‹ Scènes et épisodes de l'histoire d'Allemagne [microform]Chapitre 6 sur 56 · EXORCISE UNE POSSÉDÉE · texte numérisé non relu

EXORCISE UNE POSSÉDÉE

Saint Gall fut un des douze moines irlandais qui, sous la direction de saint Colomban, quittèrent l'abbaye de Bangor. Cette abbaye, fondée en 559 par saint Comgall dans la province d'Ulster, au nord de l'Irlande, était rapidement devenue très prospère; vingt ans après sa fondation, elle comptait trois mille moines. Saint Colomban et ses compagnons partaient par esprit de mortification; ils renonçaient à leur patrie qu'ils aimaient tendrement pour aller vivre au milieu des étrangers, imitant comme ils disaient l'exemple d'Abraham.

Débarqués en Gaule, ils s'affligèrent d'y voir la discipline ecclésiastique affaiblie par la négligence des évêques et les vertus chrétiennes oubliées au milieu des guerres continuelles. Après plusieurs années de vie errante, ils arrivèrent à la cour de Contran, roi de Bourgogne, qui les reçut bien, et, pour les retenir dans son royaume, leur donna le château fort d'Annegray construit jadis par les Romains et depuis longtemps inoccupé. Le nombre de leurs disciples devint bientôt considérable, ils obtinrent alors le château de Luxeuil, dans la région des Vosges, où s'élevaient encore de grandes constructions bâties au temps des Romains à cause des eaux thermales. Dans les forêts voisines, on voyait encore les idoles que les Gaulois avaient adorées.

Contran étant mort sans enfants, son neveu Thierry lui succéda. Il fut d'abord très bienveillant pour les moines; mais sa grand'mère Brunehault ne pouvait supporter les remontrances que Colomban faisait au roi sur ses mauvaises mœurs. Colomban écrivit même à Thierry pour le menacer de l'ex-

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communier, interdit à Bruneliault d'entrer dans le couvent, et comme le roi le menaçait de ne plus accorder de faveurs aux moines, il répondit : « Détruis notre monastère si tu veux, mais si tu le fais, ton royaume sera détruit avec toute ta race ». I^e roi lui dit : « Tu espères que je te procurerai la couronne du martyre; mais je ne suis pas si fou. Je me contenterai de te renvover au pays d'où tu viens ». Il fit expulser de Luxeuil tous les moines étrangers et laissa les autres.

Colomban avec Gall et les autres Irlandais, accompagnés par des soldats, furent conduits jusqu'à Nevers et embartjués sur la Loire. A Tours, on permit à Colomban d'aller prier sur le tombeau de saint Martin; l'évéque l'invita à diner et lui demanda pourcpioi il ([uittait son couvent : < C'est ce chien de T'hienv (jui me chasse, répondit-il, mais nous pouvez lui dire (jue dans trois ans sa race sera extirpée par Dieu «. (^ornme on voulait le calmer, il ajouta : « Je ne puis pas taire ce que Dieii m'ordonne de dire ». A Nantes, on les fit monter sur un navire qui retournait en Irlande.

Mais ce navire ayant été rejeté à la cote, le capitaine laissa les passagers aller où ils voulurent. Les moines se dirigèrent vers la cour de Clotaire II, roi de Neustric, ([ui leur lit bon accueil et leur accorda une escorte pour se rendre auprès de Théodebert, roi d'Austrasie, ils voulaient traverser les États de ce prince pour se rendre en Italie. Mais sur la prière de Théodebert, ils consentirent à rester dans la région du Rhin pour convertir les populations encore païennes. Par le Rhin et la Limmat, ils arrivèrent au village de Tuggen au bord du lac de Zurich.

Le pays leur plut, mais non les habitants (jui, pres(|ue tous adoraient les idoles. Gall brûla leurs temples et renversa les chaudières oîi ils faisaient leur bière; les païens, furieux, voulurent le tuer. Colomban les maudit et partit avec ses compagnons.

Depuis les invasions des Alamans, ce pays était presque désert; les buissons couvraient les ruines des Nilles et des fermes; les habitants, très peu nombreux, étaient presque tous idolâtres.

Les moines se réfugièrent à Arbon, chez un des rares chrétiens restés dans cette région. C'était un prêtre nommé Wilimar: il les garda sept jours et leur indiqua, au bord du lac de Constance, une ville romaine abandonnée. Coloiidian et Call partirent en bateau et arrivèrent à Brégenz; ils y trouvèrent un ancien sanctuaire chrétien où les païens avaient élevé trois idoles dorées. Call parlait bien la langue des barbares; il se mit à

SAINT GALL EXORCISE UNE POSSÉDÉE. ,(j

prêcher et les habitants, curieux de voir des étrangers, accoururent en foule. Quand il eut fini, il brisa les idoles à coups de pierre et en jeta les débris dans le lac; ensuite il purifia le sanctuaire, le bénit, et le rendit à sainte Aurélie son ancienne patronne. Les moines s'installèrent dans les maisons vides et se mirent à travailler comme des abeilles. Chacun faisait ce qu'il savait faire; Gall était habile pêcheur.

Un jour qu'il péchait dans le lac, le démon de la montagne cria au démon du lac : « Lève-toi et chasse cet étranger, il a brûlé mon temple et brisé mes images! Unissons-nous contre lui! » Gall pria et sa prière mit les deux démons en fuite.

Mais les païens, irrités de l'incendie de leurs temples, persécutaient les moines; ils leur volaient leurs vaches et les accusaient auprès du duc Cunzon de troubler le pays. « Nous avons trouvé une coquille d'or, dit Colomban, mais elle est pleine de vipères. » Il résolut de partir pour l'Italie : Gall ne voulut pas le suivre, et dit qu'il était malade; Colomban ne le crut pas : « Reste donc ici puisque tu es las de la vie que je te fais mener; mais je te défends de dire la messe tant que je vivrai. »

Gall resté seul fut soigné par un diacre de Wilimar, nommé Hitibold ; quand il fut guéri il lui demanda s'il connaissait une solitude où il pût placer son oratoire. « Je connais bien, répondit le diacre, un endroit très sauvage, mais il est plein de bêtes féroces. » — « Si Dieu est avec nous, dit Gall.' que nous font les bêtes .^ » Ils se mirent en route et Gall déclara qu'il ne mangerait pas jusqu'à ce que Jésus-Christ lui eût indiqué l'endroit où il devait s'arrêter. Quand ils arrivèrent au ruisseau de Steinach, ils reconnurent à la grande quantité de poissons qu'ils y virent, que l'endroit n'avait pas d'habitants. Le diacre fit du feu et prépara le souper. Gall continuait à marcher en priant; son pied s'étant endjarrassé dans un buisson, il tomba. « Laisse-moi, dit-il à Hitibold qui voulait le relever, c'est ici l'endroit qui m est destiné. » Il se leva, fit une croix avec une branche de cornouiller et y pendit une boîte pleine de reliques. Puis ils prièrent, mangèrent et s'endormirent.

Dans la nuit Gall se leva en silence et retourna prier. Un ours, descendu de la montagne, vint manger les restes de leur repas, (iall lui dit : « Bete! mets un morceau de bois au feu ». L'ours apporta une énorme bûche et le saint lui donna un morceau de pain pour sa peine. Il ajouta : « Quitte cette vallée et n'y reviens pas; va-t'en sur les montagnes qui ne

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