MASSACRE DES PLENIPOTENTIAIRES FRANÇAIS
A ce moment se posait la question des frontières naturelles. Déjà, dans un club de Mavence, Forster, un Allemand, avait dit en novembie 179^2 : « Le Rhin, un grand fleuve na\ igable, est la frontière naturelle d'une grande république ([ui ne désire pas faire de coïKjuêtes, qui n'accepte que les pays qui s'unissent librement à elles, qui a le droit de demander pour la guerre (lue lui ont insolemment déclarée ses ennemis une juste indemnité. Le Rhin, si l'on s'en remet à ré([uité, doit rester la frontière nalurelle de la France. » Mais les hommes d'Etat français hésitaient. Certains croyaient préférable de rendre les pays con([uis et de fixer la frontière à la vallée de la Meuse pour ne point annexer des peuples de race diflérente, pour ne point trop étendre une Ilépul)li([ue f[ui, dans les idées de l'épocjue, ne pouvait, pour prospérer, avoir un grand territoire; on devait garder la ligne des forteresses construites par Vauban, et prendre simplement, en plus, Kaisersiautern, Luxembourg, Mons, Tournay, Nieuport. Barthélémy, à Baie, affirmait aux négociateurs qu'on se songeait pas, à Paris, à prendre la* frontière du Rhin. Mais Sieyès tenait un tout autre langage à l'ambassadeur Gervinus, et Carnot affirmait, au mois d'août 1797, aux ministres prussiens qu'il fallait mettre de l'ordre dans le chaos tie la Constitution gerinani([ue. En 1798 on avait donné aux plénipotentiaires français à Rastadt des instructions pour négocier en vue de modifier la (Constitution de l'Allemagne et de donner à la France la frontière rhénane.
Le 1 1 mars 1798, les Français obtinrent la rive gauche du Rhin, sauf la partie septentrionale. Mais ils désiraient obtenir cette partie septentrionale aussi. Sur la question des indemnités par sécularisation il était plus facile de s'entendre. Les Bavarois expli(|uaient que « ce n'est (|u'en fortifiant les Etats en énergie intensive que l'on rendra à l'Empire la force qu'il a perdue par la diminution de son extension )i. l^es ecclésiastiques seuls faisaient grise mine. « Ils avaient l'air d'excommuniés », raconte un contemporain. L'Empereur était mécontent à son tour; les ecclésiasticpies lui fournissaient dans l'Empire un point d'appui qu'il perdait ainsi. Il tenta de s'entendre à part avec la République. Une conférence fut ouverte à Seltz, en Alsace. Mais la France ne voulut accorder à l'Empereur ni la Bavière orientale, ni des territoires en Italie, ni donner cette assurance que la Prusse n'obtiendrait aucune compensation. L'Empereur décida de rompre les conférences. 11 rappela le ministre plénipotentiaire qu'il avait envoyé au Congrès de Rastadt. Le ministre quitta la ville le i3 avril 1799. Les autres délégués de l'Empire
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si-nifièicnt le ^/'i avril leur décision de suspendre les séances et en firent part Ja IéJ,^1tion française. La léj^-ation française déclara par sa note du 25 que dans les trois jours elle quitterait é-alemenr Rastadt.
Déjà les hostilités contre les Français avaient commencé. Les hussards impériaux avaient arrêté, <lans la soirée du .^. le courrier <le la léi^ation française, bien qu'il fût nu.ni du passeport, entre Rastadt et Pi.ttersdort. I avait été entraîné à Gernsl.ach, ciuartier général du coh>nel impérial de Rarl)ac/.v,et dépouillé de ses dépèches. A la demande des envoyés français, la néputation de l'Empire et la légation hrandebourgeoise s'adressèrent au colonel et réclamèrent de lui : ■ Qu'en conformité des principes du droit des ..ens généralement reconnus, le courrier arrêté et ses dépèches fussent rendus, (pie la correspondance de la légation française fut libre, et que son départ, qui aurait lieu dans trois jours, ne souliVit aucune entrave. » Le colonel Rarbac/v répondit « (lu'il avait donné connaissance de l'arrestation du courrier à ses chefs, et cpi'il ue pourrait déférer à la demande qu'on lu. faisait ciu'après avoir reçu leurs ordres. » La légation brandebourgeoise insista auprès du colonel; mais Rarbaczy, mécontent de cette résistance, se borna à dire, sans dissumuler sa mauvaise humeur : « Qu'il ue pouvait et ne voulait répondre à rien; mais cpil enverrait simplement la lettre des ministres du roi de Prusse à (lui il ai>partiendrait; qu'il avait également envoyé les dépèches enlevées au courrier français et ne pouvait dire autre chose. »
Les ministres français ne changèrent pas leur projet de départ fixe au 28 au matin, huit heures, par la route de Selz. Tout était prêt et les voitures chargées attendaient dans la cour du ChAteau, résidence des plempoteutiaires de la Répul>li(pie. Kt cependant on savait les mauvaises dispositions du colonel barbaczv, on savait ciue de Rastadt au Rhin les hussards impériaux battaient la campagne, en multiples patrouilles, que des envoyés allemands même avaient été arrêtés par des soldats autrichiens!
Le corps diplomati(pie allemand fit entendre aux ministres Irançais qu'il était prudent de ditférer leur départ, d'attendre les réponses que le colonel avait réclamées de ses chefs et qui ne pouvaient tarder d'arriver. Les Français déférèrent aux désirs des ministres germanicpies. Dans la soirée, entre sept et huit heures du soir, un olficier des hussards autrichiens arriva a Rastadt, déclara au baron d'Albini, délégué de Mayence, cjne les 1 rança.s pouvaient partir sans crainte, et remit aux ministres de la République la lettre suivante :