i\ appelle alnM dans Tfnde Iv conducteur d'an éléphant
— - SoubalHi répliqua la jeune fille en s'adressant tou* jours à rintelligent animal , dis à Chérumal , ton maître y que le meilleur moyen de se faire bien voir d'une jeune fille y ce n'est pas de venir sans raison interrompre son sommeil. Dis-Ie-Iui, Soubala, toi qui es un animal bien élevé , tu m'entends ?
L'éléphant fit trois saints avec sa trompe , comme pour prouver qu'il avait compris , et s'agenouilla aussi gracieusement que le permettait la pesanteur de son corps. A la voix de son conducteur, —que le froid accueil de Mallika n'encourageait point à demeurer plus longtemps à cette place , — Téléphant se releva pour continuer sa route. A plusieurs reprises , le mahout Chérumal se retourna ; il espérait , mais en vain , que la jeune fille rachèterait ses dures paroles par un geste amical. L'éléphant Soabala , lui aussi , regardait de côté ; on eût dit qu'il s'éloignait à regret de la belle Mallika^ son instinct lui avait appris qu'il inspirait à celle-ci l'affection qu'elle refusait à son maître. Enorgueilli de la distinction flatteuse dont il était Tobjet , il agitait avec bruit ses vastes oreilles, tout en suivant les sentiers trop étroits qu'il emplissait de son énorme masse.
Pendant que cette scène inattendue se passait sous ses yeux, lenakodah Yousouf , caché derrière la haie, était demeuré en observation. Il avait eu tout le temps de contempler les traits gracieux de la jolie Hindoue qui posait aaivement devant lui. Au moment où le mahout disparut au tournant du sentier, quand il n'entendit plus que le -<»«quenient lointain des branches brisées au passage par le eolossal éléphant , il écarta doucement les buissons et ^ montra. Cette fois Mallika s'éveilla tout de bon; elle ouvrit ses grands yeux voilés de longs cils et doux comme ceux de l'antiiopei II ne lui échappa ni un cri de terreur, ni un geste d'indignation. D'un mouvement rapide , elle ramena sur sa poitrine l'écharpc qui avait glissé pendant
son sommeil , et recula lentement jusqu'au seuil de sa maison. Immobile et sérieuse , elle semblait , par la vivacité de son regard , en interdire rapproche au trop hardi nakodah. L'apparition de l'étranger faisait sur elle une impression tout opposée à celle que lui avait causée la présence du mahout. En proie à une émotion qui colorait d'une teinte rose ses joues plus brunes que le fruit du marronnier d'Inde , elle semblait dire à TArabe : Que voulez-vous? D'où venez-vous? Celui-ci marcha hardiment vers Mallika ; il la salua avec un imperceptible sourire , en portant sa main à son front , et déposa près d'elle, sur la margelle du puits, un bracelet d'or. Au moins n'avaitil pas , comme le conducteur d'éléphant , interrompu sans raison le sommeil de la jeune fille* Il croyait que le plus court chemin pour arriver au cœur d'une pauvre et ignorante fille de la côte de Malabar , c'était d'agir en amant magnifique. A son présent, Yousouf ne joignit point la pantomime sentimentale dont Teût accompagné un berger de , Boucher. Sans rien dire , il se retira en saluant une seconde fois y comptant que le joyau précieux, sur lequel étincelaient en gerbes resplendissantes les rayons du soleil , se chargerait de parler pour lui.
Gomme un oiseau attiré par la vue d'un beau fruit mûr, Mallika se pencha sûr le bracelet. Jamais si riche joyau n'avait ébloui son regard. Elle le contemplait avec un ravissement môIé de surprise, et hésitait encore à s'en saisir. Après l'avoir admiré quelques instants, elle le passa à son bras , puis le retira précipitamment pour le cacher sous son écharpe. Le grognement des buffles lui annonçait le retour de son père, qui venait de labourer un coin reculé de l'enclos. Le vieux jardinier, courbé par l'âge , ramenait donc lentement son attelage. Affaissées sur leurs courtes jambes , le mufle pendant, les patientes bétes s'arrêtèrent devant la cabane; elles attendaient avec résignation qu'il leur fut permis d'aller se rafraîchir dans
Feau des étangs , où elles restent plongées tant que dure la grande chaleur. Mallika s'empressa d'aider son père à dételer les buf9es. En proie à une agitation extraordinaire, elle éprouvait le besoin de se donner du mouvement. A son insu ^ elle obéissait aussi au désir de plaire , comme si d'autres regards que ceux du vieillard eussent été fixés sur elle. Cette besogne un peu rude, qui convenait à un bouvier mieux qu'à une jeune fille , Mallika s'en acquitta avec aisance et grâce. Issue d'une race h demi sauvage , élevée au grand ajr, elle était douée de cette vigueur précoce qui est un des channes de l'adolescence. De bonne heure, sans y être contrainte , elle avait pris l'habitude de s'associer aux travaux paternels. Ce jour-là , elle se sentait plus active encore que de coutume; une joie inconnue faisait battre son cœur. Elle croyait n'avoir janttiis tant aimé son vieux père , et , tandis qu'elle se montrait envers lui prévenante et affectueuse, une autre image passait obstinément devant ses yeux. Il lui revenait en mémoire que bien des fois déjà ce même étranger avait rôdé aux abords de sa demeure : c'était donc pour elle qu'il venait souvent errer auprès du jardin, silencieux et attentif comme si la vue des fleurs et des fruits avait pour lui un attrait irrésistible?
Dès que les buffles furent débarrassés du joug , la jeune fille courut chercher un plat de riz blanc comme la neige sur lequel elle répandit une sauce de karry, saupoudrée de piments rouges. Le vieux jardinier y plongea la main avec avidité; il en retira une grosse boule qu'il porta à sa bouche , et , tournant vers le frais visage de Mallika sa face ridée :
— Mallika, lui dit-il , tu es une bonne fille ! Voilà un plat de riz qui rappellerait à la vie un mourant. Tu fais la consolation de ma vieillesse , mon enfant ; tu m'entoures de soins"^ je ne serais plus qu'un pauvre vieillard sans force ni courage^ ^ je ne t'avais plus!