ALI
ALIX
ULRIC
Mansfeld vient avec moi. Nous nous aiderons; Dieu «
nous aidera. Ne crains rien.
ALIX
A quelle heure?
ULRIC
Tout de suite. Allons! allons! veux-tu que maman? soit ferme ? ne tremble pas. (A Mansfeld.) Je vais cherché: , lettre de Staumer là-haut.
(Ï1 monte l’escalier en spirale et disparaît.)
MANSFELD
Jeune fille, soyez ferme, au nom de Dieu. Dans une seule larme de femme, il y a souvent, ma fille, l’honneur d’un homme, et quelquefois la destinée d’un peuple.
(Alix prend sans répondre la main de Mansfeld. Au même instant, on entend un cri dans la chambre au-dessus. Ulric descend
l’escalier en courant, pâle et les cheveux en désordre.)
ALIX
Mon Dieu! qu’y a-t-il donc?... Ulric, qu’as-tu?
ULRIC
La lettre! la lettre n’y est plus! la cassette est vide!.. « Alix, on est entré ici. Quelqu’un est venu? dis; tu as laissé la porte ouverte en sortant, malheureuse !
ALIX
Est-ce possible?... Mais non,... je ne me souviens pas,,.* et puis, dans quel intérêt ce vol ? N’as-tu pas caché à tout le monde l’existence de cette lettre?... qui l’aurait prise?... As-tu bien cherché ?
ULRIC
Cherché! je te dis que la cassette est vide! Miséricorde! c’est un malheur irréparable. Comment approcher du comte maintenant? quel nrétexte? quel moyen? Il me re-
cevrait au milieu de sa garde, sa cuirasse sur la poitrine. C’est impossible! Je suis perdu ï
MANSFELD*
Oii était la clef de la cassette?
ULR1C.
A mon cou, à cette chaîne; la serrure est forcée!
MANSFELD
C’est étrange. Et tu n’avais confié à personne le secret de cette lettre?
ULRIC
A personne ! jamais. Alix, es-tu sortie ce soirî
ALIX
Quelques minutes seulement; le temps d’aller à Sainte- Claire, d’allumer un cierge et de revenir. Je suis sûre d’avoir fermé la porte.
ULRIC
Dieu ! mon Dieu !... (Il court aune des fenêtres.) Qui a brisé cette vitre ? Est-ce toi ?
ALIX
Une vitre brisée ! je ne l’avais pas vue. . . Non, ce n’est pas moi, j’en suis certaine,
MANSFELD
Et voici au dehors des branches de vignes rompues. Quelqu’un est venu, ou s’en est allé par là.
ULRIC
Oui! c’est cela! pendant son absence!... Oh! Seigneur! et moi qui ai promis, qui ai juré... Certainement, ils ne me croiront pas ; ils diront que j’ai faussé ma parole, forfait à mon serment, que j’ai eu peur... Que faire? que faire maintenant? (Il sttord les mains avec désespoir.)
MANSFELD
Une seule chose : avertir les conjurés sans perdre un Instant. Sauvons au moins leurs tètes»
ALIX
ULRÏC.
El ceux de Bamberg? et ceux de Wurtzbourg, et toute la Franconie, vas-tu l’avertir aussi? Le ^mte vivant, leur révolte n’aura servi qu’à lui désigner des victimes... Ils ont cru à ma parole, eh bien! ils mourront à cause de cela! Oh! misérable!... et, c’est vrai, je les trahis; j’aurais dû avoir plusieurs moyens... Dieu,... mon Dieu!... j’ai livré, j’ai livré mes frères... Ce n’est pas Brutus qu'on t’appellera, pauvre garçon, c’est Judas ! (Il cache sa tête dans ses mains.) Voilà comme je te venge, mon Alix... Tu avais bien raison de me mépriser, va... Qui est-ce qui saura même si elle a jamais existé cette lettre?... J’ai menti, mes amis, il n’y a jamais eu de lettre... Tiens, Mansfeld, va-t’en. Disleur ce que tu voudras... Il faut que j’en finisse avec ce tourbillon que j’ai dans la tête.
(Il tire violemment son poignard.)
Alix , lui arrêtant la main .
Donne-le-moi, rejoins tes amis, et tiens-toi prêt. Je vaif tuer le comte.
ULRIC
Tu es folle, Alix.
ALIX
Tu serais déshonoré, tu l’as dit ; tu serais infâme. Je ne le veux pas, et je veux que mes frères soient vengés. J’ai ouvert ta Bible tout à l’heure. Dieu m’a mis sous les yeux l’histoire de Judith. Ce qu'elle fit pour son peuple, je vais le faire pour le mien. Le billet que le comte m’a jeté tantôt me suffira pour entrer.
Non, non, je ne puis souffrir cette pensée.
ALIX
Qu’y a-t-il de changé? Croyais-tu m’avoir trompée ? Tu ne pouvais survivre à ton dévouement, je le savais. Ne
2'i4 SCÈNES ET PROVERBES.
devions-nous pas mourir tous deux cette nuit ? Qu’importe le reste? Laisse-moi partir, mon bien-aimé.
ULRIC
Hélas! c’est une affreuse pensée ! Mansfeld, est-ce que je dois le souffrir?
MANSFELD
Tu le dois.
ULRIC
Eh bien, Alix... Oh! pourquoi t’ai' je connue? pourquoi V ai-je aimée?...
ALIX
L’heure avance ; laisse-moi dégager ta foi.
ULRIC
Est-il bien vrai, mon Dieu! qu’il n’y ait pas d’autre moyen ?
MANSFELD
11 n’y en a pas.
ULRIC
Eh bien, qu’elle parte... Une minute seulement, donnezmoi une minute. Si je retrouvais cette lettre... Je ne vous demande qu’une minute.
(II monte précipitamment les degrés de l’escalier.)
MANSFELD
Tout à l’heure j’ai douté de vous, jeune fille; je vous de* mande pardon. Si vous m’en croyez, partez sans le revoir.
ALIX
Oui, maître, oui, vous avez raison... mais il faudrait cependant... Je suis tout en désordre... Il faut que ce comte me trouve belle. Ah ! je connais près d’ici une vieille juive qui fait commerce de parures... Je vais entrer un moment chez elle... Adieu.
mansfeld s'incline et baise la main d'Alix .
Adieu. (Elle sort.) Je voudrais être mort avant qu’il revienne. (Ulric redescend.)
ALIX
ULRIC
Rien, rien. Où est Alix ?
mansfeld.
Elle est partie.
ULRIC