L'ABBÉ DE SAINT. PIERRE
Une fort plate chose fit alors un furieux bruit. J'ai parlé quelquefois ici des Saint-Pierre, dont l un éoit [>reniier écuyer de Mme la duchessi* d'Orléans; l'autre, son Irère, premier aumônier de Madame. Celui-ci avoit de l'esprit, des lettres, et des chimères. Il étoit de l'Académie françoise depuis fort longtemps, et fort rempli de lui-même, bon homme et honnête homme pourtant, grand f;iiseur de livres, de projets et de réformations dans la poliiique et dans le gouvernement en faveur du bien public. Il se crut en liberté par le changement du gouvernement et de donner l'essor à son imagination en faveur du bien public. Il fit donc un livre qu'il intitula la Polysynodie, dans lequel il peignit au naturel le pouvoir despotique et souvent tyrannique que les secrétaires d'État et le contrôleur général des finances exerçoieni sous le dernier régne, qu'il appela des vizirs, et leurs départements des vi/.irats, et s'espaça là-dessus avec plus de vérité que de prudence.
Dés qu'il parut, il causa un soulèvement général de tout l'ancien gouvernement, et [de] tout ceux encore qui se flattoient d'y revenir après la régence. Les anciens courtisans du feu Roi se piquèrent, aux dépens d'aulrui, d'une reconnoissance qui ne leur coûtoit rien. Le maréchal de Villeroy se signala par un vacarme épouvantable, et de gré ou de force ameuta toute la vieille cour. Hors ceux-îà, personne ne sescandalisoitd'un ouvrage qui pouvoii manquer de prudence, mais qui ne manquoit en i ien à la personne du feu Roi, et qui n'expnsoil que des vérilés, dont tout ce qui vi\oit alois avoit été lémo n, et don! personne ne pouvoit contester l'évideiice. Les Académie.^, les aulivs gens de lettres, le reste du monde, s'ind gna môme, et le montra, que ces Messieurs de la vieille cour ne pussent encore souffrir la vérité et la liberté, tant ils s éi oient