Espèce de mil cultivé en Égyple et dans l'Inde
de la cabane, et en vérité il eût été difficile de xrâcontrer p}us de misère sous un ciel plus 'enchanté.
Dès (|ue les champs commençaient à se couviir de moissons, Ismaël était chargé de les garder. On lui remettait une fronde avec un sac rempli de cailloux, et, ainsi équipé, il allait sq placer, pour faire sentinelle, sur un tertro qui dominait la campagne. î^s oiseaux s-abattaient-ils en troupes sur les épis jaunissants, il frappait dans ses mains, poussait des cris et faisait siffler sa fronde. C'étaient là ses instants de bonheur ! Heureux de sa liberté, il promenait sur les plaines verdoyantes un regard épanoui. Le gazouillement des volatiles qu'il eflrayait avec ses pierres le ravissait; le croassement des corneilles hii semblait un doux chant comparé aux gronderies éternelles de la vieille femme qu'il avait laissée au logis. Que lui importait ce soleil de teu tombant d'aplomb sur ses épaules? Mille pensées que la privation et la contrainte avaient n^foulées au fond de son cœur s'éveillaient tout à coup et agitaient sa jeune tête. Cloué sur l'étroit espace où il était réduit, pour tout mouvement, à tourner sur luimême, il se dressait sur la pointe des pieds pour découvrir au delà de son horizon de chaque jour. Du côté de la ]ilaine passaient des chameaux chargés qui se dé-* roulaient en longues caravanes» ne montrant quêteurs tctes au-dessus d'un nuage de poussière. Du côté du fleuve, par-dessus la ligne de saules et de roseaux qui marque la rive, glissaient au loin les voiles des barques. Sur le. ciel volaient en tourbillonnant les oiseaux pillards attirés par les moissons; le long des fossés pleins d*eau couraient le^'hécassinea et s'abattaient les cigognes. AutiHir de lui, tout marchait et se mouvait librement. Qui donc l'enchaînait sur ce 'ertre, comme un mannequin planté au bout d'un bâton pour faire peur aux corbeaux? Et , tout en rêvant , il écoutait la brise murmurer dans les blés.
Quand il revenait ie soir, après ces journées passées au grand air dans une indépendaiice complète , combien lui paraissait plus triste encore cette cabane obscure, enfumée , au Tond de laquelle il n'apercevait que les figures mornes et revéches du vieux paysan et de sa femme ! Peu à peu, l'idée de fuir s'empara de lui plus vivement. Le besoin de Tinconnu, qui peut tourmenter Tesprit d'un petit fellah comme l'âme d'un poète, le sollicitait nuit et jour à s'élancer au delà de cette sphère, où rien ne souriait à sa jeunesse. Il hésita d'abord entre la terre et l'eau, entre le désert et le Nil. On sait que les caravanes, se montrant tout à coup à Thorizon comme le navire sur la mer , au retour d'expéditions lointaines et mystérieuses, exercent d'ordinaire sur Timgination de rÂfricain un attrait irrésistible; mais, pour l'Egyptien, le Nil est la route sacrée qui mène aux lieux où le soleil se lève. Ce fut donc le fleuve qui l'emporta; déposant à ses pieds la fronde et le sac plein de cailloux^ Ismaêl se mit à courir droit au rivage.
Que savaîtril de la vie nouvelle qui l'attendait à bord de ces barques dont il avait entrevu les voiles! Rien; cependant il bondissmt comme un chevreau, satisfait d'avoir brisé sa chaîne et de tourner le dos à la cabane inhospitalière de ses vieux maîtres.