A INNSBRUCK
L'Rmpereur Charles-Quint désira toute sa vie rétablir en Allemagne l'unité religieuse. Chaque fois qu'il put avoir la paix avec les nombreux adversaires qui menaçaient les divers États de ses immenses domaines, il revint dans l'Empire tenter de mettre fin à l'hérésie. A trois reprises il fut obligé de renoncer à cette œuvre. En iîm la diète de Worms aurait, par la condamnation de Luther, tué le schisme dans son germe, si l'Empereur n'avait pas dn lutter contre une attaque de François T. En i j'Jo, après la pacification de l'Italie, Charles-Quint, à la diète d'Augsbourg, essaya de réfuter, puis de détiuire la confession protestante; mais la ligue des princes allemands à Smalkalde et une double guerre franco-turque l'arrêtèrent. En i54i, à la diète de Ratisbonne, il voulut, en attendant la décision du concile que le Pape allait réunir, imposer à tous les Allemands un a Intérim » ou solution provisoire favorable aux catholiques; les Turcs, puis les Français firent encore diversion à ce projet.
Néanmoins la pacification religieuse fut la grande pensée du règne de Charles-Quint : il considéra toujours comme le premier de ses devoirs impériaux de terminer l'hérésie allemande. Aussi lorsque l'expérience l'eut convaincu qu'il était impossible de mener de front les guerres de politique
européenne et la lutte religieuse, se décida-t-il à faire avec François I" et avec le Sultan une pai\ solide et à se consacrer aux affaires (rAllemagne. Alors commença la période criti(pie de la réforme luthérienne. La (|uerelle fut décidée par une guerre qui dura six années : Maurice de Saxe en fut le principal héros et la fuite de Charles-Quint à Innsbruck en fut la dernière péripétie.
Lorsque l'Empereur convoqua une diète d'empire à Worms, en i545, il espérait triompher de ses adversaires et rétablir l'unité de religion. Une telle espérance n'avait rien de chiméri([ue. Luther et les réformés avaient voulu non pas diviser l'Eglise, mais la régénérer tout entière. Ils acceptaient en principe la convocation d'un concile général ([ui supprimerait les abus, fixerait le dogme et restaurerait l'unité, la catholicité. Sans doute l'intransigeance et les lenteurs de la cour de Home rendaient ce concile fort difficile: le Pape refusait de discuter avec des hérétiques; il voulait, comme au xv' siècle, obtenir leur soumission préalable sans conditions, et rester libre, en qualité de chef absolu de l'Église, de convoquer, de diriger et au besoin de dissoudre le concile à sa guise. Aussi certains princes, tels que le roi d'Angleterre, Henri \ III, l'archevêque électeur de Cologne, Hermann de Wied, et les protestants allemands avaient-ils fini par réformer eux-mêmes l'Eglise dans leurs domaines. Mais le problème était toujours pendant et la solution toujours possible. Charles-Quint tenait à rester fidèle à l'Eglise romaine, autant qu'à détruire l'hérésie. 11 essaya donc de décider d'abord le Pape à convoquer un concile, puis d'amener les protestants à se soumettre aux décisions de ce concile.
Il échoua des deux cotés. Le Pape consentit bien à convoquer un concile pour le printemps de I'")4'>î mais il refusa de le réunir sur territoire allemand, malgré les instances des princes catholiques et de l'Empereur eux-mêmes. Il voulait l'assembler dans une ville des Etats de l'Eglise et (Charles eut peine à obtenir qu'on choisit Trente, capitale du Tyrol italien située près des frontières de l'Allemagne. Le Pape se réserva le droit de présider et de diriger le concile.
Aussi quand la diète impériale se réunit à Worms en mars les protestants regardèrent-ils comme nulle une assemblée dirigée par un pontife qui, ayant déclaré leurs croyances hérétiques, avait perdu tout droit de les juger impartialement. La tentative de conciliation avait échoué.
On dut retarder la convocation du concile. Des troubles éclatèrent en Allemagne : un prince catholique, Henri de Brunswick, jadis chassé de ses