MADAME SAURIN, MADAME BACHELIER
MADAM1 IADR1N. — Voilà une fille qui ne lavait pas faire une
MHipeà l'oignoo quand elle est entrée chez moi, et la voilà aujourd'hui qui prend des airs de princesse ! MADAME BACBELI1 I'.. — Elles sont loules taillées sur le même patron.
ÎOi SCÈNES POPULAIRES.
MADAME sait, IN. — Non , autrefois les domestiques étaient meilleures. C'est actuellement à qui affichera le plus de prétention. Dieu ! que celte visite que je viens de recevoir m'a paru longue !
madame bachelier. — Et un jour de déménagement encore ! On n'a pas d'idée d'une pareille indiscrétion.
madame SAURIN. — Ajoutez à cela les désagréments que nous suscite ce maudit propriétaire ! Je ne sais vraiment pas comment tout ça finira. Si je n'avais que Pyrame, encore! mais j'ai mes deux angoras dont je n'ai nullement envie de me séparer , ni de mes oiseaux non plus. Il y a, au reste , un proverbe qui est bien vrai : Qui n'aime pas les bêles n'aime pas tes gens.
madame bachelier. — Tenez , si vous voulez que je vous dise.... vous l'aviez très-bien jugé , ce propriétaire-là.
MADAME saurin. —Je n'ai jamais aimé tous ces gens froids-là. Comment avez-vous trouvé cette demoiselle qui sort d'ici avec sa maman?
madame bachelier. — Elle a l'air fort bonne personne.
madame saurin. — Comment l'entendcz-vous ?
madame bachelier. — La maman ?
madame saurin. — Je vous parle de la jeune personne.
madame bachelier. — Jeune comme ça, elle n'est plus la fleur des pois.
madame saurin. — Si fait , c'est une femme de vingt-quatre à vingt-cinq ans.
madame bachelier. — Sans compter les mois de nourrice.
madame saurin. — Elle n'a pas plus ; je me rappelle parfaitement quand elle est venue au monde.
madame bachelier. — Elle paraît davantage, et pour une demoiselle ça commence à bien faire. Elle parle beaucoup.
MADAME SAURIN. — Elle a énormément d'esprit.
madame bachelier. — Je ne dis pas non , mais à la place
Lt DÉMÉNAGEMENT. 3C5
de la mère je ne souffrirais pas qu'elle me coupai la parole à tout bout de champ comme elle le fait ; el si la première t'ois que pareille chose lui est arrivée elle avail agi en conséquence, «'lie se iïit tenue pour avertie. madame sadrin. — Elle est de même avec sou pore.
M\n\ME BACHELIER. — Parce qu'il lé veul bien.
MADAME SADRIN. — Quand on n'a qu'un enfant....
MADAME bachelier. — Ce n'est pas une raison pour se faire molester ainsi. Cette demoiselle est très- grossière et trèsimpertinente avec sa mère ; el sa mère est une sotte (passez-moi l'expression) de le lui permettre.
madame SADRIN. — Ce qui m'a le plus outrée contre elle , -i de voir des gens qui viennent vous offrir des choses impossibles, lorsqu'une chose est sans remède, qu'il n'y a plus à revenir.
MADAME BACHELIER. — Oui, encore, c'est un manque de tact.
madame saurin. — Ce logement , qu'elle me proposait , est grand comme la main.
madame bachelier. — Puis il est occupé , si j'ai bien entendu.
madame SADRIN. — Mais certainement; cette dame ne s'en irait pas d'un moment à l'autre pour me faire plaisir.
madame BACHELIER. — Tout cela c'est parler pour ne rien dire. De sorte que vous ne savez pas encore si vous occuperez votre nouvel appartement?
MADAME su ri\. — Je n'en sais rien, je n'abandonnerai errtes pas mes animaux.