui dhi^rsée; 4oo fuyards, retranchés àkna un chiîlesiu incendié, s'y défendirent longtemps, puis furent massor-r^; aoo autres, réfugiés dans une ^ise. y furent brûlés. D'autre, retranchés derrière leurs chariots, se lais«èrtnt ^or^r ^ns ut dépendre.
Si
Un chevalier qui prit part au massacre le décrit ainsi : < Quelques-uns grognaient comme des porcs; d'autres s'enfonçaient la tète en terre, s'imaginant qu'on ne les voyait pas; d'autres levaient leurs mains devant leurs yeux; d'autres imploraient la grâce du ciel. Kt c'était un égorgement sans aucune résistance comme lorsqu'une bande de loups tombe dans un troupeau d'oies ou de moutons; un seul cavalier perçait dix paysans ou plus, serrés les uns contre les autres et dont aucun ne se défendait. » Le chef de la bande, Florian de Geyer, s'était frayé un chemin à travers les vainqueurs; il se retira au loin et périt quelques jours plus tard dans un duel avec son beau-frère.
Le margrave Casimir d'Anspach se signala par sa dureté. Le 8 juin il fit crever les yeux à 57 habitants de Kitzingen et couper les doigts à plusieurs autres. De ceux qu'il avait fait aveugler, plusieurs moururent bientôt; les autres, dépouillés de tout leur avoir et bannis de leur ville, se mirent à errer par bandes, demandant l'aumône en se tenant par la main les uns les autres. Les chefs furent décapités. Les villages furent pillés et rançonnés.
Les paysaxs bé^ultÉs a Weissbekg. — Composition et dessin de G. Roihegrosse .