Pistolets lures
— Tues un menteur et un traître, haddji, conlinua Ismaêi; Je l'ai vu à Fouah; ces pistolets que voici, tu les as tournés contre moi; tu étais un aita dans ce temps - là , — et tu as fait feu ! Le petit mousse de Fouah te tient à son tour sous ses pieds !
— Grâce , dit Faïta; fais-moi grâce, je te paierai généreusement ma rançon.
— Ne mens pas, répliqua Ismaêl en le couchant en joue.
— Par le Prophète, je dirai la vérité... En bas, dans la cale, il y a un paquet qui contient mes habits d'aîta... Dans la ceinture... je ne mens pas! cherche bien, et tu trouveras quatre grosses perles...
— De Geylan , n'est-ce pas?
— Oui, sur ma tête, des perles de Ceylan, et d'un grand prix.
— Que tu as volées , brigand !
— Que j'ai trouvées, balbutia Taïta.
— Tu mens, cria Ismaêl d'une voix terrible; tu les as volées à un marchand égyptien qui t'a prêté de l'argent : ton nom est Ali-Agha ; tu les as volées !
L'aîta laissa tomber sa tête sur le bord du navire comme un homme qui attend le coup de la mort. ^ Enfants, dit le nakoda Ismaêl à ses matelots , préparez les ancres I — Ils obéirent cette fois avec la docilité de gens qui ont quelque peccadille à se faire pardonner. — Maintenant , jetez à Teau le corps de ce mutin qui tache le tillac de son sang, et puis mettez aux fers ce Turc qui a trahi l'hospitalité!
Deux jours après cette scène, le navire prenait sa place dans la rade de Bombay. Ismaêl rendit la liberté à Taîta , et, l'ayant conduit lui-même à terre : Va au diable, lui dit-il; te voilà dans une contrée où régnent les FranguiSj ceux-là pendent les voleurs , les assassins et les traîtres ; ainsi prends garde à toi ! — Quant à lui , il vendit son
bagglotVy et revint à Moka sur un navire étranger : après ce qui s'était passé à bord , il n'osait plus confier à son équipage et sa fortune et sa propre personne. En débarquant, il alla voir son ami le marchand égyptien.
— Eh bien ! lui dit-il, as-tu retrouvé ton voleurî
— Hélas! non, répliqua tristement celui-ci.
— Ali-Agha, ce brave homme point fier, a donc échoué dans ses recherches? — Et, comme son ami ne répondait pas : — Tiens , ajouta-t-il , j'ai été plus heureux que lui. Voici quatre perles que le hasard m*a fait rencontrer; si elles pouvaient remplacer celles que tu as perdues?
Le marchand les regarda de cet œil expérimenté du berger qui reconnaît sa brebis entre mille ; puis il remit à Ismaêl la somme promise à celui qui les lui rapporterait.
— Merci, dit le nakoda, j'ai bien gagné tes sequins; mais tout est bien, qui finit bien; je dis adieu à la mer, et retourne aux bords du Nil.