SAINT GALL EXORCISE UNE POSSÉDÉE
princesse, mais le mauvais esprit lai donna de violentes convulsions. Alors il lui imposa les mains et dit « Esprit immonde! au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, je t'ordonne de quitter cette créature de Dieu. « Rlle ouvrit les yeux et le reconnut. L'esprit mauvais dit alors par sa bouche : « C'est toi, Gallus, f[ui m'as déjà chassé deux fois; je suis entré dans cette fdle parce que son père t'a chassé avec tes frères. Si tu me renvoies d'ici, où irai-je? » (;all répondit : « Tu retourneras dans l'abîme où Dieu t'a précipité ». Alors, à la vue de tous, un épouvantable oiseau noir s'envola de la bouche de Fridiburga; sur-le-champ elle fut guéiie et le saint la rendit à sa mère.
Le duc se réjouit de la guérison avec sa famille. Il donna à Gall les cadeaux apportés par les évèques et lui promit l'évéché de Constance. « Aussi longtemps que vivra mon maître Colomban, répondit le saint, je n'ai pas le droit de célébrer la messe. Laisse-moi lui envoyer quehiues-uns de nos frères pour lui demander l'absolution. Si je l'obtiens, j'accepterai ce que tu m'ofTres. » Le duc y consentit; mais en attendant, il envoya an centenier d'Arbon l'ordre de se mettre, avec les paysans, à la disposition des moines pour les travaux du monastère. De retour à Vrbon, Gall distribua aux pauvres les cadeaux que lui avait faits le duc.
Quand le roi d'Austrasie Sigebert apprit la guérison de Fridiburga sa fiancée, il ordonna au duc de la lui amener pour célébrer ses noces. Le duc la conduisit en grande pompe jusqu'au Rhin; de là, ses officiers l'accompagnèrent à la cour. Le roi l'interrogea sur sa guérison : elle répondit qu'il y avait dans une solitude un Irlandais qui faisait des miracles au nom de Dieu. « Comme j'étais à l'extrémité, dit-elle, il est venu sur la prière de mon père; il m'a imposé les mains, il a fait sur moi le signe de la croix et a ordonné au démon de s'en aller et le démon est sorti de ma bouche sous forme d'un corbeau hideux. Ensuite, j'ai reçu le corps du Seigneur. » Elle se jeta aux pieds du roi et lui demanda de protéger l'ermite qui l'avait guérie. Sigebert envoya à (iall deux livres d'or et deux livres d'argent et fit ordonner à Cunzon de lui fournir les matériaux pour la construction de son couvent.
Le lendemain, le roi lit préparer un repas de noces auquel il invita toute sa cour. Mais quand il fit appeler Fridiburga et la prévint de se tenir prête, elle se mit à genoux et lui dit : « Seigneur, je suis encore faible et languissante; je vous supplie de me laisser sept jours pour reprendre des forces»; puis elle se retira dans sa chambre. Pendant le repas, beaucoup s'étonnaient de ne pas voir la fiancée auprès du roi.
Pendant une semaine, elle ne dit à personne ce qu'elle avait résolu. Le septième jour, de très bonne heure, elle entra dans l'église de Saint- Étienne par la porte de derrière, quitta ses vêtements royaux et mit une robe de religieuse. Puis elle vint s'appuyer à l'angle de l'autel et dit : « Saint Etienne, vous qui avez versé votre sang pour Jésus-Christ, intercédez pour moi auprès de lui, afin que le roi consente à mon vœu et que ce voile ne soit pas arraché de ma tête ».
Le roi, averti, réunit les princes et les prêtres et leur demanda conseil. Cyprien, évèque d'Arles, lui dit : « C'est pendant qu'elle était au pouvoir du démon que cette fille a fait vœu de sainteté ; prenez garde, si vous l'en détournez, qu'elle ne retombe dans de pires souffrances dont vous seiiez responsable. » Le roi alors entra dans l'égUse, se fit apporter les ornements que sa fiancée avait quittés et lui dit doucement : « Viens auprès de moi ». Mais, pensant (ju'il voulait la faire entraîner hors de l'église, elle embrassa plus étroitement l'autel. Le roi dit plus haut : « Viens auprès de moi, n'aie pas peur; je te laisserai faire comme tu voudras ». Elle appuya sa tête sur l'autel en disant : « Je suis la servante du Seigneur; que sa volonté s'accomplisse ».
Alors Sigebert ordonna aux prêtres de l'amener devant lui et de la revêtir de la robe royale, du voile et de la couronne de mariée, puis il dit : « Avec ces ornements dont on t'avait parée pour moi, je te donne pour épouse à Jésus-Christ ». Jl prit sa main, la mit sur l'autel et sortit en pleurant. Plus tard, il la fit venir dans son palais, lui donna de riches présents, et la mit à la tête d'un couvent fondé à Metz sous le patronage de saint Pierre.
Un peu après, le duc convoqua à Constance les prêtres, les diacres, les moines et les laïques de la région pour élire un évêque. Quand tout le monde fut réuni, le duc invoqua le Saint-Esprit et lui demanda d'inspirer le choix de l'Assemblée. Aussitôt il n'y eut qu'une voix dans le clergé et dans le peuple pour déclarer que Gall devait être élu, parce que personne n'était plus savant, plus sage, plus juste, plus doux, plus continent et plus patient que lui. « Tu entends ce qu'ils disent? » lui dit le duc. « Oui, répondit Gall, mais un de nos canons défend de nommer les évêques d'origine étrangère. C'est mon diacre Jean qu'il faut élire; il est de ce pays et rempli de bonnes qualités. » Le duc demanda à Jean s'il se sentait capable d'administrer une Eghse. Gall se hâta de répondre à la place de Jean et fit un grand éloge de
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la maturité de son esprit. Jean s'enfuit en pleurant dans l'église de Saint- Étieune; la foule alla le chercher et le ramena de force. Il fut élu et consacré par les évêques, puis monta sur une tribune et prêcha. Gall resta encore sept jours avec lui, puis, lui ayant demandé sa bénédiction, il retourna dans sa cellule où il continua à vivre avec douze moines.
Un dimanche matin, il dit à Marginald, son nouveau diacre : « Lèvetoi vite et prépare-moi l'autel; je dirai la messe aujourd'hui. Cette nuit, j'ai eu une révélation : mon maître Colomban est mort, il m'est apparu et m'a demandé de célébrer une messe pour le repos de son âme ». Après la messe, Gall dit à Mar-inald : « Va en Italie, à l'abbaye de Bobbio; informetoi exactement de ce qui est arrivé à Colomban; fais-bien attention au jour et à l'heure. Va et reviens vite. — Mais, dit Mar-inald, je ne sais pas le chemin. — Va donc, Dieu te conduira. » A Bobbio, le diacre apprit que Colomban était mort à l'heure même où Gall avait eu sa vision et les moines lui remirent un bâton (juc Colomban leur avait dit d'envoyer à Gall en signe
de pardon.
Après la mort d'Eustasius, al)bé de Luxeuil, les frères nommèrent Gall pour le remplacer et lui envoyèrent une députation. 11 répondit qu'il était résolu il finir ses jours dans la solitude et refusa. Au bout de deux jours, les frères de Luxeuil le ciuittèrent, contristés de n'avoir pu le décider à devenir leur supérieur, mais heureux d'avoir vu un homme qui était si visiblement sous la protection de Dieu.
Ses mérites éclataient de plus en plus et on venait le voir de très loin. Son ancien ami, le prêtre W^ilimar, vint le prier de passer quelques jours à Arbon. (iall refusa, disant qu'il ne quitterait plus sa cellule : « Je vais croire que tu es fâché contre moi, lui dit Wilimar, si tu refuses de venir prêcher l'Évangile à mon troupeau. » Gall se rendit à cette raison et partit pour Arbon. Il dut prêcher trois jours de suite devant un peuple nombreux. Quand il voulut s'en retourner, la lièvre le prit; il mourut à Arbon le i6 octobre G^o, à l'âge de quatre- vingt-cpinze ans.
Sai>t ("iM.i. EXOBCISE i>'r. POSSKDKE. — Composition el dessin de Muclin.