SCÈNES ET MOEURS, T
sifflemenls du râle ne lardèrent pas à se faire entendre de nouveau. L'agonisante parla encore quelque temps de Dona et de sa fille; elle répéta en mots entrecoupés les recommandations déjà faites, mais insensiblement la voix devint plus confuse; bientôt ce ne fut plus qu'un murmure inarticulé. Les voisines s'étaient approchées et entouraient le lit à genoux; la pâlotte, accroupie à l'autre bout de la cabane, gardait le silence, mais une contraction convulsive agitait ses lèvres, et des gouttes de sueur perlaient son front. L'agonie se prolongea une partie de la nuit. Enfin, vers le malin, Madeleine sembla se réveiller; elle appela Dona, puis Georgi, étendit les mains comme si elle eût voulu se rattacher à quelque chose, poussa un long gémissement et expira.
Au mouvement qui se fit autour du lit, la pâlotte s'était redressée: elle s'élança vers la morte, regarda un instant, puis recula avec un grand cri. Une des voisines lui imposa brusquement silence et la força à s'agenouiller. La vieille femme venait de commencer la prière des morts. Georgi demeura muette sans avoir l'air de comprendre ce qui se faisait; mais, lorsque l'oraison fut achevée et qu'elle vil les voisines se signer, elle se releva d'un bond, tourna plusieurs fois autour du lil de la morle avec des éclats de rire convulsifs, puis, entonnant d'une voix perçante le chant funèbre qui lui revenait à la mémoire dans toutes ses émotions, elle s'élança hors de la cabane et disparul au milieu de la nuit.