‹ Scènes populairesChapitre 3 sur 201 · LE ROMAN CHEZ LA PORTIERE · texte numérisé non relu

LE ROMAN CHEZ LA PORTIERE

vilain coureur de chien , qu'on n'en peu! pas jouir... Ceux qui n'en ont pas sont bien heureux !

MADAME POCHET. — C'esl \rai qu'on s'y attache; c'est comme aux petits oiseaux... -N'y a qu'à voir la Lyonnaise avec eux. [A Adolphe.) Eh ben! mauvais sujet... or. n'dit rien à madame... on n'souhaite pas ['bonsoir... c'est trop commun...

MADAME DESJARDINS. — Bonsoir, mon minci.

MADAME roc.HET. — Oh! il n'dira rien, si c'est pas son idée... Veux-tu pas t'tourner comme ça; j'\as t'eoucher, tu vas voir... T'nez, v'ià une chemise blanche de c'matin : comme c'esl propre! Vilain enfant, va... Va voie l'petit à manie Vaillant, s'il est sale comme loi.

ADOLPHE. — l'as mal.

madame POCHET. — Ycux-lu pas répliquer. . . vilain monstre... lu finiras sur l'échafaud, va, scélérat. R'gardez ses yeux.

MADAME DESJARDINS. — Dodoffe , tU Il'es pas gentil.

adolphe. — Ça m'est bien égal.

madame POCHET. — Vilain... sans cœur...

MADAME DESJARDINS. — Ah! ça, on ne vous a pas vue ce matin?

MADAME POCHET. — C'est vrai... j'ai été si pressée aujourd'hui... j'avais mon savonnage, que je n'ai eu le temps qu'à peine d'aller chercher ma crème et mon charbon. Mais, du reste, vous, ça va bien?... Vous êtes encore joliment jaune.

MADAME desjardins. — Vous êtes bien honnête! ça n'va pas ; lus mal. Eh bien ! et les nouvelles emménagées?

madame pochet. — Eh ben ! ça m'a pas encore l'air de grand' chose de bon, voyez-vous; trois jeunes personnes connue ça dans deux chambres... Après, ça m'est bien é^al ! Je ne sais pas toujours quel état qu'elles sont. Les propiétaires tirent tous à la location, et ça leur esl

bien égal que vous soyez n'importe avec qu'est-ce. C'est comme il vient l'autre jour dans ma chambre; qu'il m'dii : « Tiens, niais ça vous fait deux pièces! — Comment deux pièces? que je m'écrie; c'est-à-dire une soupente , monsieur, qu'j'ai fait faire; témoin que j'ai mis ce papier rose dessus avec ma nièce, quand elle est venue à Paris... deux pièces! et que je l'enlèverai quand je m'en irai, sans votre permission; j'n'y tiens déjà pas tant à la maison! j'n'ui pas fait de bail à vie. » Tiens ! mais c'est d' honneur vrai; ils sont tous les mêmes!... des parvenus!...

madame desjardlxs. — Vous vous enlevez toujours comme une soupe au lait, madame Pochel.

madame POCHET. — J'voudrais vous voir à ma place; c'est d' honneur vrai... quec'tc chambre fume que c'est une abomination... et qu'il y a le tuyau qui passe tout conte mon lit. Vous savez, quand le temps est humide... ("est certainement pas là une donnée, ma foi! centécus! J'suis outrée! c' est d' honneur vrai.

madame desjardins. — Leur z'y avez-vous parlé, à ces jeunesses ?

madame pochet. — J'icur z'y ai parlé, s'entend, sans leur z'y parler; c'est elles qui m'ont demandé si y avait une pompe dans la maison. Non , mesdemoiselles, que je leur z'y ai répondu , n'y a pas de pompe , c'est pas ici une maison de blanchisseuses; on ne vous y tolérera pas vos loques accrochées au bout d'un cerceau à vos croisées, c'est pas le genre de la maison : si vous voulez de l'eau , vous ne serez pas plus ni moins protégées que les autres : deux sous la voie tant que vous en voudrez. Tiens, mais c'est d' honneur vrai, ça entre dans des maisons comme à l'écurie.

LE ROM \N t III /. I \ PORTIERE. 9

LES PRÉCÉDENTS , MADEMOISELLE REINE, un

bovgeoir à (a main.

MADEMOISELLE REINE. — Bonsoir, mesdames... {Elle souffle chandi (le.)

MADAME DESJARDINS. — Pourquoi doue qa'vous éteignez votre lumière?... Ah heu! pur exemple! c'eBl moi qui éteign'ra la mienne. Vous la brûleriez dans vot'euisine, antaui qu'elle vous éclaire ici...

MADAME POCBET. — C'esl juste ! et votre huche?

MADEMOISELLE REINE. — Madame est témoin connue quoi j'en ai remonté tantôt trois de la cave.

MADAME DESJARDINS. — Nous n'en sommes pas là d'sus. .. El Monsieur?

MADEMOISELLE REINE. — .l'ai toute la soirée à moi... Monsieur dîne en ville... Et ces dames ne sont pas venues? Ali! ah! c'esl vrai, elles sont allées voir le nouveau vicaire.

MADAME DESJARDINS. — Oui... A propos, ce n'est plus M. I'oirot. Ils en changent maintenant, de vicaires, comme de ch'mises. Nous n'attendons qu'ees daines pour continuer ce livre d'hier au soir. C'est dommage, vous n'étiez pas au commencement.

MADEMOISELLE REINE. — C'est égal... j's'rai tout d'suilc au courant, pourvu quej'sache commenl ça s'appelle.

MADAME DESJABDDfS. — Coélvna ou l'enfant du Ministère... c'est bien écrit...

MADAME POCHET. — Et bien intéressant... Ah! tiens, voilà i dames.

LES PRÉCÉDENTS, MESDAMES CHALAMELLE, LA LYONNAISE, MADEMOISELLE VERDIT.

MADAME MBSJARDINS. — Ah ! v'Ià ces dames. Eh bien! VOUS n'entrez donc pas... j'vas fermer la porte cochère...

i \ ÉPICIER. — Mon cousin esl-il chez eux?

MADAME DESJARDINS. — Nous n'avons pas de ces gens-là ici. (L'épicier se retire.) Dites donc, vous, là-bas!... où allez-vous donc comme ça?... vous n'pouvez pas dire où vous ail z?

un individu. — M. Corot.

MADAME DESJARDINS. — C'est pas ici.

l'individu. — Où est-ce que c'est?

madame desjardins. — J'vous dis qu'c'est pas ici Est-ce

qu'on entre comme c'a l'soir dans les maisons?

L'individu. — Bête que nous Oies! je n'entre pas, puisque j'm'en vas.

madame desjardins. — Bète vous-même , grand fédéré.

l'individu. — Bossue... bossue ! t'es forcée d'être bossue.

madame desjardins, les poings sur les hanches. — Vat'en donc... eh!... voleur... (L'individu se sauve.)

madame POCHET. — Vous avez dit l'mot, madame Dcsjardins?iïVa ensauvéàès qu'il s'a vu r' connu. (La porte cochere est fermée. Madame Desjardins rentre et ferme la loge.)

la lyonnaise. — Eh bien ! sommes -nous toutes ces dames?

madame ciialamelle. — Nous a\ons encore mademoiselle Verdet.

mademoiselle verdet, frappant au carreau. — Bonsoir, mesdames.

mademoiselle ciialamelle. — Tiens, comme dit c't'autrc, sans comparaison : Quand on parle du loup... nous parlions de vous.

mademoiselle verdet. — Dilcs donc... madame Desjardins, c'est pas pour vous flatter, mais la maison, c'est une infection... Qu'il y a des horreurs partout dans les escaliers.

madame POCHET. — C'est le gros caniche du tailleur du cinlième, au fond du collidor. J'I'ai joliment r'ievé,

LE ROMAN CHEZ LA POR1 1ÈRE. Il

ce brigand de tailleur, qui se jetterail plutôt par la croisée que de saluer quelqu'un eu passant, le scélérat. Je l'déteste, ce vilain homme-là; on n'a jamais vu des sortes de gens pareils. J'suis donc montée chez eux; rien d'fait à \ heures! Lui était là, qu'avait l'air de travailler avec sa mine insolente; madame était les bras croisés, el la demoiselle la même chose. J'ieurz'y ai dit que j'étais lasse, à la fin, d'être la domestique à leur chien. Ils m'ont répondu : Nous en sommes bien fâchés, madame, voyez-vous d'un air... Moi aussi , que j'ai répondu sèchement. Ça les a terrassés : ils n'ont pins rien dit , et je me suis enaltêe. Mais, tenez , voyez-vous, j'sais ce que c'est à présent ; le mari est un mouchard; la mère rien du tout, et la fille est enceinte. C'est la blanchisseuse qui nie l'a dit. Enfin, est-ce qu'ils n'ont pas mangé un melon l'autre jour qu'on n'pouvait

, pas en approcher; pas un brodé... un cantalou... deux fois ma tête. J'suis loin de m'opposer à ce qu'ils en mangent, du melon; qu'ils en crèvent s'ils veulent, j'm'en moque pas mal encore; mais qu'ils viennent exprès étaler leurs épluchurcs sur le carré en face mon paillasson , j'dis qu'c'est une petitesse.

mademoiselle REINE. — Vous dites donc , mesdames, que le nouveau vicaire...

madame chai.amelle. — Nous l'avons vu. Ali ! c'est pas là .M. Poirot; oli ! non. D'abord, la Lyonnaise peut vous l'dire, il parle fort mal latin. ,

LA LYONNAISE. — Oll ! Oui.

MADAME DESJARDINS. — C'est cependant la langue de la reb-'ion française , c'est même la langue naturelle à L'homme en général; car qui dit l'homme dit la femme. Tenez, sans aller plus loin, prenez deux enfants tout petits, mettez-les dans une chambre, ils parleront latin ; on a vu ça.

LA LYONNAISE. — Oh ! oui.

MADAME DESJARDWS. — Mais moi qui n'suis qu'une femme,

i5> SCÈNES POPULAIRES.

j'vcux apprendre à parler cosaque, du écossais; eh heu! j'ai qu'à m'y mettre; car enfin, pour apprendre, enfin supposons que je le veux; eh ben, je le fais, c'est un fait.

TA lyonnaise. — Oh ! oui. — Mais ce que j'plains de ce temps-ci c'est les petits oiseaux.

madame DESJARDINS. — IMoi , Ce que j'vous dis pour le écossais, j'vous l'dis pour tout en général.

LA LYONNAISE. — Oli ! oui. — Mais je donne aux petits oiseaux de ma croisée ; mais j'peux pas donner à tout Paris, et j'ies plains.

madame desjardixs. — Ah ça! si nous nous entendons pas mieux... Vous m'parlcz de vos oiseaux, laissez-moi tranquille, la Lyonnaise.

MADEMOISELLE HEINE. — Allons! voyons donc, mesdames, n'allez-vous pas encore VOUS chamailler? Qu'est-ce que vous avez donc, madame Pochet ? vous ne nous dites rien.

madame pochet. — Je souffre l'martyre de l'estomac... rien ne me passe depuis quelque tcmj|s.

MADAME DESJARDINS. — C'est comme madame Bardy.... Faudrait prendre du thé, peut-être.

LA lyonnaise. — Oh! oui , une belle chose cpie votre thé! laissez-nous donc , c'est une fameuse saloperie.

MADAME DESJARDINS. — Qu'est-ce qui VOUS a fait?

LA LYONNAISE. — Pas h moi , Dieu merci ! mais à un de mes maris, qu'il a failli m'enlever. Oui donc celui-là, déjà? est-ce Prevoteau? non c'était un blond.... Brodais... j'erois, c'était Brodais... non, non... Pilorel... enfin, n'importe. Il m'arrive un soir qui tombait dr faiblesse. — Eh ben 1 quoi, que je dis, qu'est-ce que c'est? J'erois bien que c'était Prevoteau à présent , n'importe... Enfin finalement j'vas voir le médecin; il n'avait pas cabriolet alors; il était fort honnête; il m'dil : Votre mari est ivre-mort! — Ivrcninii! — Oui, donuez-lui du thé. — Qu'appelez-vous du thé? — Plante potagère, — Bon! où qu'ça s'achète? —

LE RO.YUN (III / I V loi; III RE. Kl

Partout. — J 'prends mon tabtUiôT ; j'vas (loin- clic/, l'apothicairc, qui me renvoie chez l'épicier... L'épicier, je le vois encore; il est mort ,,j'crois, depuis, et c't' épicier-là, c'était un Lhnrel ; i m'dil : Pour combien? — Pour deux

Ikrds. — Ou n'en lait pas. — Pour combien doue qu'on en l'ait, pour 3,000 francs? — Pas moins de vuit sous. — .le tends mon lalnllicr. — Non, donne/, votre main. Il me met trois petits grains noirs dans le creux de la main, et voilà pour mes vuit sons. — J 'ne reviendrai pas tous 1rs deux jours, que je me rappelle que j'iui dis, et je m'en en lus. Arrivée clic/, nous, je cherche comme une épingle mon homme Brodais.... ou Pilorcl; je n'sais plus. J'vous parle pas d'hier ! et je le trouve derrière le poêle, dans la cheminée. J'dis... Bon, et je mets sur le feu mon thé, enMe faisant, comme dit l'épicier, l'user dans de l'eau. Je bats, je bats... je goûte, c'était fadasse, sans montant, sans rien ; je dis : Cet homme qui trouve le lait à son déjeuner trop doux , qu'il y met de l'eau-de-vie, ne prendra jamais ça : j'y mets un peu de vin, un peu de café... du cornichon... de la moutarde... du veau... de la compote... un peu de pain d'épice. .. des petits radis roses... du sel et du poivre; je bats, je bats... de l'échalotte; je bats et je lui fais prendre : ça fait purée... je bals toujours; enfui il n'eut pas plutôt tout pris (pie le voilà qui... enfin... de tous les côtés... Il fut malade trois mois; \<ms sentez, cet homme, ça lui avait sargé l'estomac... Belle ordure que votre thé!

MADAME DESJARDINS. — Il y a des personnes qu'ça leur z'y réussit. Ah! v'Ià madame Dutillois ! J'm'en vas continuer la lecture d'hier, comme axant l'haleine la plus forte. Nous en étions (pie Rosemonde était réglée abandonnée avec .sa petite... après avoir eu des reproches à se faire. Attendez... " ... Le départ précipite... » C'est pas ça, nous L'avons lu. « ... Il était monté sur son palefroi.,» »

Nous avons lu ça, que la Lyonnaise a dit que c'était un tabouret. « .... Nadir allait chaque matin cneil- » tir tes fleurs pour orner le front de son père... » Nous avons lu ça... — Eh bon ! qu'est-ce que tu fais donc, bodoffe? tu touches encore à la chandelle; toujours tes mains dans le suif! (l'est joliment toi qui irais cueiller des fleurs pour orner le front à ton papa... — Ah! voilà, voilà ! « ... Malheureuse mère, dit-elle, tu es l'assassin » de ta propre enfant, pour les sentiments que tu

» lui as » Vlà un mot que je ne peux pas lire. « I ,

u, in ; c, u, 1... »

LA LYONNAISE, — Ça s'entend.

madame desjardins. — Ça n'a pas le sens commun , votre interprétation, la Lyonnaise. Que tu lui as...

LA lyonnaise. — Finissez.

MADAME DESJARDINS, êpe(ant. — O, u, é, s, qués.

LA lyonnaise. — Inculqués! C'est un Espagnol. Nous n'avions pas encore vu celui-là.

madame desjardins. — N'y a pas plus d'Espagnol là dedans que dessus la main ; c'est seulement un mot d'auteur.

madame chalamelle. — Ah ! vous rappelez-vous c't'auleur qui restait ici? Moi, je l'aimais bien; avec ça que c'était monsieur Singulier. Qu'est-ce qu'il est devenu? [On frappe à la porte.)

une voix enrouée. — Mademoiselle Pauline!

madame desjardins. — Pauline... qui?

LA voix enrouée. — Pauline Fredais ; y est-elle ?

madame desjardins. — C'est-il une des trois emménagées d'hier au soir?

LA voix enrouée, avec humeur. — C'est Pauline, qu'on vous dit ; étes-vous sourde ?

MADAME DESJARDINS. — Oui, monsieur, elle est chez eux. Vlà un joli échantillon des gens qu'elles voient!... Dieu! qu'il a l'air violent, c't'homme-là. (Lisant.)

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