‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 46 sur 56 · FUITE DE CHARLES-QUINT A INNSBRUCK · texte numérisé non relu

FUITE DE CHARLES-QUINT A INNSBRUCK

ao5

envoyés et protestât contre les décisions du concile. Cette attitude réhabilitait du reste le nouvel Électeur auprès de beaucoup de réformés.

A la diète, au contraire, Maurice se montra plus (juc jamais partisan de l'intérim; il se fit même charger de réduire par les armes la ville de Magdebourg qui restait seule à le rejeter. Charles-Quint croyait avoir trouvé en Maurice l'exécuteur volontaire de ses propres desseins.

Cependant Maurice profitait de ce siège pour assembler une armée, et il négociait avec les ennemis de l'Empereur. En novembre i55i, il prit Magdebourg par capitulation, en imposant aux habitants l'obligation de se soumettre aux décisions de la diète. Mais un traité secret avec les chefs de la garnison garantissait le maintien des fortifications; le lieutenant de Maurice, Georges de Mecklembourg, prenait à son service toutes les troupes des deux partis sous prétexte de les emmener contre son frère. En attendant elles plaçaient leurs quartiers d'hiver en Thuringe, aux frontières de Saxe; l'Empereur qui n'avait pas payé la solde des assiégeants dut accepter le fait accompli.

Henri 11, roi de France, pendant l'hiver traita à son tour avec Maurice. Le manifeste qu'il publia plus tard contenait ces mots : « Le fruit que j'attends de cette guerre est de remettre l'Allemagne en son ancienne dignité, de garantir sa liberté, de délivrer Jean-Frédéric de Saxe et le Landgrave de Hesse de leur longue et injuste captivité » .

Pendant ce temps l'Empereur était à Innsbruck en Tirol, à mi-chemin entre Trente et l'Allemagne, occupé surtout des délibérations du concile. Il était malade d'une violente attaque de goutte qui lui rendait le travail difficile. Divers avis lui signalaient la conduite louche de Maurice de Saxe. Mais il avait confiance en lui, et Granvelle, son conseiller, contribuait à le rassurer encore. On raconte que Granvelle avait corrompu deux ministres saxons qui le renseignaient fréquemment sur les actions de leur maître. Maurice, qui avait découvert la trahison, retourna contre Granvelle ses propres artifices.il parut accorder à ces ministres une confiance particulière ; il leur découvrait ses plus secrètes intentions, les consultait avec soin et se servait de leur crédulité pour tromper leur séducteur. Lorsqu'il partit contre l'Empereur, il usa d'un stratagème. Il feignit, à la première étape, de tond)er malade et, comme marque de déférence, il envoya ses espions excuser son retard près de l'Empereur. Aussitôt après leur départ il courut chercher ses troupes en Thuringe où il avait vingt-cinq mille hommes, et en Saxe, où ses sujets recrutèrent un autre corps chargé de protéger le territoire contre une invasion.

2o6 SCÈNES ET ÉPISODES DE L'HISTOIRE D'ALLEMAGNE.

Maurice sut même donner à ses réclamations dernières un air de fidélité envers l'Empereur. Il fit demander encore et solennellement la mise en liberté du Landgrave. Charles-Quint répondit qu'il attendait l'arrivée de Maurice à Innshriick pour lui communiquer ses intentions. L'Électeur donna ordre de louer une maison pour lui dans cette ville et de la mettre en état de le recevoir ainsi que sa suite. 11 commença même le voyage, comme on vient de le voir. Alors tout étant prêt, il publia un manifeste réclamant la liberté du Landgrave, le respect des lois de l'Empire et l'exercice de la religion protestante. Il laissait encore entendre à l'Empereur qu'un accommodement était possible. Le roi de France fit aussi connaître ses intentions. Albert de Brandebourg s'unit à Maurice de Saxe.

La rapidité avec laquelle agit le rebelle et l'incertitude où l'on était de ses véritables desseins déconcertèrent Charles-Quint.

Pendant le mois de mars i552, Maurice organisa la défense delà Saxe et réunit ses troupes à celles de ses alliés allemands. Dans la première quinzaine «l'avril il reprit toutes les villes de Souabe, sauf Ulm, et toucha les subsides de la France. En même temps Henri II conquérait les Trois-Évêchés. Charles- Quint était complètement dépourvu de ressources ; les banquiers de Gênes et de Venise refusèrent de lui prêter de l'argent ; ses troupes étaient en Hongrie, en Flandre, en Italie. H demanda à négocier pour gagner du temps.

Maurice avait son plan; il accepta le i" mai un armistice qui devait commencer le 26 mai et finir le 8 juin. Charles-Quint se crut sauvé.

Mais, du 1" au 26 mai, les révoltés avaient triomphé. Maurice achemina rapidement ses troupes \ers les Alpes. Le 9 mai il les rejoignit. Il lui restait seize jours. Il résolut d'aller droit sur ïnnsbruck; la prise de cette ville coupait l'Allemagne de l'Italie, faisait fuir l'Empereur et sauver le concile.

Le 18 mai on était au pied des montagnes, au défilé de Fussen sur le liCch. Huit cents hommes et deux canons gardaient le passage; en arrière, un corps de quelques milliers d'hommes occupait la petite ville de Reutte et le château d'Ehremberg, sur une montagne entre les deux villes.

Le lendemain, Maurice lança toute son armée sur Fussen; le choc fut si rapide et si fort que lavant-garde ennemie fut enlevée; les protestants arrivèrent dans Reutte avant que la. garnison eût organisé la défense : les Impériaux perdirent un drapeau et mille hommes.

Restait le château d'Ehremberg, bâti sur un haut rocher à pic, barrant la route d'Innsbruek. Une redoute défendait les approches, treize compagnies

Page 1