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MASSACRE DES PLÉNIPOTENTIAIRES ERANÇAIS

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a Ministres,

« Vous concevez vous-mêmes qu'aucuns citoyens français ne sauraient être tolérés dans l'enceinte des positions occupées par les troupes impériales et royales. — Vous ne l'interpréterez donc pas en mal quand je me vois forcé de vous signifier, ministres, de ({uitter Rastadt dans les l's heures.

« Gernsbach, le 28 avril i7<)<).

« Signé : Rarbaczy, colonel. »

Aussitôt les ministres de la République française décidèrent de partir. On leur fit remarquer (ju'il était tard et qu'ils n'atteindraient les rives du Rhin (jue dans la nuit ; que le voyage n'était rien moins (jue sûr. Ils passèrent outre et une demi-heure après la réception de la lettre de Rarbaczy le petit convoi était en marche. Le train des ambassadeurs était composé de huit voitures attelées de chevaux pris dans les écuries du margrave, et de conducteurs allemands.

Il ne fut pas facile aux ministres de sortir de la ville. L'officier qui avait porté la lettre du colonel était entré dans la ville avec cinquante hussards Szeklers qui avaient immédiatement occupé les portes et reçu Tordre de ne laisser sortir personne. Quand les Français arrivèrent aux nmrs de Rastadt, on les empêcha de passer. On dut parlementer; enfin l'officier de hussards expli(pia que la consigne des hussards ne s'applicpiait pas aux Français. On avait oublié de transmettre l'indication de cette exception. Mais l'officier de hussards refusa une escorte militaire aux ministies de la Républicpie, n en ayant pas, disait-il, reçu l'ordre. Le capitaine déclara d'ailleurs qu'on pouvait arriver au Rhin en toute sûreté.

Les ministres donnèrent au cocher l'ordre de partir, malgré les représentations des diplomates étrangers, malgré les craintes de leurs épouses.

11 était près de dix heures du soir; la nuit était noire et les voitures étaient seulement éclairées par la lueur d'un flambeau, que portait un homme. A un quart d'heure de la ville les hussards autrichiens atta(iuèrent les voitures des ministres français, et cocher et porte-flambeau reçurent des coups de sabre. Rientot les représentants furent attaqués eux-mêmes, Ronnier fut frappé et laissé pour mort sur le champ. Ses collègues étaient surpris et assaillis en même temps.

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Lorsque R()l)crjot vit que sa voiture était arrêtée, il sauta en ]»as, fit descendre sa femme et se jeta à traveis cliamps. Quand le bruit eut cessé, il dit à son épouse : « Ce n'est rien, rapprochons-nous de ma voiture, elle sera respectée. » Ils étaient à peine arrivés que des Imssards lui crièrent : « Ministre Roherjot? — Oui ». répondit le plénipotentiaire. Ils lui firent une deuxième fois la même demande, suivie de la même réponse. Alors sur de l'homme cpi'il avait devant lui, un hussard lui donna un coup de sahre cpii l'étendit sur le sol. D'autres hussards s'adressaient au valet de chand)re de Rohcrjot. « Domestique? » lui demanda l'un d'eux. Le \alct de clunnhrc répondit : « Oui. domesti(pic. — Domesti(iue reste, point de mal pour toi », dit le hussard, et il lui enleva simplement sa montie. Le valet de chambre prit alors la malheureuse femme de Roberjot, la mit dans la voiture où il monta et qu'il referma derrière lui. Roberjot poussa (juclques cris et les hussards achevèrent l'infortuné à coups de sabre sans aucune pitié.

D'autre part, un hussard s'approcha de Jean Debry; il lui demanda en français : « Es-tu Jean Debry? — Oui ", répondit le ministre, et il exhiba son passeport. Mais le hussard déchira le papier; le ministre, sa femme et ses filles sont précipités à bas de la voiture. On frappa le plénipotentiaire, on le jeta dans le fossé, sur le bord de la route : Jean Debry fit le mort, on le fouilla, il fut dépouillé. Quand on l'eut abandonné, il se levaet courut se réfugier dans le bois voisin; il pleuvait, il se cacha sur un arbre; bien qu'il eût le bras gauche blessé, il passa la nuit dans cette retraite et ce n'est (pi'an jour qu'il regagna la \illc. H eut en arrivant le triste spectacle de ses collègues morts; la foule au milieu de hupielle il s'était réfugié, contemplait les cadavres.

Les hussards ne pillèrent pas les coflres chargés sur la voiture, ni les chariots où s'entassaient les bagages. Mais ils firent main basse sur les bijoux et les petits effets précieux que les plénipotentiaires portaient sur eux et dans les voitures; les (lomesti([ues avaient été pillés, les postillons et les cochers seuls avaient été respectés. Les hussards S/.ekIers prirent à lîonnier trois cents louis et au moins autant aux deux autres ministres. Ils vendirent très ostensiblement à Rastadt les effets précieux qu'ils avaient volés.

Le soir, quand la légation fut partie pour la deuxième fois, on procéda à l'enterrement de lîonnier et de Roberjot. On leur rendit les honneurs militaireset le clergé catholique accomplit les cérémonies de l'Kglise. Durant que défilait le convoi devant le cabaret de l'Ange, un hussard assis au coin d'une table raconta qu'il avait pris part à l'assassinat. Il avouait tout, en pleurant

MASSACRE DES PLENIPOTE^^TIAIRES FRANÇAIS.

et en se tordant les mains. C'était un vieux soldat, qui avait plusieurs campagnes. Il avait été contraint à conunettre ce meurtre par son officier, qui l'avait menacé, insulté; au moment de l'action, alors qu'il hésitait à perpétrer l'horrible action qu'on lui demandait, il avait entendu son officier qui le menaçait de lui fendre la tète.

Voici maintenant l'explication de cet attentat que fournissent les récentes recherches faites dans les archives autrichiennes :

L'archiduc (Charles, son confident (iassbender, son quartier-maître général Schmidt et les officiers de l'état-major autrichien étaient vivement irrités contre les émissaires français des petites cours allemandes qui ne cessaient d'envoyer au Directoire, à Jourdan et à Moreau, de précieux renseignements militaires. Au mois de mais 1799, à la reprise des hostilités, trois agents de la Répnbli(|ue, Bâcher, Alquier et Trouvé, furent recherchés à Ratisbonne, à Munich, à Stuttgait, et reconduits aux avant-postes français. L'archiduc espérait avoir la preuve de la complicité de deux agents, Strick, holUuulais, et Wachter, danois, avec la France, et pour les frapper il voulait saisir cette preuve dans les papiers des plénipotentiaires français.

Au mois d'avril 1799, l'archiduc Charles, qui commandait l'aiinée autrichienne, était malade. Du i j au 26 avril ce fut le général major Schmidt (pn exerça le commandement en fait. Il écrivit alors une lettre à Mayer de Heldenfeld, chef d'état-major, qui conduisait l'avant-poste, dans laquelle il donnait l'ordre de fouiller les bagages des envoyés français au Congrès, de les arrêter même, et de trouver à tout prix la preuve de la complicité de Stiick et de Wachter avec les agents français. Mayer de Heldenfeld était un officier jeune et ardent, il donna des ordres pour exécuter les instructions de son chef, et par son zèle il fut cause de l'assassinat des plénipotentiaires.

D'ailleurs on avait négligé de prendre les précautions, que, dans les circonstances send)lables on avait observées. Quand prit fin le Congrès de Rastadt, on oublia de donner aux plénipotentiaires français des officiers autrichiens pour les amener jusqu'aux lignes françaises comme on avait fait pour Alquier, Trouvé et Bâcher; de plus on écrivait à Barbaczy, du quartier général, qu'il n'avait pas à s'engager dans des « éciitures diplomatitjues ». Il se bornera à déclarer (jue « le retour des ministres français aura lieu sûrement et sans obstacle, mais (ju'ils ne peuvent rester plus longtemps dans les lignes autrichiennes; toutefois, en ce qui concerne leur correspondance, il ne don-

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liera nullement une assurance tranquillisante; il avisera surtout à s'emparer des paquets et à les envoyer, comme il a déjà fait, au (juartier général. »

Mais avant que ces instructions du 28 fussent arrivées, le meurtre était

consommé.

Le 18 mai rarchiduc Charles écrivait à l'Empereur: « Je dois en cette affaire, et comme frère, te prier de m'accorder une f,^râce spéciale pour le général Schmidr. Entraîné par sa haine contre les Français, il a, dans une lettre particulière, fait connaître à Mayer une idée, ou mieux des sentiments; Mayer a donné à cette lettre une interprétation particulière et la chose a dans les degrés inférieurs, reçu plusieurs additions, d'où résulta l'événement. »

On a voulu voir dans l'assassinat des plénipotentiaires français la main des émigrés. C'est en effet en langue française qu'ils avaient été apostrophés, et l'on a pu se demander si des émigrés ne s'étaient point trouvés parmi les hussards Szeklers pour découvrir les victimes et diriger les coups.

La nouvelle de l'assassinat déchaîna en France la colère des patriotes. Des placards aftichés partout dénoncèrent le gouvernement de l'Autriche à l'Euiope. Les délégués des divers États allemanrls avaient, avant de quitter Rastadt, essayé de faire la lumière sur cet attentat au droit des gens. Le gouvernement français institua une fête funèbre en l'honneur des représentants assassinés. Plusieurs orateurs exaltèrent les victimes et couvrirent les agresseurs d'opprobre. Joseph-Marie Chénier prononça un discours. Heursaut Lanurville, chargé de prononcer l'éloge de Roberjot et de Bonnier, se tourna vers Jean Debry et lui adressa ces paroles : « Tu vis; c'est à la postérité de te louer ; nous nous l)ornerons à te venger. » Jean Debry lui répondit : « Je jure par la tondje de mes malheureux collègues de partager leur sort plutôt que d'être infidèle à la Républitjue, sans laquelle nous n'avons plus qu'à mourir. > On décida que la place de Bonnier et de Roberjot resterait vacante pendant deux ans au Conseil des Anciens et couverte d'un crêpe noir. A chaque appel nominal on faisait entendre leur nom, et le président répondait : « Que le sang des ministres assassinés à Rastadt retombe sur la maison d'Autriche! ».

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Comtwsilioii il ({c^>iii dr <•. Roch f grosse.

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