‹ Scènes populaires en IrlandeChapitre 5 sur 9 · LES MEETINGS A LONDRES · texte numérisé non relu

LES MEETINGS A LONDRES

Réunion à la taverne Je Londres en l’honneur de Wellington. — Discours de M. J. N. Mahon. —Accueil fait h Thomas Moore. — Son discours.— Hunt fait mention du marquis d’Anglcsey.— Motion de Lawless. — Incertitude de l’assemblée. — Improvisation d'O'Connel.

On ne peut quitter la question catholique , ces scènes d’élection si vives , sans s’intéresser au héros du drame, qui n’est plus, comme au tems jadis, un individu, mais une masse d’individus, un tout, une nation $ il est ici question d’un des actes de la vie de l’humanité entière , l’établissement d’une idée. On sait depuis plus de six mois que l’émancipation est accordée , et qu'un catholique peut représenter un des comtés de l’Irlande , et les catholiques de l’Irlande , enfin , siéger au parlement.

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Mais nous ne pouvons nous séparer si vite des acteurs qui se groupent autour des faits, et ont aidé à les amener; et laisser si brusquement, au milieu d’un triomphe encore disputé , les O’Connel , les Steele , les O’Gorman, les Sheil. Ce dernier, l'historien des troubles , le peintre des agitateurs , nous manque dans un des momens les plus at- »

trayans de l’histoire qu’il a présentée par découpures si admirables. Occupé de se faire élire dans le canton de Louth, il n’écrifpjus, et a interrompu le cours de ses saillans articles. Nous ne pouvons avoir la prétention de suppléer h cet observateur spirituel , qui tourne autour de chaque objet, le peint sous toutes ses faces ; a vu, et a été ému de tout ce qu’il raconte. Que seront, à côté de ses vives peintures, de froids extraits? Notre excuse est de ne pouvoir donner mieux, et d’avoir trouvé assez d’intérêt dans nos lectures sur ce sujet, pour espérer' amuser encore ceux qui voudront bien continuer de lire avec nous.

L’émancipation obtenue sous condition , car le cens des électeurs, des freeholders , a

été porté de 40 shellings à io livres sterling,

240 francs de notre monnaie. Les vieux soutiens des vieilles idées, les Pairs, ayant cédé sans trop de résistance au ministère, et à la majorité de la chambre des communes ; le tour des meetings , des assemblées de con- ' gratulation est arrivé. Après le triomphe, les fêtes; et à Londres les Te Deum se chantent au cabaret. Nous n’avons nulle idée de ces réunions tumultueuses, où la tribune se popularise , où se mêlent des hommes de top, de classe, et de rangs si divers. En Angleterre l’aristocratie est construite en terrasse, si l’on peut s’exprimer ainsi : chaque rangée d’hommes ne voit le rang supérieur qu’avec envie, et l’inférieur qu’avec dédain, levant les yeux vers l’un, les abaissant sur l’autre. Eh bien, dans un meeting, l’opinion rapproche , confond , et les diffe-. rens étages se mêlent. Le 6 mai, on tint une;

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assemblée de ee genre à la taverne de Londres , aGn d’aviser au moyen de rassembler les fonds nécessaires pour ériger une statue à Wellington dans la ville de Dublin , en mé-

moire du plus glorieùx des services publics du noble duc, la présentation et l’adoption du bill qui affranchit les catholiques romains.

Le meeting qui ne réunissait pas moins de cinq cents personnes, était, pour me servir de l'expression anglaise, très-honorablement composé. Nous y retrouvons nos vieux amis, O’Gorman, Steele , Lawless, Wyse , O’Connel et autres. Sur la motion des ducs de Leinster et lord Stourtop , le fauteuil est occupé par le comte Fitz- Williains, vieillard de quatre-vingt sans; et une liste de souscriptions , dont les quotes parts' s’élevaient de 5 à a5 livres sterling , ayant été lue, la séance est ouverte, et les discours se succèdent, interrompus par les cris de hear , hear , écoutez ! écoutez ! par des cheers , acclamations, des éclats de rire, et

quelquefois, dans des meetings d’une tenue moins distinguée, par des sifflets et des coups de poing.

Les louanges à sa gracieuse majesté qui accorde à ses sujets catholiques une égale, participation aux droits civils, parce que, (selon les propres expressions de Georges IV) , « il ne tient son pouvoir que pour le bienêtre et l'avantage de ses peuples » , sont suivies de celles du glorieux ministre. Les voix des ducs, comtes et lords se mêlent dans ce concert de louanges : enfin, M. J. N. Mahon^ » qui garderait un timide, silence s’il consul- » tait seulement son respect pour les supério- » rités de rang et de fortune qui l’entourent » et qui réfléchissent leurs rayons sur cette x» brillante assemblée, cède à une impulsion. » irrésistible , et élève la voix en l’honneur x» de celui qui a rallié des milliers d’hommes » au trône dont ils avaient été séparés. Lord » Wellington a relevé une nation proster- « néè. Chaque paysan contribuera avec trans-

)>,port à ériger un monument de reconnais- » sance à celui c|ui émancipe des milliers de * » paysans, ( hear , hear). Dfinsune année de » ministère il a accompli ce qu’avaient en vain a souhaité et tenté tous les hommes d'état , n tous les patriotes d'Angleterre. Cette me- >i sure, à laquelle M. Burke n’avait presque » pu donner que des souhaits jet des soupirs y » pour laquelle Fox accumula en vain, dans » toute sa gigantesque puissance, argumens » sur argumens; dont Grattan n’a pu ex- » traire que son immortalité; tandis que a Canning , dernier de cette illustre bande , « après d’inutiles efforts pour obtenir l’éman- » cipation , est tombé mort sur le seuil de » cette terre promise#» ( c/ieers ). Ce pompeux discours, lardé de citations comme la plupart des discours anglais, en a entre autres une française qui fait peu d’honneur à la manière dont on parle notre langue h Londres. M. Mahon assure que « l’Irlande , » maintenant que le dernier anneau de sa

EX IRLANDE

» chaîne est brisé , sous d 'égales lois , une » protection égale, une fidélité semblable, » adoptera la devise orgueilleuse du patriote » français : un roi! un foi! un loi! » ( acclamations)/ . ‘ , ».

Il serait fastidieux de reproduire tout ce qui

s’est répété entre les honorables gentlemen:

« en cette cause, » Comme dit lord Clifford,

» il est bien difficile de trouver à dire quelque

chose qui ait été oublié ! » Depuis soixante

ans tant d’hommes sont occupés à prouver

qu’une différence d’opinion religieuse ne

constitue pas une incapacité civile, et que

l’on ne doit pas nécessairement être mis en

interdiction, parce que l’on est catholique ! Il nous faut cependant faire mention de ce lord Clifford lui-même, qui chante son nunc dirnittis, en cette circonstance, et qui, après avoir travaillé cinquante ans à la grande œuvre, se réjouit que Dieu l’ait épargné, pouren voir l’accomplissement; deM. Courtney, ministre de l’église protestante, et néan-

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moius partisan, depuis l’enfance , de l'émancipation i mais qui n’émettait pas ses opinions en assemblée publique, craignant qu’il ne fût mal séant à un ecclésiastique de se prononcer lorsque les chefs de la hiérarchie étaient d’avis partagés , et qui abandonnant ce sujet à la sagesse du Parlement et dés autorités civiles, conservait dans son sein les opinions libérales et tolérantes qui y furent inculquées, il y a de longues années, par son premier professeur, le docteur Jones.

M. Courtney est propriétaire dans le comté de Wexford un des foyers de la rébellion en Irlande , et il applaudit de toute manière au sujet qui réunit cette assemblée; « le re- » gistre de ses rentes avait jûsqu’à présent » offert une triste peinture du tems passé, » (rires et cris , écoutez .! écoutez ! ) « et il poûr- » rait montrer une longue liste de fermiers à » lui, pendus ou fusillés. Mais tout cela devait » être chose oubliée et l’on n’a plus à alten- M dre aujourd'hui que piaix et harmonie. >>

Nous passerons sur plusieurs discours dans lesquels la question est considérée non pas seulement comme catholique et irlandaise, mais chrétienne et européenne; sur d’autres qui traitent de ce qui reste h faire pour l'Irlande, oh Une énorme population paye plus à un petit nombre de propriétaires que dans aucune autre partie de l'Europe. II faut que ces landlords retournent dépenser une partie de leurs immenses revenus dans le pays d’où ils les tirent; alors viendra l’émancipation réelle, l’émancipation des haillons, de la faim et de l’avilissement. Passant sûr plusieurs orateurs , nous arrivons à Thomas Moore, non moins populaire en France que dans sa patrie, dont il a rendu les mélodies européennes , et en Angleterre , où Fon attend avec ün frémissement dè désir , chaque écrit qui s’échappe de sa plumé.

M.Thomas Moore est debout; il est accueilli avec un enthousiasme général ; l’assemblée entière se lève comme un homme, et pïti-

sieurs personnes agitent avec transport leurs mouchoirs etleurs chapeaux, de véhémentes • acclamations empêchent long-tems l’orateur de parler; il dit enfin que, comme plusieurs de ceux quil’ont précédé aujourd’hui, il peut assurer, eu toute vérité, qu’il a été pris à l’improviste quand oui lui a confié le soin d’appuyer une des propositions soumises au meeting. Mais il porte un intérêt trop vif au sujet de la réunion, pour refuser son aide, en quelque manière qu’elle lui soit demandée. Chargé de rendre hommage à tous ceux qui ont aidé à la grande cause de la liberté religieuse, vivans ou morts, c’est vers ceux qui ne sont plus qu’il appellera d’abord les regards. « Il régnait, n continue-t-il , « il » régnait, je crois , parmi les anciens , en-i » tre autres croyances superstitieuses, celle » qu’au jour de la bataille les ombres des » morts se mêlaient dans les rangs ,-et pre- » naient leur part du triomphe : certai- » nement il en a été ainsi dans ce grand

>» combat. Nos morts illustres, nos morts im- » mortels, vivent encore dans les paroles de » force et de sagesse qu’ils ont laissées der- » rière eux; ils ont été présens, ils ont prêté » leur aide , et c’est à l’ombre de leurs bou- » cliers , que les conquérans ont vaincu , » (hear! hcar! ) Il y a plaisir à regarder en » arrière les événemens écoulés; et ce plai- » sir est mêlé de surprise en considérant » l’étrange vicissitude qui m’amène ici moi , » Mécontent, en un mot. Irlandais (rires), en » qualité de panégyriste du premier ministre » de la Grande-Bretagne , pour lui voter une u statue! (cris écoutez et rires). Nous savons h tous l’histoire de ce doge de Venise , qui , » lorsqu’on lui demanda ce qui l'avait le plus » émerveillé à Versailles, répondit : c’est de » m’y voir. Nos sentimens doivent être de » même nature ; mais avec cette immense » différence, que le doge, jusque-là indé- » pendant, s’étonnait de ramper aux pieds i) d’un maître hautain , et que nous , jusqu’ici

SCÈNES POPULAIfttS

» dans l’esclavage et l’abaissement, sommes Surpris de nous trouver dans les bras de * » libérateurs et d’amis (cheers). Les teins » de l’argumentation sont, Dieu merci, pas- » ses ; la fatigante phraséologie de la per- » sécution, l’ennuyeux radotage de I’intolé- » rance , qui ne faisaient pas de la nécessité » d’écc^iter nos antagonistes et de leur ré- » pondre la moindre des pénalités de notre >> code (rires), tout cela est heureusement a fini. La terre ne sera pas plus long-tems » la proie de ces deux factions théologiques » qui , remuant sans cesse la poussière des a siècles passés, y cherchaient incessamment « matière à leur virulente polémique ; sem- » blablesàces Grecs du bas empire, qui, lors- » que l’ennemi était aux portes, discutaient » avcjs emportement sur Ja lumière du mont » Thabor (cbeers). Pope disait qu’il y avait h toute chance pour qu’il ne valût jamais un » denier, car il était né papiste et poète. Main- « tenant, gentlemen, en, changeant seule-

m ment poète en poétereau, (je dicton de Pope » deviendra le mien (rires). Mais en qualité >» d’Irlandais , ayant une troisième circonm stance agravante à ajouter, je gagnerais en » cela un avantage sur Pope, né pourrais-je » alors réclamer cortime lui le don de pro- » phétie? Il y a plusieurs années qu’aprèsles » brillantes victoires de l’illustre duc, j’em-*- « bouchai , pour célébrer le triomphe du » conquérant , la faible trompette de re- « nommée qui sied h un petit poète à tous » égards petit (rires). Peu après je regrettai m ces louanges, et devins pour un tems, une » preuve de la vérité de l’assertiondu docteur » Johnson , à savoir que les poètes ont cou-* « tume de se trop presser. Mais je ne rou- «<$fis plus de ma précipitation ( écoutez , » écoutez) , depuis que le duc de Welling- » ton s’est montré, non-sèulement conqué- » rant au-dehors, mais pacificateur au-de- » dans (cheers). Je viens donc vous féliciter » sur l’événement et sur la tranquillité qui

» l'a suivi en dûÿit de toutes les prédictions «contraires (hear). Je me trompe, Addis- » son fait dire à son chasseur de renards « Tory, qu’il n’a pas fait beau tems depuis » la Révolution. Nous avons cette même « plainte à former depuis l’adoption du bill » en faveur des catholiques, mais c’est la » seule, (rires). « • • ■

Thomas Moore, continue à distribuer les éloges de l'assemblée à Wellington , à Peél, aux pairs et députés, avec une grâce qui sauve la fadeur de la louange ; et lorsqu’il est assis , un homme , connu pour être de l’opposition envers et contre tous, Hunt, le radical Hunt, qui ne le cède guère qu’à Cobbet en audace et en emportement populaire, se lève et jette une pomme de d®corde au milieu du meeting. Il réclame une part de louange (puisque cette ambroisie circule avec tant d’abondance ) en. faveur du vice -roi d’Irlande, rappelé par Wellington , au moment où l’opinion publique

sc déclarait le plus vivement en sa faveur; pour ce marquis d’Anglesey qui, la veille, a déployé au parlement sa correspondance confidentielle avec le premier ministre, et a prouvé qu’il avait été en Irlande l’appui le plus solide de l’émancipation.

A cet appel irrésistible, le remuant Lawless élève la voix : l’honnête Jack Lawless , habitué à traîner sur ses pas les populations errantes et toute l’arrière-garde du capitaine Rock , à voir les haines particulières se fondre dans un amour patriotique , veut ici opérer une de ces fusions enthousiastes, et propose d'associer les noms « des trois bienfaiteurs de l’Irlande : » illustre triumvirat! dans les. personnes du duc de Wellington, M. Peel et le marquis d’Anglesey.

L’assemblée est trop auguste pour être facile à remuer; on se tait, on sc regarde, le président interdit hasarde quelques mots qui ne sont point entendus. Il paraît, dit un

des membres, que le noble comte trouve

que la proposition est inopportune et s’écarte du sujet qui nous a réunis. Plusieurs membres soutiennent la motion de M. Lawless , qui s’écrie enfin : « J’ai mis en avant une proposition qui doit aller se graver au plus profond du cœur de tous ceux qui l’ont entendue. »

Nouveaux chuchotemens, nouvel embarras, pourparlers entre les membres, personne ne refuse son approbation ou même son admiration au marquis d’Anglesey, mais la grande masse des gens circonspects et timides craint de blesser le premier ministre , en l’honneur duquel le meeting a lieu; le grand nombre voudrait voir retirer la motion, quelques-uns osent se prononcer contre.

Mais M. O’Connel ne peut demeurer silencieux en cette circonstance : «Il ne serait pas » Irlandais s’il le pouvait. Il n’est pas d’avis u que l’on s’éloigne de l’ordre des délibéra- » fions , mais il ne peut s’empêcher de se-

» conder la généreuse ardeur de son ami * » LaVrless. Non ; qu’on ne permette pas que » ce jour s’écoule sans qu’il soitfoit mention » des immenses services rendus à l’Irlande » parle marquis d’Ànglcscy! Son nompour- » rait-il être passé sous silence ? Le marquis ♦> d’Anglesey s’est montré ami de l’Irlande » lorsqu’il était dangereux de l’être; il ap- * partientaux catholiques de l’en remercier » ( cheers ). La conduite des catholiques de- » puis la victoire qu’ils ont obtenue, npn sur «leurs compatriotes protestans, mais avec » eux, n’a aucun caractère de bravade, d’inso- « lence ou d’acrimonie. Qui les a préparés à » ce triomphe modeste ? le marquis d’An- » glesey. Je connaissais , poursuit O’Conuel,

» je connaissais l’état de l’esprit public On « Irlande quand le noble lord est arrivé » dans ce pays, et je Sens qu’il est de mon » devoir maintenant de déclarer, que les » dispositions des catholiques en recevant « l'émancipation, leur promptitude à se con-

» fier au gouvernement, et à s’unir pour le » bien du pays avec leurs frères protestans, » prennent leur origine dans l’administra- » tion du noble vice-roi. Le nom du mar- » quis a été mentionné : dira-t-on demain que » nous lui avons refusé un vote de remer- » ciement ? » ( Cheers et cris : Non ! non ! ) L’orateur ajoute quelques mots sur les dissidences qui existent entre l’ancien vice-roi et le premier ministre. 11 espère qu’une réconciliation permettra que le marquis soit bientôt renvoyé en Irlande, et il finit par le serment le plus solennel de tous pour le noble patriote. «J’abandonnerais, dit-il, les meetings quels qu’ils fussent, et y renoncerais à jamais, si je pouvais vous croire assez ingrats pour refuser le vote de remerciement qui vous est proposé ! »

La motion d’O’Connel est appuyée et passer O’Gorman demande que les noms de tous les hommes illustres qui, à différentes époques et dans les deux parlemens, ont mis en avant

et secondé le projet d’émancipation, soient inscrits sur le piédestal de la statue élevée en l’honneur de Wellington; et le meeting se sépare avec une solennité qui accompagne rarement la fin de semblables assemblées.

O’CONNEL AD PARLEMENT.

Popularité d’O’Connclh Londres. — Son ovation le jour de Saint-Patrice. — Apparition du député catholique h la chambre des communes. Meeting de sir Francis Burdett. — Réconciliation d'O 1 - Conncl et de Cobbet. — Port» ait des chefs des radicaux. — Leur opposition. — Discours d’O’Coimcl. — Fin du meeting.

Les Irlandais, ouvriers, journaliers , enfin tous ceux qui ont leur pain au bout dtf leurs bras , affluent à Londres , et sont , pour l’Angleterre , une des plaies d’Égypte ; ils y font baisser le prix des journées , et augmenter la taxe des pauvres. Avant qu’on se résolût à chercher un moyen de les faire vivre chez eux , et qu’on vînt à penser qu’un peu de liberté , et la protection impartiale des lois, renferment de merveilleux secrets pour réveiller l’industrie et féconder les terres; avant enfin qu’on ne sc hasardât à émanciper

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les catholiques, il avait été question de traiter ees pauvres émigrans, cés pauvres Patts (i) déguenillés, vaniteux, vigoureux et affamés, comme la peste ou le typhus, et d’établir un cordon sanitaire pour en préserver la Grande- Bretagne : je ne sais s’ils ont eu vent de ces questions sourdement agitées , mais il est étrange que cette classe ignorante comprenne si bien la liaison qui se trouve entre le bien-être des paysans dans la chère vieille patrie , et l’entrée de quelques gentlemen catholiques à la chambre des communes.

O’Connel , premier député catholique , chef de cette Association qui a si long-tems enrégimenté les misères publiques, se faisant de l’oppression une puissance , et de ses chaînes une arme terrible, O’Connel est l’idole / des ouvriers irlandais à Londres, comme de la masse du peuple en Irlande ; et reconnu par quelques-uns dans un jour mémorable

(i.) Sobriquet donné aux Irlandais en Angleterre.

il ne put qu’à grand’peine se soustraire à une ovation en règle.

C’était un de ces jours de joie dévotement fêtés en quelque partie du monde qué se trouve l’émigré irlandais, c’étffît la Saint- Patrice. Quel misérable païen et gibier de Satan pourrait ne pas chômer ce saint jour?

La fête du patron de l’Irlande , qui traversa le canal suivi de serpens , aspics , vipères, crapauds et reptiles de toutes^ sortes qu’il noya chemin faisant , pour en délivrer à jamais l’île verte ! Saint Patrice, 'qui unit la nouvelle eroyance à l’antique mythologie, et enlaça à la hai’pe du barde -le skainerock irlandais! Pour quel ignorant conterai -je comment le grand apôtre d’Érin , après avoir soutenu de longues controverses théologiques avec l’aveugle Ossian ou Oisiii, convertit un grand roi et une grande reine d'Irlande ? Entourés de tout leur peuple , ils écoutaient le saint missionnaire qui suait sang et eau à leur expliquer la doctrine de

]a Sainte-Trinité; les entêtés païens ne voulaient rien comprendre , et commençaient déjà à hocher la tête , quand Patrice , se baissant tout-à-coup ( l’assemblée était réunie sous la voûte des cieux ) , arracha de terre une branche de shamerock , trèfle, et montrant à tous cette tige unique qui se termine en trois feuilles , résolut tout soudainement ' les doutes des plus sceptiques.

Les Irlandais, a/?senlees célébraient donc à Londres la fête de saint Patrice , en parcourant les rues par bandes joyeuses , plus ou moins abreuvés de whisky, lorsque quelques-uns reconnurent O’Connel qui se rendait à ses affaires , sans se douter de ce qui l’attendait. Son nom vole de bouche en bouche , la pelote se grossit autour de lui ; étourdi des houras , rudement saisi par ses admirateurs , il est élevé sur leurs épaules et porté, malgré sa résistance et ses adjurations , et ses cris qu’on n’écoute pas. Toutà-coup la foule croissante qui l’entoure s’a-

EN ISLANDE

vise de trouver qu’élevé sur- les épaules il n’est pas assez haut pour être vu de tous.

D’ailleurs il se débat , cela est gênant : ou s’empare d’un pauvre fiacre qui passe; le cocher est jeté de côté, O’Connel est introduit de force dans la voiture , les chevaux sont dételés et l’on traîne avec de tonnantes acclamations ce nouveau char de triomphe» Puis , soudain , tout ce peuple change encore d’avis ; la voiture fermée de tous côtés leur cache leur cher O’Connel , il la faut transformer en calèche. Aussitôt tous les Faits se mettent à l'œuvre , s’échelonnent autour du malheureux fiacre, et sé disputent l’honneur d’y mettre la main , s’efforçant d’arracher le dessus , d'ouvrir la boîte enfin , pour mieux voir ce qu'il y a dedans. O’Connel profite dft bruit , du tumulte , et pendant que l’attention de tous est fixée sur l’impériale, il parvient à ouvrir doucement une des portières, se glisse hors de sa prison et s’enfuit. Les Irlandais trop affairés ne s’étaient poiutaper-

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eus que le dieu était parti , et continuèrent leur travail; enfin parvenus à leur but, et ne trouvant plus rien dans la voiture, ils se dispersèrent , cherchant encore le défenseur des catholiques, l’ami de l’Irlande et du pauvre, le grand O’! Le cocher, qui ne s’en pouvait prendre à la foule, intenta un procès en dommages et intérêts à O’Connel , qui dut payer pour rebâtir la forteresse où ses compatriotes l’avaient détenu.

C’est cet homme adoré des Irlandais que , par un esprit de petitesse et de vengeance bien mal entendu , la chambre des communes a jugé à propos d’exclure de son sein , et de renvoyer à une nouvelle élection ; comme si le gouvernement avait eu peur que l’Irlande ne se calmât trop tôt , et qu’il eût résolu d’y* renouveler l’agitation. Il y avait cependant long-tems qu'avec grande raison et sagesse, le marquis d’Anglesey avait écrit à Peel : « Je ne vois de moyen possible d’améliorer les choses , qu’en enlevant à l’Associa-

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tion O’Connel et Sheil , pour les placer à la chambre dés communes. « La moitié de l’affaire était faite , le parlement a cru de sa dignité de faire recommencer.

Avant de se présenter à la chambre , dont il avait été élu membre à Clare , O’Connel avait prudemment attendu que le bill en faveur des catholiques fût passé aux deux chambres, et eût obtenu la sanction royale.

Il n’avait pas voulu faire intervenir ses intérêts, et les haines que sa popularité a amassées contre lui au sein de l’aristocratie , dans le moment où les plus graves intérêts de son pays étaient en litige. D’ailleurs il n’ignorait pas que son exclusion avait été stipulée , et qu’elle était le résultat d’un compromis entre le côté droit et le côté gauche de la chambre. Le i5 mai, enfin, O’Connel fit son apparition. Une foule extraordinaire se pressait dans les galeries et sur toutes les avenues ; long- teins avant l'ouverture de la séance, tous les bancs des députés étaient remplis;

et jamais tant de pairs ne s'étaient entassés dans la tribune qui leur est réservée. A quatre heures moins dix minutes, le président de la chambre fit son entrée, et dit, selon les formés ordinaires : « S’il y a quelqu’un qui n’ait pas été admis encore à prêter serment , qu’il entre , et veuille bien se présenter au bureau. »

On peut difficilement donner l’idée du profond silence , et de l’attention intense dé cetté foule immobile et compacte, qui semblait «C pas respirer, et dont le regard était levé sur un point. Ce fut là que M. O’Connel parut immédiatement. Introduit par les lords Dungannon et Ebrington , il s’avança vers le bureau, tendit ses papiers à l’huissier qui lui présenta l’ancien serment , celui qui constate la suprématie protestante et l’asservissement de l’Irlande. O’Connel le repoussa ; et son geste fut entendu de l’assemblée entière. Il demanda à prononcer 7 le serment prescrit par le dernier acte du parlement.

La réponse du président fut péremptoire, mais énoncée avec politesse, « L’acte auquel l’honorable membre en appelle prescrit, h la Mérité, un nouveau serment aux membres catholiques romains de cette assemblée , mais sous la condition que ces membres auraient été nommés depuis que l’acte a acquis force de loi. -Or, nous savons tous que c’est avant la présentation du bill que l’honorable . membre a été élu. » Et après de courtes explications, le président finit par ces mots, prononcés d’une voix ferme et pleine d’autorité : « En conséquence je déclare à l’honorajde gentleman qu’il ait à se retirer» »

O’Connel regarda un moment autour de lui, comme un homme qui a quelques raisons d'espérer de l’appui. Mais le silence continuait; saluant donc respectueusement, il se retira.

Trois longues séances ont été remplies par les discours pour et contre l’admission d’O’- Connel , et une partie des questions qui re-

muent l’Irlande sur sa base ont été de nouveau agitées , avant qu’il fût bien décidé que les hustings de Clare devaient recommencer; qu’ainsi la même puissance populaire serait remise aux mains des mêmes hommes, aigris par les mêmes mécontentemens ; et que le peuple pourrait douter si le bienfait de l’émancipation n'était pas un leurre , puisqu’on refusait d’admettre le député que l’Irlande avait nommé , dans toute l’ardeur de la sympathie et du dévouement, comme son vrai représentant, dans lequel s’étaient incorporés ses désirs, ses besoins, ses passions, et qui parlerait au milieu de tous ces froids Anglais , comme un Irlandais pour l’Irlande.

La modération a été ainsi interdite aux chefs catholiques , et ils ont été repoussés par une aristocratie imbécile dans les rangs des mécontens et des radicaux, à l’heure même où les joies de la victoire et du bienfait obtenu les ralliaient tout naturellement au parti du pouvoir. C’est quatre jours après

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