CARNET D'ARTISTE
▼erMiUles.
Versailles^ cette grande idylle mythologique^ alignëc par Le Nôti'e, en collaboration avec Louis XI V^ va se rajeunir d'un siècle et demi. On taille les arbres^ on émondelcs plantes parasites^ on frise les boulingrins; on rend les mepnbres absents aux statues invalides; on repolit les Tritons limoneux, les Âmpbitrytes usées, les Latones rongées par les grenouilies, les Neptujies qui disent le : Quos ego^ les dieux Termes, les Faunes, les Pans, les Egypans, les Satyres et les monstres marins d'eau douce, enfin tout ce peuple de bronze mytho-
logique^ qui a couru la chance en 93 d'être changé en pièces de deux sols^ métamorphose qu'Ovide n'avait pas prévue. Les Naiades épuisées vont recevobr de l'eau, que leur portent la nouvelle machine de Mariy. 11 n'en coûtera plus 12,000 fr. au trésor pour donner quelques gouttes d'hydrogène à ces mille gosiers d'airain » toujours altérés.
Depuis plusieurs années^ quelques ouvriers qui s'amoucellent sur un seul points afin de paraître nomt>reux^ recrépissent, hadigeonneut^ vernissent cet immense château que la colère du peuple avait lézardé, parce que le ciment qui l'avait hàti fut détrempé par les larmes du peuple. On a eu beau faire y cet édifice n'a pu èti*e épargné de son mauvais goût original; c'est toujours^ du côté de la ville, un absurde entassement de pierres > et du côté des jardins, un mur long et plat, percé de croisées innombrables. On ne «twait jamais que Versailles est contemporain de la colonnade du Louvre et de Thôlel des Invalides. C'est une tapisserie de Mignard ou de Boucher, inspirée par un roman de dlJrfé, traduite en pierre, par Perrault devenu vieux. — 1835 est arrivé ensuite avec son luxe indigent, et il a achevé l'œuvre de mauvais goût. Quatre gendarmes, de quinze pieds de haut, viennent d'être placés sur piédestal, dans la cour d'honneur; je croîs, du motos, que ce sont des gendarmes, ou peut-être des dragons. Le statuaire les a si bien drapés de leurs manteaux, qu'on ne peut distinguer Tarme à laquelle appartiennent ces guerriers de marbre : ce sont quatre casques posés sur quatre manteaux.
Les galeries intérieures sont à peu près termmées ; elles sont farcies de tableaux. Avec ces toiles on pourrait tapisser
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toutes le» matooas de Paris. Ea les vendant au prix de la toile usée^ 6B en retireiail m»émitmi 42* k f5y000 fr. ^ 1» couleur passerait sur le marché; il en eàb ceèté héea davantage 8*ii eût faUu eouvrir les mars du château de tentures de soie. L'écoBoaie est, celle (bts, bien entendue ; et à tout prendre > les trente^six mille taMeai» extraits des eaves des résideBoes royales 9 feront touîouiis mieux au oo«p d'oeil §ue des tapisseries d'hdtels bourgeois* On assure ^une seute promenade dans eel immense musée peut donnei* Tophtlialnûe ; on louera des hmettes vertes à kt ports ^ les jours d'exhiliitioB. Les amateurs de tableaux en verront de tontes les couleora.
Daus cette peinture torrentielle, surnageront pourtant, dit-on, quelques compositions remarquables. L'art contemporain a fourni son contingent. Nos jeunes et vieux maîtres ont été appelés à jeter un peu de chaleur et de vie sur toutes ces antiques natures mortes , ensevelies, ressuscttées un beau matin dans les catacombes de Compiègne , de Rambouillet, du Louvre et de Fontainebleau. Versailles sera le professeur qui nous enseignera Fhistoire de France par le procédé pittoresque. C'est une entreprise tout à fait de mode ; elle réussira. Une fois le chemin de fer établi de Paris à Versailles, nous irons assister à la leçon. C'est Pharamond qui ouvre le premier chapitre^ c'est-à-dire la première salle ; conmie nous n'avons pas de portrait de ce roi, attendu qu'il n'a pas existé, c'est M. Vatout qui a posé pour Pharamond.
M. Larivière et M. Devéria terminent en ce moment, dans les ateliers du Louvre, les deux tableaux qui clôturent l'histoire de France, et la conduisent à nos jours. M. Larivière a rendu sur une immense toile V Arrivée du duc (T Orléans à
/ * HéUl-de-Vilk^ après les Jouraées de juillet. Le prince est à cheyal, escorté de tous les personnages éminents de Tépoque; le peuple est dans l'ombre, dans la demi-teinte; mais il brille par son absence. Ce tableau renferme de belles parties, l'artiste a vaincu beaucoup de difficultés inhérentes à l'exécution d'un pareil sujet. M. Devéria donne à Versailles un excellent tableau, représentant le Roi des Français tium* guratU la Charte de i8«W. Nous ne connaissons pas le peintre qui a été chargé de suspendre aux murailles de Louis XIV les hauts faits d'armes du peuple des trois jours; cette dernière leçon d'histoire sera, sans contredit, la meilleure et la plus profitable pour le maître et les écoliers.
Le MdoB fie tSSS. — La acwlptare.
Je ne sais trop pourquoi les analyses des expositions ne commencent pas par les articles de sculpture. C'est toujours ia peinture qui a le pas. Pourtant la sculptnra est sa noble sœur alnde ; son premier atelier fut le paradis terrestre; le premier sculpteur fut Dieu. Avec de Fargiie^ il fit Adam, et l'exposa dans les vastes galeries de i'Eden. Aucun journal ne rendit compte de ce beau début, Dieu fut obligé de se faire son feuilleton : « Vidit quod esset honum^ dit la Genèse ; » il vit que cet ouvrage était bon. La sculpture est aussi ancienne que Tamour-propre d'artiste ; c'est par elle qu'il faut commencer.
Notre sculpture de 1836 est généralement pâle et maladive : c'est un art qui souffre. Où est donc Foyatier, notre énergique créateur de Spartacus? Foyatier n'a exposé qu'un buste de madame de Fitz-James, buste d'une exquise cise-
lure, d*iin modèle ravigsarit : marbre et cbair sont synonymes avec lui. On dit cependant qne cet aKiste a des richesses dans son atelier de la rue Madame; on a parle d'une TÎerge, d'une baigneuse, et surtout d'une charmante statue de femme, toute moderne de physionomie, et couchée sur Vn sopha. Pourquoi l'atelier avare a-t-il gardé ces beaux ouvrages? C'est Jà un de ces secrets d'artiste qu*ii n'est pas permis d'expliquer.
Pradier a exposé un groupe d'Amour et de Vénus. Cest de la belle nudité, mais pas assez divine; Vénus est trop nne femme, et pas assez une déesse. L'idéalisation antique se fait regretter autour de ce marl)re; un peu moins de chair, et la déesse se serait révélée aux adorateurs. L'Amour est un bel enfant qui ne sera jamais un Dieu. Quand les artistes traitent ces sortes de sujets , il faut qu'ils rentreot dans les conditions graves de la statuaire antique. Comme personne ne les oblige à faire des dieux et des déesses, ils sont taras d'être païens, lorsqu'ils en font. Ces remarques dlntinie analyse n*dtent rien au mérite de ce groupe ; chaagei les noms , et Tœuvre est parûdte. Ne voyez là qo'kiiie jeune mère et son enfant.
A côté de cette Vénus, si vohiplaeuae, si séduisante, si femme , s^asseoil leCb%c4asde M. Durât ; beau travail qu'on croirait signé : Jean de Bologne ; c'est du bronze comme en coulait le grand artiste Italien. J'arnie mieux ce Chaclas que celui de Chàttaubnand; n est mieiuc, aa donlenr ne «'ëbniite pas en métaphores spîrituefles ; c'est un admirable désespoir de sauvage américain, une résignation de Mohican.
Taime les animaux de Baryes; c'est le Praxitèle de TA tlas.
c'est le Phidias du désert de Barca ; Baryes a vécu avec les lions et les tigres ; il ne les copie pas à la !tf énagerie, comme Buffon, illes visite au désert comme Androclès. Son magnifique lion de bronze (t)e8t plus beau que nature ; ii a une allure idéale de monstre numide qui donne la terreur. Ce bronze rude se crispe admirablement , dans un accès de rugissante colère ; rien de vrai comme cette menaçante conti^action des muscles du museau. Le modèle a posé sur une dune de sable ; le sculpteur était assis sous un palmier^ le lipu avait fait grâce au sculpteur ; il y avait trêve entre eux.
Voici un nom populaire : voici un artiste qui prend ses modèles dans la foule, et laisse à Baryes le désert. Voici Dantan, le Phidias de la comédie sculptée. Cette fois, Dantan a fait de l'art sérieux. Ne réussit-il pas d'ailleurs dans tous les genres ? Il tient exposition permanente de ses petits chefs-d'œuvre, de ses bustes moqueurs comme une phrase de Candide, Dantan n'a pas besoin du Louvre : son salon, c'est Paris ; son public, c'est la foule incessante qui roule et se replie de la Bourse aux Panoramas. Aux salies basses de l'exposition, Dantan a fait acte de présence et je l'en félicite ; son nom doit être Inscrit pailout (lii le marbre se pose sur le piédestal. Ses bustes sont travaillés avec un bonheur plein d'esprit. Dantan nous a rendu la physionomie harmonieuse de Bellini; ii a donné à ce marbre vivant toute la pureté ravissante d'une phrase des Puritains,
Nous avons commencé notre revue du salon de sculpture parles nooBS célèbres ; nous continuerons avec d'autres noms.
(1) Ce lion « été plaeé depvis an jardin âm Ttileriet, m b«i de U tcrrmsie da bord de r«aa. P.-A.
Un critique, pour sortir de l'ornière^ doit se montrer aujourd'hui tout empressé de prodiguer l'éloge, et très-répulsif au blâme. Que les artistes nous pardonnent notre sévérité ; la phrase maligne est dans nos attributions inaliénables :
Et l« garde qui ▼eille aax barrikes da Lootra N^eii défend |Mia iea roia.
On achève Tare de triomphe de l'Étoile : voici bientôt trente ans qu'on a commencé de Facbever. Nous sommes arrivés aux bas-reliefs.
On est étonné de ne pas trouver à l'exposition les plâtres des ron Je-bosses , destinés à ce monument. Un seul est visible ; il représente un épisode de la campagne d'Egypte ; c'est assurément un beau travail. Bonaparte est dignement posé ; les figures sont groupées avec intelligence. On re* grette que l'artiste ait étouffé le général Kléber et son cheval sur le dernier plan. De cette manière, la figure principale manque d'air. Ce bas-relief serait parfait, si l'artiste sacrifiait le vainqueur d'Héliopolis au* vainqueur d'Aboukir. Ce modèle, en plâtre, est réduit de moitié; le marbre s'harmonise ainsi très-bien aux proportions colossales du monument auquel il est destiné. M. Seuire aîné nous a donné ce magnifique bas-relief.
Maintenant où sont les autres ? On assure qu'ils sont terminés , mais qu'ils i^doutent le grand jour. On ne les jugera qu'à distance. La négligence appoHée à quelques autres basreliefs accuserait sans doute le ministre, lequel auitdt, diton, manqué de discernement dans le choix des artistes. Cela ne nous étonnerait point. M. Thiers s'est fait, dans un certain
monde, une rëpulatton d'homme éclairé en matièi*e d'art. La vérité pure est que M. Tbiers a un goût commun et un instinct malheureux; c'est un grand rcmueur de moellons et ' de marbre ; un maçon en chef, qui confond souvent le manœuvre et l'artiste, le tailleur de pierres et le sculpteur. M. Tbiers n'a point d'élévation dans les idées ; son moral est exigu comme son physique ; il a une pensée froide qui se démène dans le cerveau pour l'échauffer; il est trop préoccupé de politiques ambitions pour rendre aux beauxarls ce culte de candeur virginale , cet enthousiasme serein , qu'on ne trouve ni dans les chiffres, ni dans les portefeuilles, ni dans les budgets. M. Tbiers est artiste, comme une soustraction est poétique, comme Barème est sentimental.
M. Tbiei*s s'esciime à gâter le temple ou l'église de la Madeleine : je crois qu'il y a de la jalousie dans son fait ; il ne paixlonne pas à la colonne corinthienne d'être plus grande que lui. C'est sous son règne qu'ont éclaté ces longs débats, à propos des peintures de la Madeleine ; c'est lui qui a dit un jour à ceux qui trouvaient les colonnes trop lourdes: « Eh bien I il faut les canneler. » C'est lui qui a chargé le fronton de cet écrasant bas-relief, dont les figures se croient grandes, parce qu'elles ont quinze pieds de haut ; celles du Parthénon n'en ont que six; on leur en donnerait cent. Aujourd'hui, cette Madeleine malheureuse et non repentante, comme sa patronne, vient de nous initier, pai* le canal de l'exposition, dans le mystère plastique de ses bénitiers. La Madeleine aura les deux plus formidables bénitiers qui aient jamais oint des fronts chrétiens. La conque ou cuvette
est raisonnable pourtant; elle ne contiendra qu'une pinte
d'eau ; maïs elle est flanquée d'une Religion et d'une Fol, à taillés gigantesques, et lourdes à dégoûter le puMic de ia foi et de la religion.
Mais qui nous délivrera des allégories? 0 M. Thiersf l'allégorie n'a-t-eUe pa^ assez longtemps émoussé le ciseau et desséché la palette? Pourquoi proposer ainsi étemellemenl des logogripbes de marbre aux portes des églises?
— Une grande femme, toute empâtée de draperies, n'ayant de la femme que la figure , et levant au ciel ses yeux vides, saves-vous ce que c'est? dit-on au fidèle qui prend de l'eau béuite.
Le fidèle répond :
— Parbleu ! ceiiainement, c'est sainte Madeleine.
— Vous n'y êtes pas. Est-ce que vous croyez que toutes les statues sont des Madeleines?
— Voyons, c^est une sainte, enfin?
— Non.
— C'est une dame?
— Non, impie.
— (Test la Vierge?
— Non.
— Ah ! j'y suis ! elle tient une couronne, une petite couronne à la main, une couronne qui ne va pas h sa tôte , c'est une reine ?
^ Elle porte une triple couronne, regardez bien ?
— C'est Marie-Louise?
^ C'est la tiare !
— La tiare!
— Eh bien I
-* Eb Uen ! qui esl-ce qui porte la tiaiii?
— C'est le pape.
— C'est la Religion; cette statue est la Religion.
M. Thiers devrait placer son bénitier de la Madeleine à la porte de son bôtel ; il lui servirait au moins à donner de Toau bénite de cour.
A l'heure où nous écrivons , M. de Cailleux (i) est rhonune de France et de Navarre qui est le plus tourmenié: il a contre lui quinze cents artistes, environ. En fait de susceplibir lités raisonnables ou folles « quinze cents artistes équivalent au reste de la population. M. de Cailleux est debout, sur le pinacle du Louvi'e, et il est percé de flèches comme saint Sébastien, par cette armée d'artistes furibonds.
M. de Cailleux exerce au Louvre la môme domination que le conite de Saint^Bris, dans Topera des HuguenaU. Soyons justes, pourtant, M. de Cailleux n'arbore pas la croix de Lontdne, et bien qu'on proteste, de toutes parts^ contre lui, il n'a fait tuer aucun protestant. Nous sommes redevables de cette amélioration dans les mœui's aux progrès de la civilisation et à la musique de Meyerbeer.
Au Louvre, dans les bui'eaux de journaux^ et dans le foyers de tous les théâtres, on n'entend que ces mots :
— Avez-vous vu mon tableau ?
— Oui, parfait ! très-bien! compliment !
— Mais avez-vous pu le voir ?
— A merveille 1 Dans le grand smlon ?
— Du tout j il est dans la galerie.
(I) En 1S36, M. de Cailleaz était «lirecteur et organÎMteui- des MttB«es. — P .-A.
— Oui, oui 9 dans la galerie.
— Eh bien ! que dites-vous du jour?
— Il fait assez beau.
— Ah t... mais... assez bon, je crois.
— Vous voulez rire?
— Oui^ oui, c'est une plaisanterie^ un jour pas favorable du tout ; clair obscur.
— Un jour exécrable ! c'est un fait exprès ! M. de Cailleux a une dent de lait contre moi ; il m'a enterré.
^ C'est M. de Gailleiix qui vous a joué ce tour-là?
— À moi et à mille autres. Depuis quinze ans je sollicite trois pieds carrés dans le grand salon. Impossible d'y toucher ; M. de Cailloux m'avait promis pour cette année ; bah ! les considérations! les intrigues! que sais-je 1 je suis relégué dans la travée noire, où le soleil n'a jamais mis le nez. Ah ! M. de Cailleux !
Et la poste aux lettres est occupée > matin et soir^ à porter des réclamations à M. de Cailleux : — Le grand salon, — le mauMiis jour, — la travée noire, — enterré^ — un malheureux artiste, — la cabale, — ennemi de l'intrigue. — Tout cela est timbré quinze centimes, et arrive franc de port à M. de Cailleux. C'est un fleuve épistolairc qui doit emporter M. de Cailleux dans son cours.
Les exagérés soutiennent avoir vu M. de Cailleux au balcon de Charles IX avec la carabine de ce roi, couchant en joue Nourrit, Levasseur et mademoiselle Falcon, qui se promenaient sur le pont des Arts. Ce tableau avait déplu à M. de Cailleux.
M. de Cailleux est à plaindre ; mais nous ne le plaignons
pas. Il jouit d'un pouvoir iiUmité; il tient tète aux ministres ; il lutte, corps à corps, avec M. Thiers; il plane, dit-on, sur des volontés augustes. M. de Gailleux veut même entrer en collaboration avec le roi Louis-Philippe pour le travail orga* nisateur du musée de Versailles. La France ne se doute pas de la fortune colossale de M. de Gailleux. Les calomniateui's, ou du moins les médisants, certifient qu'il n'est pas fort à Tendroit des arts. On cite maintes béviies : M. de Gailleux est brouillé à mort avec Raphaël ; voyez comme c'est fâcheux pour Raphaël ! Madame de Gailleux raffole de M. Dubuffe ; il est en extase devant M. le baron Gérard; il adore cette grasse dame parisienne, au châle Temaux, que M. Gérard appelle Gorinne, et qui improvise des vers, à ce que dit encore M. Gérard, devant un pied d'indigo cristallisé , que M. Gérard et M. de Gailleux nomment le cap Misèue, ou le golfe de Baïa.
On se demande aussi quels sont les titres de M. de Gailleux. Un artiste se console quelqu^ois d'une décision prise contre lui, lorsqu'il s'est vu juger par son pair ; mais il se récrie contre M. de Gailleux. Nous avons cherché partout Tœuvre de M. de Gailleux ; probablement sa modestie d'artiste lui a fait enfouir ses productions; car nous supposerons toujours qu'il a produit, jusqu'à preuve contraire. Les hautes et intelligentes fonctions que M. de Gailleux remplit exigent une illustration préalable dans le saint domaine des arts. Son collègue, M. de Forbin, n'est pas un grand peintie , sans doute; mais du moins il a fait courir quelquefois un pinceau sur une toile ; il a fait des Turcs au safran, et des pilaus à la
jaunisse ; il a fait les ruines de Babylone, au vernis de jaunes
d'œuf. M. de Forbin descend d*un amiral de Louis XIV; il a mangé une poule à Jérusalem. Tout cela est quelque chose : le public n'a rieti à dire ; Murillo et André del Sarto, s'ils ressuscitaient^ subiraient sans murmure la loi de M. de Forbin , parce que M. de Forbin a peint des chameaux ; mais M. de Cailleui ? — M. de Gailleux I Oh ! Léopold Robert songeait peut-être à ces anomalies lorsqu'il fut attaqué de ce spleen dévorant qui devait associer une lombe française à Ja tombe de Titien.
Nous ne ferons pas comme M. Jules Janin :
Nous ne nous écrierons point ici: « CharietI ce bon Charlet^ Charlet, Tami de Dantan ; Gharlet » mon ami ; le Charlet que vous connaissez tous; Gharlet, que vous admiriez ce matin sur les boulevards , siu: les quais^ partout ! Charlet s'est montré cette année ce qu'il est: Gharlet le peintre^ Gharlet le poète ! » Nous ne parierons même pas des enfants et de la femme de Gharlet. Nous dirons tout simplement que M. Gharlet a exposé, cette année, un tableau qui le place, dès le début, parmi nos meilleurs peintres d'histoire. Nulle trace d'imitation et de tâtonnements, nulle tradition d'école dans cette large et belle peinture : Salvator et Bourguignon n'ont rien à revendiquer dans cette œuvre tout individuelle.
Le peintre a poussé l'horreur de l'imitation jusque dans l'exécution d'un ciel dont les nuages ne ressemblent à rien , pas même à des nuages.
Quant aux blessés français, harcelés par les Cosaques , ils ressemblent, les Français de M. Gharlet, s'entend, à des men* diants, à des vendeurs de contre-marques, à des marchands
de papiers Weynen, à des revendeurs à la toilette , enfin à de pauvres soldats qui ont entassé sur leurs corps transis et mutilés les pompeuses guenilles de la victoire.
Maintenant nous demanderons èr M. Cbarlet, qui a trop bien compris la poésie de cette scène pour n'en avoir pas été le spectateur, et qui^ à Texemple des plus grands maîtres, semble s*être représenté lui-même sur le premier plan^ comment il a pu 011*6 siirpi-is par une colonne de blessés qui n'allaient pas au pas de charge^ pendant que lui, M. Gbarlet, déguisé en Israélite' s'efforçait d'emporter quelques études du champ de bataille? Nous voudrions aussi savoir s'il a été réellement fusillé par le troupier qui le couche en joue dans son tableau.
Quant à son ami (probablement M. Bellanger) qui^ affublé du même costume^ prend un croquis dans la poche d'un mourant, sous les yeux même de Tennemi, et pendant qu'on fusille son camarade, nous nous empressons de rendre hommage au consciencieux et téméraire amom* de l'art qui l'animait en ce moment suprême.
On raconte que M« Charlet, fort jeune , et déjà populali«> se fit présenter un jour à M. Gros, qui le reçut avec une distinction fastueuse et lui dit : « Moasieur, je n'ai rien à vous apprendre, mais je seiai toujours heui'eux de vous voir dans mon atelier. » Vraie ou fausse, cette anecdote, qui fait le plus bel ornement de la mémoire du rapin, rapproche naturellement, dans l'esprit du critique, le premier tableau d'histoire de M. Charlet et la dernière page historique de M. Gix)s.
Ces deux grands artistes s'étaient partagé l'empire, comme Racine et Molière avaient fait de la scène. A chacun sa part :
à Tun^ le gamin sensible et goguenard, le vieux grognaiil soucieux et naïf, comique et sublime à ses heures, le conscrit gauche et crédule , mais qui se fonne au bivouac et se durcit au feu ; à l'autre, nos viciôii'es et nos désastres dans toute leur pompe tragique, les grenadiei*s épiques d'Eylau et d'Àboukir, les maréchaux caracolant autour de Bonaparte ; à tous deux l'empereur.
Et cependant, dussions-nous être blâmés pour quelques critiques de l'année dernière; dussions-nous être accusés par eux de troubler la cendre de leur mort« nous dirons que, reproduit par le crayon lithogi*apbique, dans des proportions restreintes, le tableau de Gros serait à peine digiie de Ggurcr paimi les bons croquis de Charlet.
— « Soldats ! du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent ! » Ce mot si connu de Bonaparte fut prononcé avant l'action, et non pas sur un champ de bataille couvert de morts et de mourants.
Cette faute d'histoire et de logique n'est nullement rachetée pai* rcxécution. Les attitudes des généraux qui entourent le général en chef rappellent l'enthousiasme paisible des comparses du Théâtre-Italien. Le ton général est purement conventionnel, et M. Debay, qui a, dit-on, rallonge cette toile, n'a ranimé par aucune beauté de détail la vulgarité de celte œuvre posthume d'un grand peintre.
li» coMiédle fleUi niorl.
On a fait courir un bruit qui a pris quelque consistance : on a dit que la poésie était morte. Pauvre inimortelle ! le prosaïsme Fa étouffée dans ses deux bras de fer ! Pauvres poètes ! race éteinte à jamais, comme celle des sphinx et des griffons ! U s'est trouvé des esprits consolants qui ont pensé que cette nouvelle n'était vraie qu'à demi, et qu'il ne s'agissait que du décès de la mauvaise poésie ; quant à la bonne, il paraîtrait qu'elle existe encore et que même elle vivra; elle vi\Ta tant que vivront le ciel^ Tamour^ la religion, le soleil, le printemps. Le jour que la' poésie moun-a^ il restera si peu de joie à ce monde indigent^ qu'il ne vaudra pas la peine de vivre pour faire des lieues sur les chemins de fer.
H fut une époque où les vers plus ou moins alexandrins régnaient despotiquement sur la I mnce littéraire. De 1804 à 1814^ chaque jour voyait éciore son petit poème épique en
vingt-quati'e cbaiiU. Soixante rois de FiUQce, depuis Pharamond jusqu'à Charles IX Inciusl veinent, obtinrent ainsi les honneurs de Tépopée. On se désolait beaucoup alors du mair beur de la France qui n'avait pas de poème épique, lorsque les autres nations avaient le leur. C'était un chagrin national, et tout bon citoyen se dévouait à une épopée en iode qui devait consoler notre pays. Personne ne se doutait que la France travaillait elle-môme à soff épopée en vingt-quatre ans, qu'elle découpait l'Europe et l'Afrique en mille feuillets ; qu'elle avait des pyramides pour pupitres, des cotisées pour cabinets de méditation, des salves d'ai'lillerie pour annonces, et qu'elle sablait ses pages avec toute la poussière des déserts. Cette grande poésie en action fut si éblouissante qu'elle ne fut pas remarquée pai* les poètes épiques contemporains. On continua toujours à faire de^Clovisiades, des Louiiiades^ des Mérovéides, ainsi que l'atteste la collection du Journal dé r Empire dans une période littéraire de dix ans. Cette abondance inouïe d'hémistiches aurait étouffé la librairie sous un enccHnbrement général, sans la sage prévoyancede Napoléon. Tous les jours, un ordre secret faisait enlever et payer une certaine quantité de poèmes épiques chez les éditeurs du Palais-Royal. Le public était censé avoir fait les emplettes, et l'amour- propre du versillcateur n'en souffrait pas. La poésie épique, ainsi enlevée par ballots, était expédiée clandestinement vers un port de mer. On embarquait une édition de Mérovéides ou de Clovisi€ides sur un brick allant en croisière; le capitaine^ discret, jetait les ballots dans k mer, sous pn> texte que le lest était tix)p pesant; et certes, il ne mentait pas, ce brave capitaine. On conçoit toute la puissance dVn-
couragement qu'un pareil procëd«5 donnait à la littérature épique. Cesi inimaginable la quantité d^invocations aux muses^ de descentes aux enfers^ de songes^ de batailles imitées de Virgile, que TOcéan a dévorés! Si les flots laissaient Ja Manche à sec, on trouverait les noms de tous les héros de l'univers passés à Tétat de madrépores. Il est sans doute à regretter que cette mode impériale soit tombée en désuétude, chez les ministres de ^intérieur, depuis Tinvention du gouvernement représentatif. Aujourd'hui on y regarde à deux fois avant d'invoquer une muse pour lui demander \ingt-quatre chants. De là vient la disette d'alexandrins, et la rareté des poètes. C'est aussi ce qui a fait croire à bien des gens que la poésie était morte, et que, de nos jours, le poète était semblable à l'épi du champ dont parle l'Evangile, à l'épi qui ne vit qu'un jour et meurt le lendemain. Giàce à Dieu, il s*en trouve encore, en bien petit nombre, il est vrai, de ces nobles organisations qui chantent et consolent,* elles sont d'autant plus précieuses maintenant, qu'elles sont isolées, et qu'autour d'elles toute lèvre fait silence. Demandez si la poésie est morte, à cette intelligente jeunesse qui attend un livre de Victor Hugo ou de Lamartine, comme une de ces nohles vohiptés qui font le bonhein* de i'àme. Quels sont les ouvrages dont la vogue a surpassé la vogue des OrUniaXe^^ des Méditations, des Chansons de Béranger, des Messéniennes, et d'autres œuvres qui, n'étant pas écrites en vers, étaient pourtant de la poésie par le fond, comme Notre-Dame de Paris, le pins beau livre du siècle et de bien àes siècles ; l'Epopée napoléonienne de M. de Ségur; Cinq-Mars^ de M. de Vigny ; les Impressions de voyage, de Dumas, et tant (?c délicieux ro-
mans de nos prosateurs poètes, si populaires aujourd'hui ? Et c'est en présence de tels faits qu'il faudrait mener le deuil de la poésie, et enregistrer son acte de décès 1 Jamais au contraire, en aucun temps la divine fille n'eut plus d'adorateurs; les peuples se sont faits Mécènes pour couvrir de munificence ceux qui chantent en son nom. Il est vrai, disons-le encore, que jamais, en aucun temps aussi, l'accès de la Corinthe poétique né fut plus difficile ; la porte étroite de ta ville aui deux mers ne s'ouvre qu'aux voix qui savent les paroles de l'adepte, elle reste close devant les timides et douteuses vocations.
C'est donc avec joie que les nombreux amants de la poésie salueront l'avènement d'un nouvel initié ; avec joie, parce que la poésie est plus en honnenr que jamais, et parce que les poètes sont rares. Voici un poète qui se lève ; il ne prélude pas, il chante. Nous le connaissions déjà, et nous l'aimions dans sa prose ardente, originale, pleine d'un esprit de haute distinction, semée d'effets inattendus. Théophile Gautier est un de ces très-jeunes hommes qui ont acquis toute la maturité de la pensée et du talent dans une époque où l'expérience arrive vite, parce que nous vivons beaucoup en un jour; son adolescence impressionnable a traversé le siècle tridien de notre deraière révolution ; elle s'est dévoloppée au milieu de ces agitations de place publique, dont nous avons été les témoins ou les acteurs. Lorsqu'on a reçu de bonne heure la faculté de sentir et de juger, et qu'on a pu voir, de sa croisée, passer des histoires dans la rue, au lieu de les lire dans un livre; lorsqu'on a connu enfant le bruit étrange que jette une fusillade aux angles d'un carrefour, et le reflet da
sang sur le pavé d'une promenade, ou est surpris d'être ai'rivé à vingt ans avec les idée^ de Fâge mûr; et si l'esprit s'abandonne alors aux méditations sérieuses^ ce nVst point par calcul puéril de jouer le rôle de penseur mélancolique^ et de faire de l'élégie de contrebande aux dépens de la crédulité du lecteur : c'est tout de bonne foi que le jeune homme se recueille comme un vieillard, et donne^comme Ovide, une larme après un sourire, une triste après un chant d'amour. Voilà ce qui nous explique par queUe direction d'idées Théophile Gautier a été amené à produire sa Comédie de la mort. Le poëte ne s'est pas dit^ faisons quelque chose de bien sombre^ faisons de Thorrible avec préméditation; cela convient au siècle^ escamotons-lui un succès en flattant ses goûts. Il n'a fait qu'obéir à ce profond instinct d'une âme blessée de bonne heure, et qui ayant dépensé au premier relais du voyage une somme infinie d'illusions^ et ne pouvant plus accepter sérieusement ni la mort ni la vie, s'enveloppe d'une gaité extérieure pour le commerce du monde^ et gai^e son amertume pour l'isolement.
Lorsque Dante travaillait à sa Divine Comédie, on s'étonnait autour de lui de cette bizarre tournure de génie qui s'obstinait à traîner un deuil perpétuel^ dans une ville et dans un siècle oit toute chose et toute voix conseillaient le plaisir. Dante répondait au monde avec ce rii'e italien plein de charme et de franchise. On s'étonnait que cet homnoiej si sombre dans son vers, ne se retirât point dans les bois'de Yallombreuse, pour y vivre en anachorète, ou dans le cloître de Santa i/arta nove/Za, pour y vivre en moine. Dante restait dans le monde, et lui prenait tout ce qu'on peut lui prendi(i
de doux ; bien loin de signer le pacte de cénobite^ il s'installait au centre de Florence^ et vivait en [>ëripatéticieD, sur la bruyante place du Dôme^ où Ton nous montre encore aujourd'hui sa pierre de repos^ Sasso di Dante.
Le poète était fort joyeux avec ses amis, et ce n'était, sans doute, qu'aux heures intimes de Vépanchement qu'il leur murmurait aux oreilles quelques-unes de ces paroles de désespoir qui semblaient les échos de son œuvre. C'est que Dante avait vu, au seuil de la vie, tout ce qui peut faire douter de Thomme, de la vertu, de la providence, du bonheur. 11 avait assisté au spectacle de deux villes, Pise et Florence, nées toutes deux dans les fleurs, nées pour vivre et jouir, et qui par quelque inexplicable entraînement d'eiH nui, s'étaient im jour ruées dans la boue et le .sang, conmie deux belles bacchantes, lasses du plaisir. Ce fut dans un de ces moments d'irritation qui bouleversent les grandes âmes et les indignent contre la nature humaine, que Dante avait couru à Ponto d'Era, pour jeter sa voix conciliatrice, et.soo rameau d'olivier entre les armées des deux sœui's rivales: de ces terribles souvenirs il avait conservé au fond du cœur ce trésor d'amei*tume sombre avec lequel il traversa la vie, et qui fut la source de ses inspirations. Cest ainsi que toujours le poète mortellement ulcéré va chercher dans le 6A ou dans Tenfer un monde meilleur ; il a comme tout autre fta vie de citoyen à faire, et il la laisse coder avec inso>h ctance en se mettant au niveau de ses voisins; puis il se réfugie dans sa thébaîde pour y vivre d'une aute vie, de sa rie de prédilection. Souvent le poêle se fait un doitre dans h foule, vasU déseri d'hommes, comme dit M. de Chateaubriand
ce^te Niagara humaine i|iii mtig'ft à ses oreittes^ ett impuissante pour lui donner une minute de distraction.
En lisant le poème principal <iui donne son nom au livre de Ttiéophile Gaathîeo on sent que le poète n'obéit fOloA k nn caprice de mode> à nne làntalsie de libnûre, à une velléité d'tmitatioD. Sa stmplie se déroide avec une majesté oahne et un luiee de force qui annoncent une source abondeinte et inépuisable dans le réservoir du cœur. Avant d^écrire^ le poète avait longtemps médité. 11 avait conduit sa pensée funèbre à travers ce monde qu'il aime, an théâtre, an bal| à la promenade, au banquet, partout où Ton trouve de joyeni amis, de Jolies femmes, de bomie ransiqne, du plaisir ou de retourélssement. On conçoit cette volupté de jeune homme qui se platt à recueillir une à une des pensées de vieillard désenchanté, et à les jeter avec un rire charmant à la foule stupide qui passe. Tout ce qu'on appelle joîe, benàetir, déMre dans notre vallée de larmes, Théophile Gautier le brise, le couvre de cendres, i'étreint d'un linceul, mais sans colère^ sans indignation ; c'est une chose toute simple q\f\\ fait ,* il est impassible comme la nature et le destin > ces froids ennemis de l'homme.
Ce poème ressend^e à une de ces vastes néctopolis d^Orient ; chaque strophe est comme une tombe ; chaque tombe TOUS patle à votre passage, elle vous dit un secret, un secret horrible, avec une tranqaiHité de marbre, f^ dessus tout ce inonde éteint qui se lamente sous le suaire, il y a des rayonnements de soleil, des jeux folâtres d'^ombre, des parfums de eyprès, des reflets de jaspe et de poi'phyre. Cest la grande mort, dans sa riche toilette de flancée du genre humain. Le
livre de Gautier est comme ua projet d'épitaphe destiné aux funérailles de l'univers.
En sortant de cette nécropollF^ où le poète a soufflé à votre oreille comme le fantôme de la Bible^ et vous a dit tant de choses d'épouvante, vous entrez dans le monde des vivants, ce monde semé de ronces et de fleurs pâles, emblèmes des douleurs qui sont toujours vraies, et des plaisirs dont bien souvent on doute. Le jeune et ardent poète se montre là tout entier avec ses passions, sa fièvre de désir, ses rêves de volupté, sa gaité délicieuse, son esprit d'élite, ses sympathies, ses répugnances, ses caprices, ses dernières iUusions. Chacune de ses pièces se rattache par un lien sensible à la poésie mère, la Comédie de la mort^ ce sont les étinceUes qui ont jailU du grand foyer. U y alà teUe page dont on peut alimenter un jour de rêverie ; tel petit poème qui ferait la réputation d'un peoseur allemand; teUe satire qui ne redoute pas le voisinage de Ju vénal et de Régnier; tel sonnet qui vaut un long poëme. Les Vendeurs du Temple et i'épître à un jeune Tribun, pour ne citer que cela, sont deux morceaux a^nirables de poésie , de bon sens , de phUosophie sage« d'inexorable vigueur. Toute la vie de l'artiste penseiu* est résumée dans ces poésies. Ceux qui croient que les poètes n'entendent rien aux choses de ce monde, et qu'ils s'égarent dans Tappréciation des hommes et du siècle, n'ont qu'à méditer ces vers phUosophiques de Gautier; ces vers étonnent par une vérité profonde et désespérante , que l'expérience seule semble devoir apprendre, et qui a été si merveilleusement révélée à un poète à peine sorti de ses vingt ans. Certes, une pareille publication donne droit de cité, dans
Fenceinte étroite où vivent les grands poètes : Théophile Gautier a pris son rang du premier pas ; il a commencé comme tant d'autres voudraient finir; et que de chants il lui reste encore à nous faire entendre après avoir si tût et si bien commencé !