Partie? Comment! tu l’as laissée partir
MANSFELD
Je l’en ai priée.
Certes, l’idée ne lui en serait pas venue... Mais tu as eu tort, Mansfeld. Je veux lui parler, je veux la revoir.
MANSFELD
Ulric, sois homme.
ULRIC
Je ne veux pas l’arrêter, mais je veux la revoir... Quel chemin a-t-elle pris? Dis-le-moi, bon Mansfeld.
MANSFELD
Je ne sais.
ULRIC
Prends garde ; je suis résolu à la revoir. Je vais courir jusqu’au château, et j’attendrai devant la porte.
MANSFELD
Tu ne feras pas cela.
ULRIC
Je le ferai, sur mon honneur ! Tu n’as donc jamais rien aimé? Tu crois qu’il est possible que je me sépare d’elle ainsi? 11 faut que tu l’aies jetée dehors par violence!... Mais, Dieu merci! elle n’aura pas le courage... Elle va revenir.
MANSFELD
Non.
ULRIC
Eh bien, je vais la retrouver.
Uiric, c est maintenant que tu vas devenir vraiment un traître.
ULRIC
Tu te trompes, te dis-je. Tu crois que je veux la retenir.... je ne veux que la voir et l’embiasser une dernière fois... Tu ne comprends rien.
MANSFELD
Si tu la revois, tu ne la laisseras pas achever.
ULRIC
En bien , c’est vrai; je la frapperai, je me frapperai ensuite, et il arrivera ce qui pourra. Je ne veux pas que le comte la possède. Je suis un traître! peu m’importe. Je l’aime, je suis son amant. Je serais un misérable si je la livrais à un autre. Laisse-moi passer.
MANSFELD
Ulric, quand tu parlais de liberté et de patrie, tu mentais donc impudemment?
ULRIC
Tu es cruel! tu es cruel! Tu sais bien que j’étais décidé à mourir et à la perdre ; mais la jeter dans les bras d’un autre, c’est ce qui dépasse mes forces... Quand j’y pense seulement, il me semble que mon cœur va s’arrêter. Je ne puis pas t’expliquer comment je l’aime; tout le sang de mes veines est plein d’elle, comprends cela ! il me semble que son haleine ardente court dans mes os et les embrase Je l’aime ! Laisse-moi passer!
MANSFELD
Non.
ULRIC
Sang du Christ! laisse-moi passer, Mansfeld!
MANSFELD
Non! (Il tire son épée.)
ulric, saisissant son épée sur la tablé*
Ah l c’est ainsi! ah! tu le veux!
ALIX