‹ Scènes et portraitsChapitre 15 sur 51 · UN INCIDENT OU PREMIER PRESIDENT OE MESMES · texte numérisé non relu

UN INCIDENT OU PREMIER PRESIDENT OE MESMES

Comme j'en étois en cet endroit, j'appris de M. Joly de Fleury, procureur général, une anecdote trop singulière et trop curieuse pour ne la pas mettre ici, quoique hors de place, et que j'aurois insérée, si je l'avois sue, peu de jours après que le duc et la duchesse du Maine furent arrêtés. Il m'apprit donc, causant ensemble de ces temps passés, que Mlle de Chausseraye, celle dont il a été parlé plus d'une fois ici, et qui toute sa vie s'est mêlée de tant de choses, que le premier président de Mesmes, inquiet au dernier point, peu après que M. et Mme du Marne furent arrêtés, la pressa de lui obtenir une audience de M. le duc d'Orléans qui fut secrète, et qu'il n'osoit luimême demander; elle la demanda donc, et n'en put venir à bout qu'avec peine. Au jour et h ure marquée, elle se rendit au Palais-Royal, et M. le duc d'Orléans eut la complaisance de donner à son valet de chambre, qu'elle avoit amené exprés, nommé du Plessis, fort connu de lui et de tout le monde, sa clef d'une de ses portes secrètes, car il en avoit plusieurs qui, des rues qui environnent le Palais- Royal, condui^oient droit et secrètement à ses appartements. Ce du Plessis fut donc ouvrir au premier président, qui pour se mieux cacher étoit en manteau et point en robe, et l'amena à M. le duc d'Orléans, qui l'atteadoit seul

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et enfermé avec Mlle de Ghausseraye. Là le premier président, qui étoit beau diseur et qui avoit fort la parole en main, fit à M. le duc d'Orléans les protestations les plus fortes de fidélité el d'attachement, à l'occasion des occurrences alors présentes, et comme l'esprit ne lui inanquoit non plus que le langag»^, il n'oublia rien pour démêler, dans l'air froid et sérieux qu'il trouva, si M. le duc d'Orléans étoit instruit à son égard de quelque chose, sans y avoir pu réussir, tant le Régent sut se contenir, se mesurer et ne lui pas laisser apercevoir la moindre chose, il prit même plaisir à lui donner lieu de redoubler ses protestations, et à tout son bien-dire. Quand il en eut assez, il tira une lettre de sa poche, et tout à coup : « Monsieur, lui dit-il, d'un ton irrité ; tenez, lisez cela : le connoissezvous? » A l'instant le premier présiiient fondit à deux genoux, lui embrassant non pas les jambes mais les pieds, et se mit aux pardons, aux regrets, aux repentirs, et n'eut si belle [)eur de sa vie. M. le duc d'Orléans reprit la lettre, se dépêtra les pieds de ses bras, et sans dire un mot s'en alla dans un autre cabinet. G'étoit une lettre de sa main, par laquelle il répondoit du Pailement à 1 Espagne, et parloit sans ménagement et sur la chose el sur les moyens.

Eperdu et sans parole, il eut peine à se reconnoître et à se relever de ce prosternement où il étoit. Mlle de Ghausseraye, guère moins éperdue, mais d'étonneuient, lui reprocha la folio hardiesse de l'avoir commise à lui obtenir celte audience, lui se sentant aussi coupable; toute .sa réponse fut de la conjurer de le sauver et d'aller trouver M. le duc d'Orléans. Elle y alla, et le trouva seul dans la dernière indignation de l'audace, de l'effronterie de l'audience, de la scélératesse, de la tmmperie et des protestations, avec une telle pièce écrite de la main du premier président, qu'il lui dit qu'il alloit faire arréier. La Ghausseraye qui c-onnoissoit bien à qui elle avoil aflaire, se prit à sourire : « Bon, lui dit-elle, le faire arrêter, il le mérite bien, et pis; mais avec cette pièce en main, et l'aveu qu'il

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