FUITE DE CHARLES-QUINT A INNSBRUCR
gardaient le château. La redoute fut prise d'assaut, mais le château semblait inexpugnable.
Un berger qui s'était caché dans les rochers vit une chèvre qui montait dans les broussailles; il la suivit et arriva jusqu'au mur d'arrière du château ; la fortification de ce mur était faible, parcequ'on avait cru l'escalade impossible de ce côté; le berger vint s'offrir comme guide à Maurice. Un détachement d'élite prit le soir ce sentier et arriva au sommet de l'escarpement. La garnison attaquée de front et de dos se rendit; quatre compagnies seulement échappèrent. On fit trois mille prisonniers. La fortune favorisait l'expédition. Maurice laissant là sa cavalerie, inutile en pays de montagnes, lança son infanterie sur ïnnsbruck. Sa marche avait été si imprévue qu'il pouvait prendre l'Empereur en personne. Mais un bataillon refusa démarcher avant d'avoir touché la prime que l'on donnait d'ordinaire pour toute place prise d'assaut. Maurice perdit plusieurs heures à calmer cette mutinerie et à décider ses troupes à la patience . ïnnsbruck est à deux jours de marche. Les fuyards y arrivèrent de nuit et annoncèrent la venue de l'ennemi; Maurice ne parut que le matin. Quand Charles fut prévenu, il faisait nuit noire, la pluie tombait à torrents et le vent était violent. L'Empereur était perclus de goutte, incapablede marcher ni de monter à cheval.
Il fallait pourtant partir tout de suite. On abandonna tous les bagages, on mit Charles dans une litière et on partit à la lueur des torches vers la Drave, par de mauvais chemins fangeux. Ferdinand, frère de l'Empereur et roi des Romains, les ambassadeurs, les courti§ans, les domestiques suivaient à la hâte, les uns sur des chevaux, les autres à pied, tous à peine équipés. Ainsi s'en allait à la dérive la majesté impériale brisée parle choc imprévu de
l'aventurier saxon.
Maurice arriva trois heures après le départ de la cour. Désespéré de cette fuite, il poursuivit son ennemi quelques milles. Mais ses troupes étaient épuisées et impatientes de piller.
On revint donc à ïnnsbruck où l'on saccagea tout, sauf ce qui appartenait à Ferdinand, roi des Romains. Peut-être ce prince avait-il quelque liaison avec le vainqueur ; peut-être Maurice tenait-il à faire croire à une entente entre
Ferdinand et lui.
Il ne restait plus que trois jours jusqu'au commencement de la trêve convenue. Maurice se rendit au lieu fixé, à Passau, non plus en négociateur mais en maître.
ao8 SCÈNES ET ÉPISODES DE L'HISTOIHE D'ALLEMAGNE.
Les prélats de Trente, pris de peur, s'étaient séparés à la nouvelle des premiers succès de Maurice. Les évêques allemands revinrent chez eux ; le concile fut prorogé pour deux ans. Il ne se réunit de nouveau que dix ans
après.
L'armée confédérée retourna en Bavière et continua ses conquêtes. Le 2 août l'Empereur, découragé, signait à Passau une paix provisoire. La Réforme avait cause gagnée en Allemagne.
Fi ITK I)K CHAHI.ES-QriKT. — Composition et drMin de G. Roeliegrosse.
RODOLPHE II ET SON ASTROLOGUE
A la fin du XVI' siècle, au moment où les catholiques et les protestants se disputaient les territoires ecclésiastiques d'Allemagne, au moment où les Turcs conquéraient pied à pied toute la Hongrie et où les Etats de la maison d'Autriche échappaient à l'autorité absolue de leurs princes, Rodolphe II s'est rendu célèbre par son inertie volontaire, son caractère bizarre jusqu'à la manie, son goût pour les collections d'objets rares et pour les expériences de laboratoire. Cet Empereur fut un fou couronné qui faillit ruiner le pouvoude la famille des Habsbourg : c'est le Charles VI de l'Allemagne.
H naquit à Vienne le soir du i8 juillet i552, vers sept heures. Il n'était que le second fils de Maximilien II* mais, son aine étant mort, l'héritage impérial lui revint. Sa mère était Marie de Habsbourg, fille de Charles-Qumt. Ainsi Rodolphe était issu d'un mariage entre cousins germains. Son père était un prince intelligent, instruit, ayant le goût des arts et surtout de la musique, très aimable et enjoué, mais sans volonté ferme et continue. Il s'intéressait vivement aux affaires, mais ne s'appliquait efficacement a aucune. Catholique sincère, il pencha d'abord pour la Réforme, pms il envoya son fils à la cour de Philippe II. H voulait ardemment battre les Turcs et, en i566, il mena en Hongrie une grosse armée; mais il ne combattit même pas, quoique le sultan Soliman fut mort au début de la campagne et il paya tribut à la Porte.
La mère de Rodolphe était une femme triste et dévote, sujette à des crises de mélancolie accompagnées parfois de peurs nerveuses et de larmes. Elle était du reste intelligente et bonne, malgré ses emportements, ses étraiiiretés et ses praticiues minutieuses de piété.