‹ Scènes populaires dessinées à la plumeChapitre 40 sur 46 · DUFLOS ET ANATOLE · texte numérisé non relu

DUFLOS ET ANATOLE

A demain. {Ils sortent^

LERIGHE , CHARLES.

LERIGHE.

£h bien ! mon cher ami ! j'en apprends de belles... Il paraît que tu as traduit le père Duflos et le bel Anatole aux carreaux de Martinet (i).

CHARLES

Ces messieurs se sont permis , sur mon

. (1) Célèbre éditeur de caricatures.

compte, des plaisanteries qui m'ont blessé. Je me suis servi de mes armes.

LERICHE.

Oui, mais Duflos, le gros monsieur, comme tu l'appelles, veut absolument échanger avec toi un coup d'épée ou brûler une amorce.

CHARLES

Je suis à ses ordres.... Au surplus, maintenant, mon cher ami, la vie m'est insupportable... Toute relation est rompue à jamais entre Caroline et moi elle me chasse de sa présence... J'étais loin de m'y attendre... ce matin encore .... elle jurait d'être à moi pour la vie.

LERICHE.

Et c'est précisément pour cela que tu devais t'y attendre.... Duflos est un ton gros garçon avec lequel Caroline ne se brouillera jamais ; elle a trop de ménagemens à garder avec lui; quant à M. Anatole, il ne serait pas mal de lui

donner une leçon , c'est un drôle contre lequel j'ai une vieille rancune... Je serai chez toi demain de bonne heure.. • Allons voyons, prends le dessus, sois homme et compte sur mon amitié. (// lui serre la main. Charles sort. Madame Saint- Hippoljrte entre par la porte opposée^

LERICHE.

Je suis enchanté, madame, de vous voir

Je vous demanderai un moment d'entretien.

MADAME SAINT-HIPPOLTTE.

Je vous crois trop mon ami , Leriche , pour que vous pensiez me faire oublier les torts de votre ami , et la manière dont il vient d'agir chez moi doit l'en bannir à jamais.

LERICHE.

Je conçois parfaitement vos motifs; il est

certain que touterelation entre vous et Charles doit être désormais rompue.

MADAME SAIWT-HIPPOLYTE.

Quel est ce langage ?

LERICHE.

Oui, madame, j'ai tout appris; non que Charles ait commis la moiiidre indiscrétion ; mais je sais que vous lui avez donné des espérances. Mon habitude du monde et mon expérience me trompent rarement.

MADAME SAINT-HIPPOLTTE.

Leriche , je vous prie , cessons un entretien

LERICHE {la retenant):

Veuillez, je vous supplie, m'écouter jusqu'à la fin... Oui, madame, vous avez cru voir en moi jusqu'à présent un de ces aimables désœuvrés, qui courent de boudoirs en boudoirs.

LA GRANDE DAME. ïo3

colportent leurs hommages chez toutes les beautés à la mode , et se font un grand mérite de leurs équipages et de leur nullité; pour pénétrer jusqu'à vous , j'ai été obligé de prendre leur langage , d'adopter leurs manières , c'était le seul moyen convenable. Je n'étais pas tenu d'ailleurs à plus de franchise que vous-même n'en mettiez. Vous voulûtes bien me distinguer de la foule et m'admettre dans votre intimité. .. Nous avons été plus liés que nous ne ' sommes... mes assiduités vous ont fatiguée, j'ai vu qu'il était temps de me retirer; je l'ai fait , et bien m'en a pris... J'avais ralenti le cours de mes visites , lorsque le hasard ou plutôt un caprice vous fit désirer faire la connaissance d'un de mes amis que vous aviez rencontré, et que vous me priâtes de vous présenter. Son talent, la réputation dont il jouit dans le monde, flattèrent votre amour-propre; vous voulûtes pouvoir le compter au nombre de vos adorateurs; je me dévouai de fort bonne grâce. Il ne put résister aux charmes de votre personne , il vous aima. Bientôt ses assiduités, comme jadis les miennes, comme celles de beaucoup d'autres, vous fatiguèrent; son inex-

2o4 LA GRANDE DAME.

périence ne lui fit pas voir que tout allait finir. Il vous fallait une occasion pour rompre, elle se présente , vous la saisissez avec empressement , c'est tout naturel. '

MADAME SAINT-HIPPOLYTE

Monsieur, de grâce...

LERICHE.

Encore deux mots, madame-. Qu'est-il résulté de la légèreté de votre conduite? que ne l'ayant pas ménagé devant vos amis , ceux-ci, comptant d'avance sur votre approbation, se sont permis envers lui des plaisanteries que de vous il pouvait encore supporter; mais qui, de la part d'autres personnes, lui devinrent insupportables. 11 riposta, les armes furent trouvées inégales , et demain.. . demain , madame , nous aviserons à d'autres moyens.

MADAME SAINT-HIPPOLYTE

Comment, monsieur une affaire un

duel...

LA GRANDE DAME. 2o5

LERICHE.

Fiez-vous à moi, madame , comptez sur ma prudence Que de chagrins! que de larmes! vous avez préparés à mon ami!... Vous avez détruit chez lui toutes ces illusions si nécessaires à un artiste. Oui , madame , vous avez rempli ses jours d'amertume, peut-être même avez- vous compromis son avenir.... A peine entré dans le monde, son cœur'avait besoin de s'épancher , il lui fallait une amie qui le comprît, et au moment où il croit avoir atteint le but qu'il se proposait , vous abusez de sa confiance , vous vous faites un jeu de sa bonne foi et de son inexpérience... Désormais, quelle conduite- va- t-il tenir auprès des femmes... U a été trompé... il voudra se venger... il pourra y parvenir... Peut-être flétrira-t-ilà son tour l'avenir de celle qui aurait pu faire spn bonheur. 11 ne sera jamais heureux , mais il aura la triste satisfaction de s'être vengé... Voilà, madame, voilà votre ouvrage.

ao6 LA GRANDE DAME.

MADAME SAINT-HIPPOLYTE [très-émué).

Monsieur...

LERICHE.

L'amitié qui m'unit à Charles , à sa famille, m'imposait l'obligation d'avoir avec vous cet entretien. Votre présence au bal est nécessaire, veuillez, je vous prie, madame, agréer mes très - hiunbles hommages. ( Leriche se retire. )

MADAME SAINT-HIPPOLTTE.

Oh ciel! je me meurs..., (JElle tombe accablée sur le divan).

LA GRANDE DAME. aoy

UL wn.

CHARLSs ( endormi sur un banc de pierre).

Caroline... Caroline... pardonne... pardonnemoi... {Il se réueille.) ou suis-je?... Oui, il est trpp vrai que je ne te verrai plus... je suis mfymû,,*(Il verse d^s /or/»^^.) Caroline > que de chagrins tu m'as préparés!... (// retombe accablé, la tête dans ses mains.)

(// tire sa montre.) Six heures... Bientôt Leriche sera chez moi... notre explication doit avoir lieu ce matin... regagnons ma demeure... Caroline... Caroline... (// retombe sur le banc. Une jeune fille enveloppée dCurue pelisse s^approche de lui.)

LA JEUirB FILLE.

Qu'avez- vous, monsieur ; vous souffres.

ao8 LA GRANDE DAME.

CHARLES {sortant de sa Têverié).

Ciell Fanny!...

FATorr {^se jetant dans ses bras).

Oh! mon chéri!... que t'a-t-elle fait ?

CHARLES

Chère amie, que de torts j'ai envers toi !... je veux les réparer... viens... {Ils s'éloignent.)

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LÀ

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