LES NUITS DE FRASUTI
Prélude*.
Au commeticemeDi de Pannëe 1636| lesmalsoitf de jett étaient encore debout: Frascati^ le ii3^ le 36, maisons do» rées et sinistres^ qui ont changé de destination, mais qui ^ar^ dent néanmoins quelque chose de leur physionomie d'ftlor8« Ce qui suit est ime sorte de voyage à travers eei lieui maudits.
I«Mi PrlBies.
Les jeunes Romains, couverts de la robe prétexte, avaient contracté l'habitude de jouer aux osselets des sommes énormes sur le tapis vert de cette belle pelouse, où s'élève aujourd'hui l'église Sainte-Françoise, Campo Vaccino, Les chevaliers et les matrones jetaient les hauts cris ; c'était un fleuve de sextea'es qui roulait de la meta Sudans au poix^he du temple de Vénus et Rome. Les vieux puritains de Técole de Fabricius faisaient des pétitions aux pères conscrits, afin qu'ils prissent des mesures contre le fléau aléatoire. Droit fut enQn donné à ces pressantes réclamaticHis.
Lucius SquiiTa, censeur^ sorte de Gisquet civile flt une ordonnance qui fut affichée au tabularium ; elle proscrivait le jeu des osselets et mulctait d'ime amende énorme la contravention.
Les jeunes gens jouèrent aux dés : le censeiu* proscrivit les
dés ; ils jouèrent aux noix^ on proscrivit les noix ; Us jouèrent au paleiy on proscrivit Je palet. Le censeur^ craignant que Timagination des joueurs ne fût inépuisable, proscrivit en masse toutes sortes d'objets aléatoires, qu'on lance, qu'on touche, qu'on tourne avec la main. Quodcunque aleatorium.
Alors les jeunes gens inventèrent la murrha^ le jeu de mourre que la tradition a conservé, encore jusqu'à nos jours, chez les lazzaroni et les faccbini. La mourre se joue avec les doigts. Le censeur Squirra se pendit à la poutre du Gapitole. I^s jeunes gens se ruinèrent, la bataille de Philippes fut perdue, et la liberté périt. Voilà où conduisirent les noix et les osselets.
Sous Louis XIY, après l'abolition du duel, on abolit aussi le jeu, autre espèce de duel, où Thorame assassine son adversaire, par tierce et par carte, avec la pique et sans cœur. Les plus sévères édits furent lancés contre les joueurs. Louis XIV voua même à l'exécration la mémoire de son respectable et délirant aïeul Charles V, Tinventeur des cartes à jeu.
Mais les joueurs voulurent jouer à tout prix; ils se. firent un jeu des ordonnances du grand roi, et voici quel fut leur expédient :
Ils s'assemblaient dans une salle , autour d'une table et déposaient chacun dans une corbeille une somme convenue. Chaque joueur avait devant lui un rayon de miel. Le plus grand silence régnait, une mouche décidait du gain. Le tas de miel sur lequel la mouche venait se poser attirait à lui la corbeille des enjeux. Puis on chassait Tinsecte mellivore et l'on recommençait la partie tant qu'il plaisait aux mouches de pomper du miel.
La police découvrit une de ces maUons clandestines de jeu ; on fit main basse sur les pistoles ; les agents mangèrent le mielj on ti'aina les pontes devant le Chfttelet ; raûaii'e fut instruite et fit grand bruit.
L'avocat des joueurs et des mouches se leva^ et soutint, d'un ton mielleux^ qu'il lui était impossible d*empêoher que des Français se réunissent autour d'une table, pour regarder du miel et voir voler des mouches, pour déposer des pistoles dans une corbeille, et pour les en retirer avec le consentemept de tous. Le prévôt convint que tout cela était vrai, mais il ajouta qu'il plaisait aussi h la justice d'envoyer tous ces comtemplateurs du miel à la Bastille et dans des cachqts où Ton n'entendrait pas voler une mouche , comme dans le cabinet de Domitien ; iVe mwoa quidem^
C'est là le bçau côté du despotisme : quand il le veut bien, il est tout-puissant contre les ruses du mal; malbem^usement, il exerce toujours cette omqipotence contre le bien. La premier cas est une exception.
Aujourd'hui le jeu est chasse de case en case, comme un roi déchu, par la morale publique. Mais le jeu est fin ; il s'abrite derrière ses tours, il dépiste les cavaliers municipaux. Vous avez tué la loterie, c'est bien : mais les numéros ne sont pas réduits à zéro ; ils sont aujourd'hui au bas de la roue, demain ils remonteront dessus. L'ingénieuse Allemagne a in* venté des contes fantastiques pour accaparer le billon de nos cuisinières, elle bâtit des cbàteauic en Espagne avec la truelle d'or de M. Reingauum. A cette heure nos estaminets sont pleins de graves Allemands qui fument Técume de mer, et dissertent sur Kant, sur Goethe, sur Jean-Paul Rjcbter ; les
disciples accourent et prêtent l'oreille. A la fin de la dissertation les philosophes offrent des numéros pou|; gagner en bloc tous les cercles de l'Allemagne^ avec leurs vassaux et leurs vassales. L'empire au complet est en loterie. Dans dix ans, si cela dure et si les joueurs ne trichent pas^ la France joueuse aura conquis TAllemagne en tirant des numéros au lieu de boulets^ c'est plus économique et plus humain que le procédé de Napoléon.
La librairie souffrante et mutilée s'est également offerte pour recueillir l'héritage des quatre-Tingt«dix numéros dé« funts.
\jà prime triomphante surgit de toutes parts et nous menace de nous enrichir. Nous faisons des vœux pour le succès de cette intéressante prime : d*abord Tobole de Toiivrier n'a rien à démêler avec elle ; ensuite la prime vous donne au moins en efifectif, une marchandise équivalente à l'enjeu; la chance du bénéfice est en dehors ; lorsque le ponte aura risqué six francs sur un livi'e, à moins que ce ne soit un Viennet, un Yatout, un Vinet ou tout autre littérateur marqué au V, il y aura toujours équilibre entre l'achat et le débours; puis, dans une éventualité raisonnable, vous avez le billet de cinq cents francs en perspective, la loterie ne nous faisait pas si beau jeu. D'autant qu'un jour viendra, où les auteurs euxmêmes entreront en participation des bénéfices du libraire. Ainsi MM. Alfred de Vigny, Léon Gozlan, Frédéric Soulié, Alphonse Rarr, après avoir retiré de la cession d'un roman, le prix convenu, auraient aussi droit à une prime pour leurs ouvrages qui ne seront plus mis en vente, mais en véritable loterie ; l'éditeur écoulera vingt fois plus d'exemplaires qu'au-
paravant, et ce procédé nouveau tonniera généreusement au pro6t desauteiii*s. La France comprendra qu'il vaut oiieiix se faii*e une bibliothèque, se donner la chance d'un gros lot et enrichir ses écrivains, que de courir après les fantômes d'architecture que l'Allemagne fait danser devant nous, à la lueur de la lampe de Faust*
Mm. uméSmUe.
On a détruit la loterie^ on a donc ainsi laissé dans l'épargne populaire huit ou dix raillions qui en étaient extorqués tous les ans. C'est sans doute une satisfaction tardive donnée à Topinion ; mais on n'a point coupé l'arbre du mal^ on s'est contenté d'en émonder un rameau parasite. Ce qui reste à faire est mille fois plus important que ce qu'on a fait.
Âinsi/il ne faut pas parler de cette colossale loterie, dont Tautel est installé dans un beau temple corinthien, orné de péristyles et de quatre colonnades,
La Bonne, pni<qa*il fant Tappder par son nom, Capable d'enrichir en nu jour PAcbéron.
Ce fléau, nous le savons, est regardé comme indestnictible,
il est passé dans le sang financier; c'est un cancer chronique
et inhérent à la constitution de l'État. La Bourse est la capitale du suicide ; la main qui a enragé la petite roue de la loterie, n'est pas assez puissante pour briser la manivelle de Fagioteur : il faut que celle-ci tourne incessamment, et que, dans sa dévorante rotation, elle change en fimérailles les triomphes de la veille :
Superboê Ytrterefuneribuê triumphoê ;
comme la roue de l'Inconstance, divinité d'Antium.
Laissons donc debout ce que nous ne pouvons démolir; les huit paratonnerres qui se hérissent sur le toit de la Bourse, ont un sens moral qui n'a rien de commun avec l'invention physique de Franklin. La Gomorrhe de l'agiotage ne redoute pas le feu du ciel. La Bourse est assurée contre la foudre des lois. Les législateursavaientpeu de commisération pour Tambe et le terne ; ils les ont étouffés en riant ; mais les législateurs vépèrent la hausse et la baisse ; ils adorent le veau d'or per> sonniiié dans le cinq pour cent ; ils viennent de lui immoler quatre-vingt-dix numéros, hécatombe d'extraits déterminés qui apaise momentanément les cris de la morale, et dérolie^ sous la fumée des sacrifices, le mécanisme des jeux de coulisses, et la cataracte aléatoire des millions. Du temple corin* thien, descendons à la sentine du jeu. Entrons dans ce tripot dont le numéro d'indication semble multiplier cent fois le chifiï^ du malheur, le chiffre i 3 comme pour servir d'avertistissement salutaire à la superstition des joueurs ; entrons an n» tl3.
Là tourne une autre roue de loterie qui n'est pas mise en
jeu par la main candide d'un enfant^ sous la présidence officielle du préfet de la Seine. C'est la roue delaRoulette^ on y taille des suicides à l'heure, suicides obscurs^ qui ne font pas de bruit ; suicides anonymes^ qui se révèlent par des haillons et des cadawes sur le registi^ sablonneux de la Grève, de Boulogne et de Meudon : l'article du journal qui les relate, en petit texte, emploie une phrase stéréotypée. : « On ignore toujours qui a pu porter ces niaibeureux à cet acte de désespoir. » Ah ! on l'ignore ! eh bien ! allez le demander aux zéros du 113, et on vous rapprendra.
La loterie parisienne n'ayant que trois tirages mensuels, prenait six francs au pauvre, qu'elle donnait au riche. Le pauvre réfléchissait dix joui*s avant de risquer deux francs. Dix jours entiers il tenait une fortune dans sa poche ; il faisait des rêves d'or, le malheureux ! il achetait pour quarante sous, une décade d'illusions ; la décade expirée, il renouvelait son bail avec les chimères; c'était une fièvre lente qui le conduisait insensiblement, par un chemm de châteaux en Espagne, à la ruine et au désespoir enfin ; il y avait une ombre de bien au fond de ce mal.
Mats à la loterie du 1 1 3 , ni trêve, ni calcul, ni rêves, ni repos, la noire déesse y tient cour permanente. C'est pour le numéro 113 que Virgile a vaticiné ce vers :
Noct&$ aique dieê paiêt atrijanu» diHt.
C'est là que la roue d'Ixion a découvert le mouvement perpétuel; et une foule de Tantales ouvriers suivent d'un œil hagard cette éblouissante rotation qui les brûle, les consume, les tue, et les ressuscite pour les tuer mille fois. On a beau»
coup applaudi à l'abolition du supplice de la roue. Ce supplice nous est rendu par la loi : au i 13 on voit eipirer sur la roue cent malheureux par jour.
Cest une chose atroce. Tout le monde le dit, tout le monde en convient. Celui qui soutiendrait le contraire serait un méchant^ ou un insensé; pourtant elle tourne Tinfemale roue, por sê muoWf comme disait Galilée, à propos du globe de la terre; eb bien, nous^ moralistes, redoublons d'efforts, brisons le graod ressort de ce mécanisme odieux«
Avec de Taide, avec des bras vigoureux, nous poserons le roc de Sisyphe devant la roue d'Ixion.
Le fis.
LaseiaCogni iperanza wn ek'entraie,
(Damts.)
Hier Tesquisse ; aujourd'hui ie tableau.
A quelques pas deCorceiet, des Frères Provençaux, de Véry , de Véfoiir, dans ce Palais-Royal où le luxe ruisselle dans un lit de haillons^ vous trouvez le 113. Un crochet de fer, simulant une potence^ vous dit avec ses lettres de sang : « C'est ici. » Le bandit des Abruzzes vous an^ête en vous demandant la bourse ou la vie ; la main ferrée du 113 vous demande les deux choses à la fois. Le dilenmie du bandit est plus humain^ il donne à choisir.
— Éte&>vous vêtu? entrez. Étes-vous nu î entrez aussi. 11 y a un vestiaire. On vous donnera en location une redingote banale qui vous couvrira^ pour vingt sous. Pourvu que vous apportiez deTargent^ depuis le billon jusqu'au billet de banque, vous serez hospitalièrement reçu, on ne vous de-
mandera ni votre âge^ ni vos vertus, ni vos cHmes^ ni votre profession ; vous êtes joueur. Il suffit.
Voyez ces deux salles jumelies^ c'est le paudémonium des joueurs. Là, le jeu se révèle dans son laid idéal. Autre part le nK)nstre se vernisse, se fai*de^ se lustre^ met du taffetas anglais sur ses ulcères. Ici on le contemple nu et vrai. Faitesvous dénombrer le personnel, on vous dira : — Voilà le domestique qui a volé son maître; voilà le commis échappé du comptoir, son enjeu est une recette. Voilà l'ouvrier qui risque sa fortune du samedi^ et qu'une famille attend, bouche béante, devant une table vide. Voilà le commerçant qui fera faillite depiain. Voilà celui qui l'a faite hier. Voilà tous ces êtres que la morale a déjà flétris, et qui n'attendent qu'un double zéro de plus pour franchir la borne qui les sépare de l'accusateur public.
Toutes ces figures se sopt ridéei dans cette caTeme, toutes ce^ mains se sont ospifiées, en se crispant, comipe des griffes^ sur ce tapis vert ; tous ces yeux se sont éteints devant l'apparition flfimboyante des numéros spoliateui^. (lei hommes n'ont rien conservé de l'homme, pas même le nom. Ce sont des pontes. Leurs cheveux sa sont hérissés tant de fois, qu'ils se sont desséchés à la racine. Le ponte est chauve. Une couche de parchemin flasque recouvre ses os. Un anévrisme perpétuel gonfle ce qui lui reste de cœur. Dans .ses veines, se décompose un sang tout en putréfaction. Trente numéros, gracieusement arrondis autour d'un cylindre, ont amené ces résultats, et on a laissé vivix^ ces numéros assassins !
la Fortune, cet être fabuleux et vrai, conduit parfois adroitement une de ces mains calleuses et convulsives, qui sèment
— ailes jetons sur les numéros. Un malheureux bonheur livre un instant quelques pièces d'or à un ponte favorisé. Alors, il faut voir quelle horrible convoitise éclate sur toutes ces figures de spectateurs ruinés ! Chacun d'eux rêve de la même espérance, chacun d'eux entrevoit son quart d'heure de bonne veine, mais la mise première manque pour s'inscrire parmi les futurs élus. Il faut la trouver cette mise.
C'est cette Chimère que les Persée maudits ne parviennent jamais à rencontrer, à mo'ms que ce ne soit peut-être sur le chemin du bagne du côté de Brest ou de Toulon.
Le 0*toB (I).
Heureux qui ii*a point tu ee dangereux aéjonr» Où le Jeu, eonen d*or, tient su brillante eoar, Oà la chance du gain, sans cesse poorsniTÎe» Fantôme du salon, brftle et ronge la fie !
.Calculez la distance du 113 au Salon; c'est le diamètre du globe. Le billon n'est pas plus éloigné du quadi*uple d'Espagne; la mine d'Anzin^ de la mine d'or; Montmartre^ du Mont- Blanc; madame Saqui, de TOpéra. Le 113 et le Salon, c'est l'alpha et Toméga du royaume de 1% fortune. Eh bien ! ne vous fiez pas aux apparences. Le Salon^ tout salon qu'il est, n'est souvent que Fantichambre du 113. On a vu passer au 1 i 3 un ambassadeur^ un ministre des finances et de ces deux maisons^ antre ou palais^ qu'importe ! tout relève du même dieu. Ce sont deux fleuves^ ûls du même berceau , c'est le
( I ) Le salon est synonyme de Frascati.
Tacase^ frère jumeau du Nil. L'un se perd obscurément dans les sables de la Nubie ; l'autre fait éclater promptement ses cataractes sonores. Il ne caresse que des Pyramides, ne baigne que des colosses^ n'admet sur ses ondes orgueilleuses que des caravanes de lords anglais; voilà le 113 et le Salon.
I>ès qu'un de ces voyageurs qu'on appelle un personnage^ descend à l'hôtel des Princes, ou à l'hôtel de Gastille,il trouve sur son guéridon une invitation polie qui l'appelle au Salon. C'est vis-à-vis , il n'y a qu'un ruisseau à franchir. Le personnage qui s'ennuie, conune tous les personnages^ saute le ruisseau. Ce ruisseau, c'est le Rubicon. D entre^ et trouve excellente compagnie. L'aristocratie européenne est assise là, -ses martingales à la main. Voilà des généraux qui ont gagné des batailles, ou qui en ont perdu ; voilà des princes sans principautés ; voilà des ambassadeurs sans ambassades ; des pairs de France qui jugent les coups et la fortune par contumace ; des voyageurs illustres qui piquent des cartes qui n'appartiennent pas à la géographie, des académiciens qui étudient les mots techniques du jeu , dans l'intérêt du Dictionnaire , et se ruinent par amour de la langue. Voiià des banquiers de la Haye, d'Amsterdam, de Vienne, de Berlin. C'est ici que deux hommes d'État, naguère célèbres, ont composé, entre deux taillse, le Statut royal. Le bonheur du peuple espagnol a été médité , au Salon , sur un tapis de trente et un.
Le personnage arrivant risque avec négligence quelques pièces d'or, puis il chiffonne le billet de cinq cents francs et le joue; je n'ajoute pas qu'il le perd, pour éviter le pléonasme. La perte l'a mis en goût ; mais sa bourse est vide. Il
f<mt rentrer à Tbôtel et chercher la réserve. Rentrer à Tbôtel, ce serait un ennui. U vaut mieux renvoyer la revanche au lendemaïUi et 0e promener dans les salles du Salon pour étudier les n^œurs, Alors un monsieiu*, élégamment vêtq, se présente au personnage et lui o(&e de l'argent. Le prêteur est tout simplement un serviteur de la maison. On accepte l'offre. Le personnagei enchanté d'avoir trouvé un large crédit sur sa honne mioe, emprunte, joue, s'échaufle^ em* prunte encore, joue, perd la tête^ et sort furieux à minuit, endetté de quelques milliers d'écus. Une voix polie le rappelle sur Tescalier.
^ Qui me rappelle? dit le personpage,
— Le maître des cérémonies.
— Et .que me veut le maître des cérémonies? ^ Vous êtes invité au souper, monsieur.
— Quel souper?
— Le souper du Salop.
<*- On soupe au Salon?
T^ Qpi, monsieur.
«^ Je n'ai pas faim.
-^ Eh hieo^ vous tremperez ufî biscuit dans un Terre de Lftffitte. Vous trouverez excellente compagnie, on ya se met* ure à table, f ai fait placer un couvert pour yousj nous avons un chevreuil que monsieur le baron de Cussy a soigné. Vous connaissez monsieur le baron de Gussy, un aimable gentilhomme, c'est le commissaire de nos petits.festins, le premier gastronome de Paris ; Brillai Savarin lui a légué sa fourchette; c'est le sceptre de la dynastie épicurienne. Alloni^ , laissez-vous tenter, monsieur} vous avez pour voisins deux
convjve^d^ grande gaieté^ d excellent ton ; monsibur le comte de M.... et M. William |..., membres de h Ghamhi^e des cornmupes. Vous n'avez pas été favorisé au trente et un^ peut* être?
— J'ai perdu six mille francs.
— Tant pis ! tant pis ! M. Hope a gagné mille louis.
— M. Hope ?
— Oui , le célèbre banquier hollandais , il est au creps d'un bonheur insolent; il a gagné cent mille écus en deux semaines. ,
— Au creps?
— Au creps ; connaisse^-Tous le creps?
— NoD^ monsieur.
— C'est un jeu tout à Fayantage du ponte , radministration se ruine au creps. M. de..., le petit-ûls de VEsftrit des loiSt de la Grandeur et de la décadence, etc., a gagné hier soixante-dix mille francs au creps. C'est un jeu que l'on taille , au Salon , uniquement pour favoriser les honorables habitués. Le creps coûte un million par an à la Ferme.
— Bah !
— Un million et quelques brimborions de centaines de mille francs.
— Mais^ pourquoi tout le monde ne joue-t-il pas au creps?
— Ah ! les fantaisies des joueurs sont inexplicables; les émotions^ voyez-vous, les émotions ! Jo connais des habitués du Salon ^ qui seraient au désespoir de gagner; ils ont en horreur le creps; les Anglais, surtout, oh! ne leur parlez pas du creps !... Mais voilà M. le baron de Cussy qui donne
— sole signal... Ayez-yoas tu sa charge par Dantan? Oh ! excellente I Demain, chez Susse^ regardez-la.«. Voilà le souper... Je vais vous présenter à votre voisin^ sir Williaoïs J..., c'est un tory, mais modéré ; il a voté pour la réforme.
Le tS4 et le tt« (4).
Deux gouffres voisins : Gharybde et Scylla.
Au 154, M. Désirabode^ce dentiste dont le nom est plombé dans toutes les bouches, tient atelier d'hygiène : il enlève les dents à la baïonnette ; sur la porte sont écrits ces mots : /et, on entend des pleurs et des grincements de dents.
Eh bien! M. Désirabode n'est que Temblème innocent du jeu, son locataire. Au 154, heureux celui qui ne laisse que ses dents sur le carreau. Les grincements de dents retentissent au premier étage; c'est sous les pieds de M. Désirabode qu'on arrache les écus de la pocbe des joueurs. '
Le 154 est ce qu'on appelle un lieu décent. Effectivement, il est rare qu'on s'y brûle la cervelle, séance tenante, et que le chef de partie s'y couvre en signe de détresse. La spolia-
(1) Ce» deux maisons de jea se trouvaient au Palais-Royal.
tioQ a une figure assez polie^ un maintien assez calme. C'est le chat-tigre badinant avec grâce , et empoiiant , à chaque caresse, un lambeau de chair à son voisin.
Cette maison jouit d'un magnifique privilège , elle ouvre ses portes à midi précis. La taille commence^ dès que le canon du Palais-Royal tonne comme le pistolet du suicide. Au 154^ on compte trois abattoii's^ à savoir : une roue à roulette^ et deux échafauds de trente et un ; c'est merveilleux à voir comme tout cela fonctionne de vefve pour donnera la police ses vingt-cinq francs lie cadeau quotidien ; à la ferme, ses hôtels, ses rentes, ses chevaux; à l'hôpital, ses ruines ; à la Morgue, ses cadavres ! A deux pas de là, le sergent de ville arrête un afiamë qui vole un sou de pain d'épice, le livre à la sixième chambre de police correctionnelle, et le fait condanmer à six mois de prison et aux frais. L'opulent trente et un, personnification heureuse , est autorisée, par une loi votée, à nous prendre vingt-cinq mille frnncs tous les jours. 0 incompréhensible chaos de nos lois, de notre Inorale, de notre civilisation I
Le 429 partage avec son voisin le privilège de commencer ses cxcui^sions à midi. Victiraaires et patrons sont exacts au rendez-vous. Au 154 et au 129, la loi est évidemment violée. Voici comme ; Par une de ces demi-mesures, familières anx gouvernements, il avait été décidé que le jeu ne commencerait ses dilapidations publiques qu'après trois heures, aun de donner au commercé plus de sécurité dans les recettes; on supposait que les jeunes commis n'allaient en recou^TCmeht qu'avant trois heures, et qu'il fallait, de toute nécessité paternelle, tenir closes les maisons de jeu, tant qu^un com-
luib de recette ai'peutait le pavé de Paiis, le portefeuille ea poche et la sacoche à la main.
Alors le fermier, violant ingénieusement la loi qui se laisse violer (car la loi sur les jeux est une Danaê qui s'amollit sous certaine pluie)^ le fermier^ dis-je, a feimé prudemment aux commis de recettes son 113 et son 36. Ce n'est qu'au coup de quatre heures que ces maisons s'ouvrent. Donc, les négociants peuvent être tranquilles^ jamais une recette ne sera déposée dans les caisses du 413 et du 36. Le commis , égaré par la passion^ le commis infidèle dépositaire qui se rendrait aujourd'hui au 36 pour doubler sa recette^ trouverait cette maison fermée^ en vertu de la loi morale qui prend la fortune des industriels sous sa protection. Mais en traversant le jardin du Palais-Royal^ tout en face précisément^ il aurait à son choix^ pour déposer l'argent de son patron, trois caisses de roulettes et quatre goufOes de trente et un.
Ainsi le 129 a été inventé avec beaucoup d^art pour neutraliser la fermeture du 36 , aux heures de tentation , qui sonnent dans im sac de recette , sous le bras d'un malheureux commis. La police connaît cela aussi bien que nous , mais elle s'amuse à poursuivre sur les boulevards les roulettes oii Ton joue des pastilles de chocolat et des bfttons de sucre d'orge.
Pierre FralasUiMM.
Nous ne parlons pas de l'ëvôque d'Âchmounetn^ la vilte d'Hermès, d'Hermopolts ; c'est un homonyme qui n'a de diocèse qu'au Palais-Royal ; et de brebis, que des pontes qu'il ëcorcbe en les tondant.
C'est un de ces nobles professeurs qui ncutiuliscnt le trente et un, les zëros, les 5 et J 6 du passe dix, les numéros verts du biribl. Avec l'aide de ces grands mathématiciens et de leurs conseils algébriques, on ne joue plus au hasard ; ou attaque la ferme à armes supérieui'es ; on se moque de ses prétendus avantages; on démolit le colosse de Rhodes , on avale une pyramide de Gizeh, on ruine les montagnes.
Ordinairement ces professeurs sont ruinés.
Nous avons fait leurs portraits souvent; nous avons cite un jour ce fameux chevalier Desbaignoirs qui, après avoir perdu
— Gl —
son patrimoine et son indemnité au trente et nn^ en jouant au hasard, se ravisa tout à coup, après sa ruine, et embrassa le professorat au 36 : il a eu cent soixante pontes tues sous lui; enfin , il est mort lui-même au tapis d'honneur, Tëpingle à la main.
Pierre Fraissinous appartient à cette Sorbonne de profes* seurs; il tenait chaire au 129, il composait, pour la consolation des Joueurs ruinés, des Mémoires oh il prouvait qu'ils avaient perdu contre les règles ; il démontrait mathématiquement que la cause première des catastrophes du jeu, résidait dans la folle confiance que les joueurs donnent à la fatalité du hasard.
Et les joueurs ouvraient de grands yeux et Técoutaient. Un baron, qui s'était fait ponte, pour perdre la dernière tourelle du dernier château de sa baronnie, se mit entre les mains de Pierre Fraissinous, et contracta société commerciale avec lui.
Le baron avait quatorze mille francs , Pierre Fraissinous n*avait rien.
Pierre Fraissinous prit les quatorze mille francs, et remit à son associé une lettre de change de la moitié de cette somme, afin que la mise des fonds fût égale des deux côtés. Le baron admira la bonne foi du professeur, et encaissa le billet* La campagne conunença.
. Fraissinous s'assied à la table du festin de For; il tailla ses crayons, raya ses cartes, pointa ses martingales, plaça devant lui sa tabatière de buis à l'image de Poniatowski, et attaqua vivement la banque avec la pi*ogression de d'Alembert.
Le baron remercia le ciel, et se vit, dans un proche avenir, en possession de ses châteaux; il plaignait m(me la ban-
qtie qui Venait dô se inettre à dos rm jouteur comme Frais- ^tnous.
Le baron se disait en lui-même ; Si j'étais la banque , je ferais utie pension de six mille francs à Praissinous^ afin d'acheter^ à ce bas prix, ma tranquillité.
Pendant qu'il disait cela^ Fraissinous perdait le dernier des quatorze billets de mille francs.
— Voilà ^ s'écria-t-U, ce qu'on n'a jamais vu. Regardez cette taille^ monsieur le baron ; regardez-la; j*ai chez moi la levée des quarante mille tailles approuvées par Facadémie ; je vous défîe d'en trouver une conome celle-là. Quinze ooupi de deux !
Le baron leva les yeux au plafond à défaut du oM, et dit avec sang-froid :
•^ Heureusemeuti il nous resta votre billet de lept miUt francs.
— C'est juste, répondit Fraissinous, mais rooo billet M vaut pas sept deniers*
Le beron leta de nouveau les yeux au plafond, Fralfksitiouë retira sa tabatière et son épingle du Jeu ^ et descendit joe« qu'au 'jardin du Palais-Royal pour dresser bii plan avee soti associé.
^ J'ai une scfiur à Perpignan > dit Fraissinous au baron ; elle a de l'ot et beaucoup j allez à Perpignan, et prenez-lui ce que vous pourrez] au retour, nous rejouerons, et je vouif ptotâeti que cette fois la banque sautera.
Le barott rëpoddit 2 '
-^ Kh ! Wen, je vais à Perpignan.
Il prit une tasse de café chez Lemblin^ et partit pour les Pyrénées.
La sœur n'était pas un être fantastique ; elle existait en chair, en os et en argent ; le horon lui soutira huit cents francs pour la confection d'une machine hydraulique ; il ne put rien avoir de plus.
La machine hydraulique s'étant fondue en eau claire y la sœur de Fraissinous a intenté un procès en escroquerie au baron, lequel a été condamné h un mois de prison.
Le professeur continue son cours au Palais-Royal.
IJii fe«l k Vrmmemiî,
« Let grâces décentes, mêlées aux nymphes, frappent la terre d*un pîed alterné, pendant qae le fen brûle les cœurs et les cnisines. »
Horace chantait ainsi à Frascati^ lorsque les grâces décentes dansaient au clair de la lune; Horace prédisait, dans ces vers, Frascati, rue Richelieu^ 108, au coin du boulevard Montmartre, à Paris. Le poêle est un devin, poeta vates.
Amvez, étrangers 1 arrivez, graves Allemands qui étudiez la philosophie; Anglais qui étudiez nos mœurs; Hollandais qui n'étudiez rien du tout, arrivez 1 On danse à Frascati. Les grâces décentes et les nymphes domiciliées aux gynécées pa* risiens, dansent les quadrilles de Musaixl dans les salles de la roulette et du trente et un; c'est vraiment une soirée de délices, comme le carnaval n'en donnera plus.
— En avant deux. — Double zéro noir. — La pastourelle. — Neuf et quarante. — L'or est une chimère. — Un ; un
après. — Pantalon. — Tout va aux billets. ^ Chaîne anglaise. — Zéro rouge. — Quadrille danois. — Vingt-cinq rouge, impaire et passe. — Queue de chat. — Moitié à la masse. — Allemande à gauche. — Dix louis à la rouge en dehors. ^ Chassez huit. ^ Vingt francs à la transversale du milieu. — La trenitz. — Le billet est employé pour cinq cents francs. ^Balancez vos dames. — Tout va, or et billets. — Le galop de Gustave. — Les cartes passent. — L'été. — Rienne vaplus.
Tous ces cris, toutes ces voix se heurtent, se croisent, se mêlent, se confondent. Le violon exécute un duo avec le râteau dVier. Tout ce qui vient de la flûte s'en va par le râteau, les napoléons tombent en mesure dans les sébiles ; les écus pirouettent, les quadruples valsent, les billets volent, les fortunes galopent, les danseurs crient : — « En avant deux !» les joueurs crient : — « En avant tout! »
Délire, orgie de femmes et d'or! Satan n'a rien vu de plus beau sur la terre. Entendez ces acclamations :
— Madame, la nuit vous êtes belle comme le jour!
— Deux refaits de trente et un ! Malédiction !
— Cette robe vous sied à ravir.
'^ Le 36 est en retard de cinquante boules !
— Mon ange, vous dansez comme Taglionl!
— Une martingale et saute!
— Vos pieds sont si petits que je les ai pris pour vos mains !
— Essayons la progression de d'Âlembert.
— Vos épaules sont ravissantes sur ce satin noir«
— Voilà trois tiers et tout que je tente, sacrebleu I
-* D«(ii«iri je vouff fittends 4 l'omlire d^ jour.
— U ptfrie à rouge est (lâcl«ir^.
-^ Loin des jalQui.
— ^'jpterqiittence revient. -^ Je vpws a|nj§r»i ;
— i^ loe pçndroi.
-T. Femme ch^rroanle !
— B«U3qnier mftudit !
— Brune et blanche !
— Rouge fit noire !
— Mf»%prenaierwQurl
— . Mon dçmiep écu I
C'est U bal de^ sept péchés (Mtpit«uY< On dansfût m^\ k I>iiniYe« C'est te b»l des jeunes ^rdsmaimles de la chaussa d'AntiPi les riobesses sont amoncelées sur les femmes, les femmes sur les richesses : le bûcber de la passion brûle dan« tous les cœurs^ Tor tombe en cascades, les piets fument sur les tables, les ouvriers chantent le vin» }e jeu, les belles ; musique de Meyerbeer ; le Champagne coule à flots, les pîltës s'échancrent comme le Colysée. Evobé I Elvoh^ I Mané,Thécel^ Phares, lo^ Bacche 1 Io> Vivez ! Femme> ft toi les piastres ! Jeune homme^ k loi les bftisers l La nuit e^t sombre au dehors ; la garde n^tion^le veille, répiçicr moral protège l'orgie. Dansez, jouez, buvez, aimez; l^ nuit est faite pour U \eiUëe,
le jom* pour le sommeil, Vive la nuit i A bas le jour 1 Qu'ayons-nous besoin de soleil? Le soleil est un traître; c'es^Tespion de Dieu. A nous te« cent lustres I les candélabres ! les girandoles ! t^es femmes sont ravissantes au]( bougies, leurs épaules brûlent, leurs beaux bras ont nne sueur douce et lui-
santé, rien de délirant comme de danser aux bougies enlre des monceaux de femmes et des monceaux de napoléons d'or. Au milieu de ce fiévreux entraînement, Gyrus est ca1me> Cyrus ne danse pas à Ninive, Gyrus détruit et ruine les jeunes Sardanapales ; Gyrus, c'est le banquier : il est impassible comme un roi de trèfle, et hardi comme un valet de carreau. 11 est sourd à toutes les séductions; son métier est de taUler, il taille; c'est lui qui écrit : Mané, Thécel, Phares, sur trois rangs de cartes. La foule regarde et pe comprend pas. Daniel se présente pour expliquer; un huissier du bal le met à la poi*te. n ne faut pas être grand prophète pour deviner Tavenir qui attend les joueurs de ce bal, les Daniels les abandonneraient au besoin. Quand Faube vient à blanchir les ardoises de l'hôtel de Gastille, on voit passer sur les boulevards, une longue file de beautés pâles et endormies, et vingt groupes de daq3eur3 aléatoire^ et ruinëSs qiii se cotisent pour prendre une tasse de chocolat, par actions, ^u café de la r^e Riche lieu.
Horace était plus heureux à Fra^cati, avec fia médiocrité
d'or (\W\\ n'a jamais jouée au trente et un; au bal des p^mphe§, PU U était invité par son illustre an^i, le dieu pan.
Wm épêÊééét
Les histoires de jeunes étudiants qui se conx>n[ipent^ sont vieilles comme la Sorbonne.
Voici la dernière.
Je Yous prie de Fécouter.
Son inscription prise et payée^ il lui restait cent trente-cinq francs de superflu à cet eicellent jeune horame^ arrive à Paris le 2 novembre, le jour des Morts.
— Je veux devenir Faigle du barreau, se disait-il en descendant de cette montagne où Ton fait des avocats^ des grands hommes et des exécutions.
Et il réfléchissait sur la tournure qu*il se donnerait quand il serait aigle.
En ce moment on l'arrêta au vol sur le pont des Arts, pour lui demander cinq centimes en vertu du décret de 1804.
Il tira 8a bourse, et donna cinq francs à changer.
— Si vous pouviez payer mon passage par la même occasion^ lui dit un jeune homme qui avait des yeux d'un gris terne.
— Volontiers, répondit l'étudiant ; et il donna deux sous.
— Je n'ai pas le temps de faire un long détour par le pont Neuf, poursuivit l'inconnu ; trois heures sonnent et on m'attend au 36.
— Qu'est-ce que le 36? demanda le candide étudiant.
— Cest une maison où je donne des conseils aux jeunes gens de famille. Sans moi, ils seraient perdus. Vous comprenez qu'il faut que je me hâte. Voulez-vous m'accompagner?
— Je le veux bien. J'ai encore un jour à dépenser avant de me mettre à l'étude.
— Vous allez donc vous mettre à étudier? -Oui.
— C'est bien ennuyeux. Vous trouverez au 36 des camarades qui ont planté là l'École de droit, et qui s'en trouvent bien. Us gagnent cent francs par jour, dînent chez Prévôt, et entretiennent une danseuse de TOpéra.
L'étudiant aimait beaucoup les danseuses de VOpéra.
— Mais comment trouve-t-on tout cela au 36? s'écria-t-il, la joue en feu.
— Vous verrez.
— Voyons.
En cansant ainsi, ils étaient arrivés dans la galerie de Foy, n* 36.
Ils montèrent l'escalier du suicide, et Je jeune homme aux
yeux gris teiiie; présenta Tétudlant à Messieurs les portiers. •» Ah ! c'est une maison de jeu ! dit en tremblant te studieux provincial.
— C'est-à-dire une maison où l'on joue, autorisée par le gouvernement... et par la Charte qui assui*e à chacun le libre eiercice de ses droits, Or. comme vous avez le droit de jouer^ il faut bien qu'il y ait des maisons qui yous concèdent cet exercice. Sans cela la Charte serait illusoire^ et on ferait une seconde révolution de Juillet.
— Au fiMt> cela parait juste.
— Eminemment ! Je vais vous présenter à M, Dangot et à M. le chevalier Desbaigooii^s, deia professeurs.
— De droit?
— De trente et un. Ce sont deux homm^^ 9ui ont obtenu un brevet d'invention de Charles X^ pour avoir tué le refail, par la progression raffinée.
— lis doivent être millionnaires?
— Ils n'ont pas le sou î mais c'est leur faute, U w tient qu'à eux de faire sauter la banque tous les jours ; ils s'en abstiennent par délicatesse. Leur bonheur est de conseiller les jeunes gens.
— Allons, je vais risquer cinq francsM.i*
•^ Comment risquer! Etourdi I On ne doit rien risquer ici, entendes-vous ? Je ne souffrirai pas que vous jouiase au ha* sard.
— Ce n'est donc pas un jeu de hasard?
-^ Pour nou8| non... Voyons, combien avez«vous de mise de fonds ?
— Cent trente francs.
— Vingt-six masses, bien... Attendez... je vais piquer la caiie, n y a trois intermittences ; c'est un llei^ et tout décide, Jetez dit fraîicS... perdu, bien... jelez uii louis... perdu, tant mleus! J'avais peur de gagner. . t)eux louis... Jetez deux louis... Gagné, c'était sûr... Nous jouons contre le Coup de trois... C'est un tiers et tout élargi.. . Cesl moi qui l*al inventé... Reprenons à la masse première... perdu, à merveille... Martingalez... Encore perdu, ça va bien, je m'y attendais. Deux louts encore... perdu; de mieux en mieux... Je me disais, à part moi, nous sommes perdus, si nous avons le malheur de gagner Voyons, que vous resté-t-il?
— Soixante francs.
— Plus qu'il nVn faut... Mettez vos soixante francs... c'est un nouveau système, vous allez voir... Mettez donc... gagnée c'était sûr; la série ne pouvait pas s'établir... Que faitesvous donc?... lAisseztout, parolij vous êtes en veine... encore gagné... Retirez vos deux cent quarante francs... Cinq lotlis et demi de bénéfice ; c^est le taux»... assez pour ce ma-^ tin... Allons dîner chez Prévôt.
Le candide étudiant ne se sentait pas de joie.
— Venez que je vous embrasse, lui dit-il, mon cher monsieur... Comment vous appelez- vous ?
— Comme vous voudrez... Ordinairement on m'appelle Adolphe.
— Mon chet* monsieur Adolphe... Ah çà, que ferons-nous de tout cet argent ?
— D'aboi-d, nous allons dîner.
— Et après 1
— Après, au théâti^ du Palais-Royal.
^ El après?
•— Après , nous allons encore gagner cent francs. Vous devez avoir dix loais de gain par jour; six mille francs par mois; soixante-dix mille francs par an. Il faut retrancher Pâques^ Noêl^ TAscension^ le vendredi saint et le 29 juillet i cinq jours perdus; c'est égal , il vous en i*e$te encore trois cent soixante de bénéfice.
— Avec cela, je crois qu'on peut avoir la danseuse.
— Toutes les danseuses possibles^ et un cabriolet. Allons dîner.
M. Adolphe fut embrassé une seconde fols. On dîna joyeusement; on avala du Champagne et quatre vaudevilles^ et à onze heures on remonta au 36.
— Soyons prudents , dit M. Adolphe^ et à cette heure ne ouons que des coups sûrs... la taille est hachée en diable;
c'est dangereux^ attendons.
— Qu'attendons-nous?
— Nous attendons que la chance se prononce. Est-ce que vous voudriez jouer au hasard^ par hasard?
— Oh mon Dieu I non.
— Eh bien! attendez la chance... Ordinairement elle vient à onze heures trois quarts.
L'étudiant croisa les bras et attendit.
— Cette fois, dit M. Adolphe , après un repos , cette fois nous martingaions au louis... jetez un louis... perdu^ boni... deux louis I... ne faites pas attention... Quatre louis!... perdu. Ce qui vous reste... perdu!... comment perdu?... Attendez, monsieur le banquier! laissez-moi compter le point... il est impossible que nous ayons perdu... Vingt et
UD, viogt-irois^ vingt-sept^ ti-cnle-sept... Dix^ vingt, vingtneuf^ treute-neuf... Oui... sept et neuf! perdi^e de sept et neuf I Gela n'est jamais arrive !
— Eh bien! qu'ailon^-nous faire maintenant?
— Nous allons nous coucher... sept et neuf! Il ne vous reste rien?
— Il me reste deux francs.
— Deux francs... donnez-les-moi... je vais les jouer a la ]-ouieite sur le 17... voyons... diable! c'est le 27... n, 27.,. j'avais deviné la finale... Vous n'avez pas encore deux fmncs?
— Non.
— Minuit et demi... Allons nous coucher.
— Ah ! mon Dieu , on ferme ma maison à minuit y je loge rue Contrescarpe, hôtel de FAnge-Gardien.
— Eh bien ! venez [coucher avec moi rue de la Biblio* thèque (i), ici près.
— Oh! vous êtes mon sauveur^ cher monsieur Adolphe.
Et M. Adolphe fut embrassé une troisième fois.
Ils montèrent au sixième étage d'une maison branlante. M. Adolphe poussa une porte qui n'avait pas de sen'ure , et entra le premier dans une mansardé. Les deux amis se couchèrent côte à côte.
M. Adolphe s'est endoimi en disant ; Sept et neuf?
Le jour tombait d'aplomb sur le lit, quand le jeune ëludiant se réveilla.
(1) Sorte de clotqne^ qai a été délrnit dans les démolitxus pour Taeltèvcment da Loatre et de la me de Ritolî. — P. A.
Tout ce qu'il vit autour de lui ne servit qu'à lui rappeler 6a cruelle aventure.
— Que dirait ma mère , si elle me voyait ici ? s'écria-t-il en larmoyant y et il Jeta tin regard sijr son compagnon de Ut.
Sa chemise s'éparpillait en charpie; c'était la misère nue avec ses haillons ; le jour, un habit brossé et vernissé recou* vrait un peu toutes ces turpitudes de la mansarde. Il dormait encore d'un profond sommeil, le malheureux^ et Tétudiant le contemplait avec tristesse.
Tout à coup le naïf provincial se dressa sur ses pieds ,
comme s'il eût été piqué par une couleuvre ; 11 venait de
découvrir, sur l'épaule de M. Adolphe, ces deux lettres :
11 courut au pont des Arts et se noya de honte et de désespoir.
(1) Travaux Jweëi, U y avait eocore des forçats marqués en 1836..t
Beralère* par^lM (4).
nëductioD pour réduction^ celle des suicides devrait passer avant la rente. C'est le Jeu surtout qu'il faut réduire à zéro. Un ministère nouveau qui débuterait par la réduction des catastrophes, donnerait déjà une assez belle garantie de moralité. Jadis ^ lorsque les rois montaient sur le trône ^ ils signalaient leur joyeux avènement par Textinction d'un abus; c'est le contraire aujourd'hui. 11 faudrait donc que tout ministre, qui arriverait au fauteuil de la rue Grenelle^ ti' i04,
(1) Âa moment oà ces articles paraissaient dans un journal épigram* matîqne {Le Conaire) , les jeox publics étaient, sinon protégés ouYer* lenenty dn moins tolérés faforablement par le gouternement d'alors. Des axisteiices officielles se trouvaient bien de cet état de choses, qui les enrichissait, et, à vrai dire, lorsqu'on demanda l'abolition de cet abus, il n'y eut guère de résistance que dans quelques traditions administra- Utcs. — P.- A.
fut tenu de guérir une blessure morale faite à la sociétë. On gagnerait toujours alors quelque chose à un changement de ministère. Nous ne savons point encore quel sera le Colbert qui prendra la succession de M. Thiers d'Àix. Mais il pouri*att bien compter d'avance sur nos applaudissements^ s'il tuait le Jeu d'un coup de plume ; nous permettrions même à ce ministre de tomber ensuite dans quelques erreurs gouvernementales, en considération du service immense qu'il aurait rendu aux familles^ aux petits et aux grands, pusiltis et majoribus. Ce trait seul suffirait à la gloire d'un homme d'État; il pourrait se reposer le lendemain, sa journée n'aurait pas été perdue. Ce ministre arrivera, nous pouvons l'affirmer, et grâce peut-être à notre voix, à notre persévérante excitation , un député sera ce ministre ; un député rempli d'une glorieuse ténacité, et qui trouvera son delenda Carthago dans cette mesure^ un député qui sera noti*e Caton le Censeur.
Les sept plaies d'Egypte^ les sept ministres qui tombent, toutes les heptarchics flagellantes du monde ne sont rien auprès des sept maisons de jeu qui rongent Paris. On écrase les sauterelles, on chasse les mauvais ministres, mais on ne peut éci-aser le trente et un qui nous prend notre argent ; le trente et un est placé sous la sauvegarde des lois et la protection des gardes municipaux. Le trente et un qui viole notre boui^e, notre santé, notre réputation, est inviolable de sa nature, en vertu du cahier des charges et du traité d'alliance offensive et défensive formé enti^ la rouge et la noire et le gouvernement constitutionnel. U y a solidarité d'honneur entre le ministre et le banquier. Le ministœ a dit au
banquier : « Quiconque t'insulte , m*insulte ; quiconque te 1» menace^ me menace; quiconque te frappe^ me frappe; » tout ce que tu auras lié sur ton tapis , je le lierai sur le » mien ; tout ce que tu auras déliée je Je délierai. » C*est la parodie de Jésus-Christ et de TApôtre. Ensuite^ le ministre dit à M. Gisquet : « ÉlèTe un mur d'airain^ une file de sabres » et de chenaux de frise autour des croupiers. Le croupier y> est Fimagc du budget sur la terre. y> C'est pourquoi nous voyons la garde municipale aussi vigilante au seuil des antres aléatoires, qu'à la porte des hôtels ministériels. On est louable , si on tire un bon coup de pistolet sur le croupier qui fait son jeu dans les Âbruzzes. Mais son confrère du Biribi est l'oint du Seigneur et de M. Gisquet.
Cette question est la seule en France qui ne soulève aucune contradiction. Quand on parle de supprimer les jeux on ne trouve qua des approbateurs^ jamais d'adversaires. Quelques-uns osent pouilant hasarder^ avec timidité , cette observation banale :
— Mais shvous supprimez les jeux publics, ne craignezvous pas que les jeux clandestins s'établissent? Aujourd'hui, on joue en face du soleil,c'est une garantie contre les escrocs; si vous fermez ces portes ouvertes incessamment à l'œil -vigilant et paternel de la police, on jouera dans les caves ou dans les greniers ; on jouera dans la banlieue, dans les bois, car la passion est indestructible , et les joueurs voudront la satisfaire à tout prix. Les fripons succéderont aux croupiers; les joueurs ne défendront plus leur argent; ils seront impunément volés. Cartouche et Mandrin se feront tailleui-s de Biribi.
Cette observation est la seule qui ait cours ; elle fait même des dupes quelquefois ; mais elle n'est pas nouvelle^ elle ne date pas d'hier. Dussault Ta consignée dans son excellent livre et la combat timidement ; cela se conçoit. Au temps de Dussault^ la police avait peu d'action ; aujourd'hui la police est partout; c'est une population dans une population; il ne peut pas plus y avoir aujourd'hui de jeux clandestins^ que toute autre chose clandestine ; le premier perdant de mauvaise humeur, personnage assez conunun, irait dénoncer, en sortant, le tripot secret où il aurait consommé sa ruine. De terribles amendes^ de fortes peines correctionnelles, la crainte des délations, la vigilance d'une police endémique^ tiendraient en grande réserve les souteneurs d'étouffoirs et leurs bailleurs de fonds.
Autre chose encore. Est-on de bonne foi quand on établit une simUitude entre les maisons puUiques et les tripots souterrains ? Y a-t- il vraiment parité de chances dangereuses contre la fortune du passant ? Quelle dérision ! Aujourd'hui, c'est un fléau patent ; une perdition accessible à tous, à ceux qui la recherchent et à ceux qui veulent l'éviter. Le jeu tient enseigne, comme le limonadier et le restaurateur; c^est au rez-de-chaussée, tournez le bouton. Avez-vous un billet de mille? Entrez. — Avez-vous deux francs ? entrez aussi; tout est reçu de midi à quatre heures du matin. Toutes les difficultés sont aplanies ; le Jeu ne parlemente pas avec le joueur; il n'y a point d'antichambre à faire, point de carie à présenter. On se ruine avec une aisance qui fait plaisir. Croiriezvous qu'a en serait de même pour ces tripots qu'il suffît de nommer clandestins ? L'étranger, le jeune honune étourdi, le
commis de recettes^ le passant oisif sam*aient-iis tout à coup le chemin des caveaux aléatoires, comme ils connaissent aujourd'hui les enseignes transparentes des maisons de jeu ? Dans ces tripots souterrains, s'ils pouvaient s'établir, on ne trouverait que de vieux joueurs^ ruinés et incurables, entre eux se disputant le dernier billon de leur fortune du temps passé. Certainement la friponnerie directe n'existe pas dans les maisons publiques, comme elle existerait, à coup sûr, dans les étouffoirs ; mais qu'importe ? Est-U bien nécessaire de filer la carte, ou de biseauter un sixain, lorsqu'on a pour soi un témoignage matériel, mathématique, à l'épreuve de toute martingale ; un avantage qui arrive au même but que la friponnerie, sous un certain vernis de franche probité? Le refait du trente et un, les zéros de la roulette, le 5 et 16 du pair-impair , les sept numéros verts du Biribi , les creps du jeu de dés, peuvent bien remplacer la science du filou. Comptes au bout de Tan, et voyez si le résultat n'est pas le même ; tout Targent du joueur est tombé dans la caisse du banquier. La filouterie ferait-elle mieux ?
Voltaire qui connaissait fort bien la stratégie de la démolition ; Voltaire, l'ingénieur de la philosophie, avait posé en principe qu'une excellente chose, plusieurs fois répétée, n'amenait aucun résultat ; qu'il fallait immobiliser la même attaque sur sa plume ; qu'il fallait la crier incessamment à toutes les oreilles de l'univers, afin que le jour du triomphe fût assuré, après un laps de temps, plus ou moins long.
C'est un bon principe; et, sur la foi du maître, nous Vavons adopté, à l'endroit des maisons de jeu. Déjà bien des voix sont les échos de nos paroles. N'est-ce pas un véritable
encouragement à persévérer ? La presse quotidienne^ distraite par de hauts intérêts politiques^ avait perdu de vue^ depuis assez longtemps, la question morale de TimpAt des jeux : vdlà que nos incessantes plaintes réveillent notre fraternelle amie ; voilà que dans les Chambres, dans les comités, dans les associations philanthropiques^ partout^ grâce à l'impulsion de nouveaux venus, on travaille sérieusement, à cette heure , au renversement de ces échafauds qui dévorent la fortune et la Tie des citoyens.
Le Corsaire (1) a déjà donné quelques assauts à la citadelle du jeu :
Encor deax oa trois Umr» ; a« son de la trompette, Aux éclats de sa voix qae tout un caïup fTpctc , Jéricho tombera.
Ia Tille de Paris est obligée de mentionner chaque année, sur le compte rendu de son budget, Ténorme impôt qu'elle retira des maisons de jeu. Ces jours deiniers, ce travail a été livré à la publicité. C'est avec un vif sentiment de donleurquenous avons vu ce chiffre de Tlmpôt du sang ; et notre douleur a été partagée par plusieurs de nos confrères qui l'ont énergiquement exprimée. 11 y a vraiment une hideuse auréole aulour de ce chiffre, malgré le flegme municipal dont on s'efforce de Teiiveiopper : il n'est pas un écu de cette immorale recette qui n'entraîne après lui son cortège de larmes^ de désolation, de mines, de désespoir. 11 faudrait que cet or qui entre dans la caisse municipale , tout imprégné d'une
(1) En 1836, le Corsaire était on orgcne de ropiOMtion radicale. — P -A.
sueur agonisante, fût marqué d'un coin spécial, afin que la main, qui le reçoit en salaire, tremblât d'une magnétique conYulsion. Les billets de banque extorqués par le vautour du jeu, sont au moins reconnaissables : la vUle de Paris a beau les soumettre à son polissoir, afin de leur donner une physionomie calme et décente, ils portent toujours avec eux l'indélébile empreinte des doigts frénétiques qui les ont froissés dans le plus fiévreux des délires, le délire infenial du jeu.
Certains économistes de bonne composition vous disent : — Mais remarquez combien est louable la destination donnée à Fiinpôt perçu sur le jeu. Il vient en aide aux dépenses publiques; il pave la ville; il paie Thuile des réverbères; il équarrit les pierres de nos monuments au chantier. — Ah ! vraiment, l'or du jeu nous rend tous ces bons offices-là ! Eh ! de cette manière, puisque la fin sanctifie les moyens, vous êtes bien bons de ne pas vous procurer quelques impôts, encore du môme genre. Dévalisez tous les passants, sous le prétexte qu'il faut mettre de l'huile aux réverbères. Nous ne savons pas s'il est d'une immuable nécessité d'équarrir les pierres et de paver les rues plus ou moins bien : mais nous savons qu'une ville doit avoir sa moralité, comme un individu ; qu'elle ne peut, sans déshonneur, s'approprier un or gagné moms légitimement que l'or récolté, avec le concours des quatre circonstances, dans la forêt de Bondy.
La dernière campagne aléatoire a été heureuse, la ville de Paris doit s'en féliciter ; nous y venons plus clair aux réverbères. De grandes fortunes se sont écroulées dans le dernier
trimestre de 1835, et elles ont couvert le tapis vert d'im-
menses débris. On cite M. L..., comme la plus intéressante victime de ces derniers mois. Trois cent mille francs lui ont été arractiés, billet à billet, avec une vivacité qu'on ne trouve que dans une fatalité mystérieuse, alliée à l'action invincible du refait et des zéips. En trois semaines, cette somme énorme a (Misse du portefeuille du ponte opulent dans les sébiles et les cassettes à baguettes de cuivre de Tadministration. La ville de Paris a prélevé deux cent sojxante-quinse roiUe francs sur les cent mille écus perdus. Ceci n^est point un conte arabe» c'est une déplorable histoire connue de tout Paris, quoiqu'elle n'ait eu aucun retentissement dans les journaux. Cette ré* serve de la presse doit avoir son terme. Nous la briserons^ nous, les premiers : c'est un service que nous rendons aux familles. Tant pis pour la ville de Paris I Qu'elle cherche ailleurs que dans les veines des citoyens, l'huile sanglante de ses lanternes, et le ciment de ses pavés (i).
(1) On ne compte pat moins de qninse ans depaia que lei nbnseonlrc lesquels Méry se réTolte si énergiqueinent ont tout à (ait disparu. Sur la mvtion d*nn député de gauche, qui lisait le Conaire chaque matin, les jeuT publics ont été enfin sapprimés dans les premiers Jours de rhiver de 1837. Était-oe une raison saffisanie pour ne pas eihumor la brillante et courageuse Ménippée du poète? De toute manière cet Études si colorées detaient retÎTre. Si, d*une part, la richesse de leur forme les sauve de l'oubli, on peut dire que, d*un autre côté, elles n'ont pas cessé de tenir en réserre une moralité des pins utiles. Le Salon de Frascati, le 36, le 154, le 16fl et les «ntres stations d« chemin dt croix des joueurs ont été supprimés; In ^ille de Paris s'est purifiée, maig Tabus n*a pas été tué entièrement ; il n*a fait que se déplaoer. A p^e l 'avait-on mis hors la loi qu'il émigrait en Allemagne ; le Jeu donna maintenant rendes-tons à ses Yictimes à Baden, à Wiesbaden, à Als* ln-€hapelle et à Homboarg. Il n'y a donc qu'on nom de fille à changer dans les Phîlippiques de Méry. <— P.-A.