SAINT GALL EXORCISE UNE POSSÉDÉE
sont à personne, mais (sarcle-toi de faire du mal aux troupeaux ou aux hommes. y> Son compaji^non, qui ne dormait pas, avait tout entendu; il vint se jeter aux pieds de Gall en lui disant : oc Je vois bien que Dieu est avec toi puisque les bètes sauvaj^es t'obéissent ». Gall lui défendit de raconter
ce qu'il avait vu.
Le lendemain le diacre alla à la pêche. Comme il lançait son fdet, le démon lui apparut sous la forme de deux femmes nues; elles étaient debout sur l'autre rive, et comme prêtes à se l>aigner. Quand elles virent Hitibold, elles lui jetèrent des pierres en criant : « C'est toi qui as amené ici cet homme odieux (lui ne veut pas nous laisser en repos! . Le diacre alla conter à Gall ce qu'il avait vu; tous deux se mirent à prier et demandèrent à Jésus-Christ d'éloigner les démons. Quand ils revinrent au ruisseau, ils virent les démons (jui s'en allaient. Gall leur cria : « Fantômes, je vous ordonne de quitter ce lieu et de n'y jamais revenir «. Mais pendant qu'ils continuaient leur pêche, ils entendirent des cris sur la montagne; c'était comme des voix de femmes qui pleurent sur des morts. « Où aller? disaient-elles, cet étranger ne nous laisse plus d'asile, ni chez les hommes, ni dans les solitudes. » Et dans la suite, Hitibold étant à la chasse entendit encore trois fois les démons demander si Gall était encore dans le pays
ou s'il était parti.
Quel([uc temps après, ils allèrent à Arbon, auprès de Wilimar. Celui-ci venait de recevoir une lettre lui ordonnant de se rendre avec Gall dans la ville d'Uberlingen, auprès du duc Cunzon dont la lille uniiiue, Fridiburga, était gravement malade. Un mauvais esprit disait-on, était entré en elle et lui faisait endurer des souffrances incroyables.
Elle ne voulait pas manger et frétiuemment se roulait par terre en écumant; il fallait alors (juatre hommes pour la maintenir. Le duc Cunzon avait fait prévenir le roi d'Austrasie Théodoric, car le fils du roi Sigebert était fiancé à Fridiburga, et le roi venait d'envoyer deux évêques pour la guérir. De son côté, Cunzon, connaissant la réputation de sainteté de Gall, avait écrit à Wilimar de l'amener auprès de sa fille.
Mais Gall refusa. « Laisse-moi retourner à ma cellule, dit-il à son ami, qu'y a-t-il de commun entre moi et les grands de la terre? » Comme Wilimar insistait, il s'enferma et recommanda à ses frères, si on les pressait de questions, de dire qu'une lettre de Colomban l'avait appelé en Italie. Puis il traversa la montagne et arriva au village de Gral)s, près de la forêt
de Sennwald, sur le bord du Rhin. Il y trouva un diacre très pieux, nommé Jean, qui le prit pour un pèlerin venu de loin et le reçut très bien. Wilimar alla dire au duc (jue Gall s'était enfui. « Trouve-le, lui dit le duc, et décide-le à venir; si, par son ministère, Dieu guérit ma fille, je l'enrichirai et je lui donnerai l'évêché de Constance. » L'évêque de cette ville était mort (piclques jours auparavant.
Pendant que Wilimar retournait auprès de Gall pour tenter un dernier effort, les évêques envoyés par le roi arrivèrent chez Cunzon. Ils allèrent voir Fridiburga et lui offrirent de riches présents; mais la jeune fille, échappant aux mains qui la tenaient, saisit une épée et voulut les en frapper. Le démon qui était en elle dit aux évêques : « Jamais vous n'aurez le pouvoir de me chasser d'ici. Il n'y a qu'un homme qui le puisse; c'est Gall. Il m'a déjà chassé de Tuggen et de Brégenz; le duc l'a expulsé; et c'est pour me venger que je me suis emparé de cette fille ». Un des évêques, entendant le mot Gall, crut qu'elle voulait parler d'un coq, et lui donna un soufflet en disant a Tais-toi, Satan »! Alors le démon redoubla d'injures. Au bout de trois jours, les évêques repartirent pour raconter au roi ce qu'ils avaient vu.
Wilimar s'était mis à la recherche de (iall; il le trouva dans une grotte, en oraisons : « Ne crains pas, lui dit-il, de venir auprès du duc; il a juré qu'il ne te ferait aucun mal. Il te demande seulement de poser ta main sur la tête de sa fille, en priant. » Là-dessus arriva le diacre .Tean avec du pain, du vin, de l'huile, du beurre et des poissons. Ils rendirent grâces au Seigneur et se mirent à manger. Gall promit de partir; mais il voulut d'abord rentrer à Arbon pour voir ses frères. Il y trouva un envoyé du duc qui le suppliait de se hâter; depuis trois jours la jeune fille n'avait rien voulu manger. Il monta en bateau avec Wilimar et le diacre Jean qui ne voulut pas le quitter; le soir même, il arriva chez Cunzon.
Le lendemain, il entra avec le duc dans la chambre de Fridiburga. Elle était dans les bras de sa mère, les yeux fermés, pareille à une morte; une vapeur sulfureuse sortait de sa bouche; autour d'elle, les gens de la maison attendaient ce qui allait arriver.
Le saint se mit en prières; puis, tout en pleurant, il dit : « Seigneur Jésus-Christ, qui avez daigné naître d'une vierge, qui avez commandé aux vents et à la mer, qui avez mis Satan en fuite, ordonnez à l'esprit immonde de quitter cette jeune fille ». Il se releva et prit dans sa main celle de la
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