DES PLÉNIPOTENTIAIRES FRANÇAIS A RASTADT
En 1 7()3 les armées de la coalition avaient menacé la France sur toutes les frontières; en ijg] les armées républicaines avaient dégagé toutes les frontières, pris l'offensive sur tous les points jadis occupés par l'ennemi; en 1795 la Belgique et la Hollande, la rive gauche du Uhin étaient coiujuises. Il était évident aux yeux des coalisés qu'on ne pouvait plus écraser facilement la France républicaine. Certains songeaient à faire la paix, mais l'Autriche et l'Angleterre ne voulaient pas désarmer.
Les États allemands n'étaient pas unanimes; ils différaient dans la conduite à tenir vis-îi-vis de la République française. La Prusse et les Etats secondaires, sans avoir la moindre inclination pour les idées libérales et révolutionnaires, avaient traité et étaient favorables à une entente. Ils espéraient d'ailleurs gagner à un remaniement territorial que la France ferait dans l'Empire.
Dès ijyj les hommes d'État prussiens, considérant que, suivant la théorie du grand Frédéric, l'ennemi de la maison de Hohenzollern était la maison de Habsbourg, s'étaient rapprochés de la France. Les articles du traité de paix livrés à la publicité déclaraient que les Français, tout en abandonnant la rive droite prussienne du Rhin, conserveraient la rive gauche, (jue la Prusse serait la puissance médiatrice entre la République et les Etats de l'Allemagne du Nord. Un traité secret stipulait que la France agirait à son gré, en Hollande, contre l'armée anglaise, que la République ferait obtenir sur la rive droite du Rhin une compensation à la Prusse pour la perte des provinces rhénanes, et (ju'enfin, les Hohenzollern occuperaient le Hano-
vre si le souverain de cet État s'obstinait à occasionner des guerres en Allemagne. On devait fixer une ligne de démarcation à l'arrière de laquelle la France ne ferait plus avancer ses armées. I/Allemagne du Sud, soumise à l'influence autrichienne, était seule exposée aux ravages de la guerre.
Lors([ue les clauses du traité franco-prussien furent connues, les Autrichiens et les Allemands du Sud poussèrent de grandes clameurs, la Prusse fut maudite : « La Prusse qui s'intitule amie des Français, c'est-à-dire des régicides, des incendiaires, des parjures, des athées.... La Prusse introduit au sein des nombreux États de l'Empire les prêcheurs d'égalité et de liberté, les satellites des illuminés et des propagandistes, les destructeurs du trône et de l'autel, les ennemis des princes et de la noblesse, les adversaires de la sécurité et de la propriété, les sangsues du peuple, les destructeurs des bonnes mœurs. » Et l'état lamentable du Saint-Empire entraînait la triste méditation suivante : « Cette f^mieuse liberté allemande, c'est l'absence de loi et de gouvernement, dégénérée en mépris des lois et décisions de l'Empire. Bien considérée, elle n'est, comme la liberté polonaise, ni plus ni moins que le triste droit de l'aristocratie et de la haute et basse noblesse d'Empire à traiter ses sujets en esclaves, et dans le plus pressant danger de ne contribuer en rien au salut de la patrie; de la pousser au contraire aux abîmes, par la continuation de l'oppression et des abus. »
Dans le camp politique autrichien, c'était la débandade. Les princes abandonnaient tour à tour la cour de Vienne pour se rapprocher de celle de Berlin et se mettre ainsi à l'abri des armées révolutionnaires. Le '2S août 1795 le prince de Hesse-Cassel fit la paix avec la France. Le Hanovre déclara que sa politique n'avait plus rien de commun avec la politi(|ue anglaise. Le duc de Brunswick explicjuait sa défection en ces termes : « 11 déplorait la nécessité qui ne laissait plus aux États particuliers d'autre alternative que se mettre à la discrétion d'un ennemi irrésistible ou de chercher son salut dans des traités de paix séparés. « Le Palatin du Rhin depuis longtemps avait recherché l'occasion de se rendre les Français bienveillants et quand il eut livré Dûsseldorf et Mannheim, on cria, en Allemagne, à la trahison! Comme Jourdan faisait une campagne victorieuse, les petits princes du Sud s'enfuirent de leurs capitales. Le roi de Prusse voulut bien les couvrir de sa protection. Quand Moreau passa le Rhin, le cercle de Souabe s'empressa de dire au général qu'on allait traiter avec les Français; la Franconie fit aussi défection, puis ce furent le margrave de Bade et le duc de Wurtemberg qui