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l'exclusion de M. O’Connel de la chambre des communes , que sa réconciliation avec les chefs des radicaux, Hunt et Cobbet, a eu* lieu à la taverne de la Couronne et de l’Ancre, où se tient annuellement le Meeting' du Triomphe de Westminster et de la pureté d’élection , en mémoire du jour fameux où sir Francis Burdett fut nommé député de Westminster en dépit de l’aristocratie.
Ce vingt-deuxième anniversaire du triom* pbe des radicaux s’ouvrit à trois heures et demie, le 25 mai dernier. Un nombre considérable d’électeurs se hâta de s’assurer des' meilleures places pour entendre les différens discours, et, à quatre heures et demie, parurent MM. Hunt, Frcnch et Cobbet. Le premier, Gracchus de Manchester, n’a rien qui fasse soupçonner en lui un tribun du peuple.
Sa figure est extrêmement douce et gracieuse ; ses joues ont presque la fraîcheur et le potelé de la jeunesse ; son œil brillant et gai , sa bouche riante , scs manières conci-
3qG- SCÈNES POPULAIRES
Hantes et polies , sa voix mélodieuse , aussi moelleuse que son geste , tout en lui tient beaucoup plus du gentilhomme que du démagôgue. Aussi , quoiqu’il soit doué de cette éloquence simple èt naturelle qui a un si grand empire sur la multitude anglaise , ceux qui se connaissent en habiles meneurs du peu-' pie ne sont pas disposés à le regarder comme tel. Quand on à nommé Hunt, il faut parler de Cobbet. Ne sont-ils pas l’Oreste et le Pilade du radicalisme? On représente généralement ce dernier ( Cobbet et non Pilade ) comme une sorte de rustre qui , au premier ooup-d’œil , ne laisse rien deviner de saqmissance intellectuelle. Certainement son port est grossier et insolent ; son dédain de toutes formes ot délicatesse de manières et de langage va jusqu’à la vulgarité et au cynisme ; cependant il suffit de le regarder une fois pour découvrir dans sa physionomie lame vigoureuse qui l’anime. La partie supérieure de sa figure rappelle celle de W aller Scott ;
son front surtout a de ln ressemblance avec celui de l’illustre auteur ; ses yeux ont plus de vivacité et de feu, et la partie inférieure de son visage porte , dans sa mobilité, l'empreinte d’émotions véhémentes et énergiques ; ses joues sont rubicondes et font ressortir l’éclat de ses yeux , et ses cheveux blancs flottent à l’abandon. Son goût pour les couleurs tranchées, qu’il affiche surtout lorsqu’un deuil de cour met en noir l’Angleterre entière , sa tournure et ses gestes , rappellent tout d’abord ses premières occupations rurales , et l’on est tenté de le ranger parmi les agriculteurs , plutôt que parmi les politiques. Mais une intelligence supérieure perce à travers cette rude écorce.
À peine les chefs radicaux avaient paru dans la grande salle du meeting , que Jack Lawless s’empressa de les conduire dans une pièce séparée , où ils devaient rencontrer M. Ü’Connel ; et c’est eï» séance secrète que
s’opéra la réconciliation entre le premier roi tles catholiques irlandais et 1’eMpereUr des radicaux. Passons sur les ennuyeux préliminaires d’un meeting; le dîner est fini : voyons M. Hobhouse dans le fauteuil qu’il occupe en l’absence de sir Francis Burdett, malade; les commissaires ont fait ranger là foule peu disposée à l’ordre et au silence ; trois ou quatre gens influens se sont réunis près du président, et un petit groupe de mécontens se rallie autour deHuntetde Cobbet. Le premier toast est proclamé :
« Le peuple ! seule source du pouvoir légitime. » Et il est bu avec les honneurs accoutumés du trois fois trois ( three limes lliree ), pendant que l’on fait entendre l’air de B riions , strike home.
Deuxième toast : « Le roi ! puisse-t-il confirmer sa propre déclaration que la couronne est un dépôt confié pour le bonheur du peuple!» Mêmes honneurs; air Godsave theking.
Tous sc lèvent, excepté Cobbet qui reste assis, s'étale sur son siège, et rit. Un récit de meeting, avec les discours et les querelles, ferait à lui seul un volume. Glissons donc sur les éloges, les toasts, jusqu'à celui en l'honneur de sir Francis Burdett ; la proposition en est reçue avec des applaudissemens mêlés de sifflets. Un commissaire traite un des opposans de misérable , et menace de le jeter hors de la chambre; le tumulte amené par cette querelle est calmé avec peine , et M, Hunt se lève pour s’opposer au toast jusqu’à ce que sir Francis ou son représentant, M. Hobhouse, aient répondu à deux ou trois questions qu’il se flatte de poser avec une politesse digne d’un gentilhomme et d’un Anglais. Il demande si les deux honorables députés se sont opposés à des votes de dépenses inutiles montant à près de deux millions sterling. « La chambre a y voté un bill pour le désaffranchissement, a des freeholders d’Irlande à 40 schellings, sic
J»o SCÈNES POPULAIRES
» Francis Burdeft ou M. Ilobhouse se sont- » ils opposés à ce bill? La môme chambre a » vdté un bill pour autoriser les inspecteurs , » gardes d’hôpitaux et geôliers de prison- » niers pour dettes, à vendre nos propres » cadavres , les corps morts des plus in- » fortunés de nos pauvres ! Sir Francis et » M. Hobhouse se sont-ils opposés à Ce bill?
» Je ne doute pas que notre honorable pré- » sident ne réponde à ces questions. » (Voix dans la salle} « le vieux croque-mort, le » résurrectionniste, le damné Cobbet peut » bien plutôt répondre à la dernière : qu’a-t-il » fait des os de Paine? ») Hunt continue b demander des explications sur ces griefs, et poursuit : «j’ai un mot à ajouter, lès amis » de sir Francis lui tressent une couronne » pour la part qu’il a eue dans la dernière »> mesure prise, soi-disant, en faveur des » catholiques. Mais au nom du sens com- » mun, qu’a fait l'honnête baronnet en don- » nant son vote, si ce n’est aider à l’anéantis-
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» sement des franchises de l’Irlande? » (Cris de non! non! que domine la voix tonnante de Cobket hurlant : oui, oui, je dis que oui.) « Peut-être qu'avant la fin de la soirée » M. O'Connel vous parlera comme moi. Sir a Francis Burdett, je le répète , a consenti à \ » la destruction des freeholderS h 40 schelm lings. Je demande réponse âmes questions >» avant que le toast soit bu. »
Cobbet alors se lève. A peine a-t-il paru au milieu de la salle , qu’il est accueilli par une grêle de sifflets, capable de réduire au silence tout autre Figaro politique. Toisant le meeting avec des regards d'une intrépidité indomptable , il fait claquer ses doigts en signe de défi , puis , élevant ses bras et les agitant au-dessus de sa tête, menace l’assemblée entière, et la nargue et la brave dans une attitude de gladiateur $ et sa physionomie audacieuse exprime sa dér termination irrévocable de se faire entendre envers et contre tous. « Un toast a été pro-