‹ Scènes populaires dessinées à la plumeChapitre 34 sur 46 · CHARLES, FANNY · texte numérisé non relu

CHARLES, FANNY

CHARLES

Tiens , te voilà ! c'est bien heureux.

FANNY

Oui, me voilà.... tu veux me gronder? Non, tu ne me gronderas pas, je ne l'ai pas mérité.

i66 LA PETITE FILLE^

J'ai dit entre dix et onze. {Elle tire sa montre.) Il est quarante... Embrasse-moi, mon chéri.... Tu t'es impatienté , c'est pas ma faute,... Tu es gentil, ce matin.... bien gentil.... Baise, baise... mon bon Charles, baisez votre petite femme«.. soyez bon... heim, gros minet. {Ils s'embrassent.)

CHARLES

Ck)mme tu es fraîche, ce matin... es-tu gentille? Tu n'as pas chaud à tes petites menottes. (// les lui baise). Ton petit nez est tout froid.

C'est que je me porte bien, et puis, c'est que j'ai eu si peur de te faire attendre, que j'ai laissé mes gants à la maison. Qu'est-ce que j'ai sous ma pelisse?

CHABLES

Je ne sais pas... les bretelles.

FAiriTY.

Non , elles sont dans mon sac, sous ma pelisse?

CHARLES

Je ne sais pas.

FAWNY.

Un pot de raisiné que maman m!a envoyé pour mon hiver. Tu l'aimes, le raisiné?

CHARLES

Oui, assez.... Pauvre minette, ôte ta pelisse, donne-moi ton chapeau.

FAICITT.

Tiens , comment trouves- tu ma cojybrette ?

Cest la première fois que je la sors.

CHARLES

Bien g^itiUe. 0»rde ton petit bonliet de dessous.... mets-le un peu de côté.

FAITNT.

Gamme Clarisse?

CHARLES

Non... comme ça, bien. Ça a l'air mauvais sujet.

i68 LA PETITE FILLE.

FAUCNY.

Vas -tu faire mon portrait, aujourd'hui, mon chéri... Tiens, où est donc ta pendule?

CHARLES

Elle est à raccommoder.

FAWNY.

Ah! et le verre aussi (Riant.) C'est pas

vrai, n'est-ce pas : tu peux bien me le dire à moi... Elle est chez ma tante... (i)

CHARLES

Eh bien! oui... j'étais pressé*.. Cest ce maudit tailleur, il est fatigant...

FANNY

Et puis , le dîner de l'autre fois, avec madame chose , je sais tout, va... Il fallait me le dire, j'ai justement cinquante francs devant moi. Les veux-tu?

CHARLES

Non, merci... ma bonne Fanny... Est-ce que tu es venue sans me trouver ?

(i) Le MontKlç-Piété {tixuiition populaire).

Au moins quatre fois. Ta vilaine portière m'a dit : Quand je vous dis qu'il est sorti... Je la déteste , c'te vilaine bossue-là. .. Je viens travailler à côté de toi, j'ai apporté de l'ouvrage... Travaille...

CHARLES

Tout-à-l'heure... Rapproche ta chaise de la mienne.

Comme ça?

Un peu plus.

FAWNT.

CHARLES

FANWY.

Non.,, monsieur... ça vous empêcherait de travailler, je n'veux pas, vous n'êtes pas raisonnable... Charles... Non, tu n'es pas gentil, restez à votre place... je n'veux pas, j'suis venue pour travailler... (//'i;ew^ F embrasser, )l^ony laissez-moi, travailler.

CHARLES

JYen prie...

FAHITY.

Non , c'est toujours la même chose. Je ne viendrai plus, je fempêche de travailler...

CHARLES

Ma bonne petite.. .

FAITNT.

Non, non, non. (£lle se sauve. Charles court après elle et l'embrasse.)

. . Laisse. . .

. . . C'est des bêtises

CHARLES

Tu ne m'aimes plus?

. FAlfVT.

Si, mais pas tout de suite. (Elle reprend sa place auj^s de lui.) Tu es fâché?

CHARLES

Oui.

Tu €& iiguste , va... Tu n'es pas fâché? Nony n'est-ce pas... fte demande pardon... Tiens, bats^moL.. bats-moi...

CHARLES

Ne prononce donc jeûnais ce mot-là.

FANNY

C'est pour de rire... Tiens ! les jolis petits favoris , c'est votre madame qui les veut. Ah ! ils sont bien jolis... ( Elle Vembrasse.)

CHARLES

Tu étais venue pour travailler, ma bonne petite Fanny?

FANWT.

Oui, toute la journée, et puis dîner avec toi.

CHARLES

Mais je ne peux pas aujourd'hui. Il faut que je sorte, j'ai une leçon... un portrait... des visites à rendre... A propos, je dine en ville«..

lya LA PETITE FILLE.

FANNY {les yeux mouillés de pleurs ).

Vous avez toujours à sortir, maintenant, quand je vîens.^. C'est bien plutôt vous... qui ne m'aimez plus... Je m'en vais, j 'tâcherai de ne plus revenir... Qu'ai-jq donc fait pour être si malheureuse... Encore, je dis tous les jours à ces demoiselles que vous êtes si bon pour moi*..

CHARLES

Tu vas encore te désoler.

FA]N"NY

Comme VOUS me traitez, moi qui vous aime tant. Soye malade, mon petit Charles, tu verras comme je te soignerai... Ne sors pas , je t'en prie.

CHABLES

Il le faut... Laisse-moi à mes affaires.

"Bk^^Y^izanglotant ).

Je m^en vais... Ah ! mon Dieu ! que je souffre; vous êtes un méchant... L'autre fois, vous m'avez boudée pendant huit jours , parce que

je vous ai parlé dans la rue.... je ne pensais plus que j'avais mon carton. J'étais si aise de vous voir. Comme vous m'avez traitée , c'est affreux...

CHARLES

Oui, c'était bien joli...

FANNT.

C'est comme la robe que vous m'avez promise.

CHARLES

Tu l'auras.

FANNY

La semaine des quatre jeudis.

CHARLES

Oh ! quel ennui ! (// va à son secrétaire , prend quelques pièces d'or qu'il jette dans son tablier. Fanny reste quelque temps stupéfaite y rejette For et tombe anéantie sur sa chaise^

CHARLES ( la prenant dans ses bras ).

Fanny, Fanny! qu'as-tu? Tu te trouves

mal... ma bonne amie, je t'en prie, reviens, c'est moi , c'est ton Charles. Pauvre petite , comme elle souffre , comme son pauvre cœur bat.

FANNY (retenant à elle).

Oh ! que ça m'a fait de mal... Ce n'est rien... non..« Tu pleures aussi... (^Essuyant une larme.) Tiens , je ne pleure plus , moi... c'est fini.,. Tu n'a pas voulu me faire tant de peine Pardonne-moi, je t'en prie, je ne t'en parlerai plus... tiens... je ris...

ù dalon lOie MaHam Baint-f^ippoligte.

DUFLos (à la cheminée^ arrangeant les lampes).

çois!

Ces diables de lampes ne vont pas... Fran-

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