UNE JEUNE PERSONNE, UN JEUNE HOMME
la jeune personne. — Adieu chéri; tu m'écriras, n'est-ce
pas ? Tu adresseras tes lettres à madame Parmentier , rue
du Vieux-Marché.
LE jeune HOMME. — Oui... allons, adieu... allons, voyons,
ne fais pas l'enfant.
LA JEUNE personne , (es larmes aux yeux. — Adieu ! Tu
ne m'embrasserais pas, toi.
LE JEUNE homme. — Si, voyons. (H l'embrasse.)
LA JEUNE PERSONNE. — M'éciiras-tU?
LE JE! m; homme. — Oui, j'te dis.
le conducteur. — En voiture, messieurs, en voiture !
la jeune personne dans la diligence. — Chez madame Parraenlier.
LE jeune HOMME. — Oui, oui... Allons, adieu.
LA JEUNE PERSONNE. — Rue du Vieux-Marché. .. (La jeune fille cache .sa figure dans son mouchoir. Le jeune homme s'éloigne en allumant un cigare).
VSE VIEILLE DAME, un petit chien sous le bras, suivie d'une servante portant une chaufj'erette.
TA VIEILLE DAME. — .J'espère que vous n'avez pas donné un centime de plus à cette horreur de cocher?... J'aurais mille fois préféré venir à pied que dans son infernale voilure... Voyons, quand vous resterez là plantée comme une borne • Voyez a allumer ma chaufferette chez le portier. Où suis-je placée... ? où est l'intérieur maintenant.
un commissionnaire. — C'est ici, madame, donnez-moi votre petit chien. (Le petit chien laisse échapper un cri d'effroi.)
r.A VIEILLE dame. — Voulez-vous hien ne pas porter la main sur ma petite hête, vilain butor.
LE commissionnaire. — Il est gentil, votre chien !
la vieille dame. — Il est ce qu'il est... insolent.
le conducteur. — Allons, allons, madame, finissons-en.
la vieille dame. — J'en finirai, j'en finirai quand cela me. plaira.
les voyageurs. — Partirons-nous aujourd'hui, conducteur?
le conducteur. — Vous voyez, madame, c'est vous qui faites attendre.
la vieille dame. — C'est moi, c'est moi... Ces messieurs ont bien peu d'égards pour une femme : j'attends ma domestique. (S* adressant à la jeune personne qui vient de monter.) Mademoiselle, donnez-moi ma place.
LA JEUNE PERSONNE. — Mais, madame...
LA VIEILLE DAME. — Il ne s'agit pas de tout cela, mademoiselle, je veux ma place : il me faul ma place.
UN VOYAGE EN DILIGENCE. h\1
LA JEUNE PERSONNE. — C'est ma place , madame; pouccpioi
voulez-vous me la pieixlre. (F. (le pleure.) i \ monsieur aux moustaches épaisses. — Vous ne devez
non plus, madame, prendre tonte une diligence pour votre ménagerie.
iv vieille dame. — Ma ménagerie! ma ménagerie paie, monsieur; el d'ailleurs ça ne nous regarde pas. Vous ne voulez d'Vi.'éiiieiii pas me donner ma place ?
ii: VOI LGEDR aux ))ioii.st(ir'us épaisses.. — Pas possible.
LA VIEILLE DAME. — C'est ce (pi'il faudra voir. Ah! je n'aurai pas ma place ! Jp ne partirai plutôt pas. (Elle entre au bureau.)
L'HOMME aux moustaches. — A l'honneur (le VOUS voir... Voulez-vous ma place, mademoiselle ?
LA JEUNE PERSONNE. — Merci, monsieur.
les voyageurs. — Conducteur, partons-nous?
LE CONDUCTEUR. — Quand nous serons chargés. Nous avons des voyageurs en retard... Allons donc, là-bas! Monsieur, est-ce poqr aujourd'hui? C'est se moquer du inonde, aussi ça, à la fin.
mignolet. — Je me suis assez pressé; ce n'est pas à moi qu'il faut vous en prendre, c'est ma femme qui me fourre un tas de choses dans les poches... elle aurait plutôt fait de me donner quatre malles de plus... comme je lui disais : Stéphanie, donne donne-moi quatre malles de plus..
LE CONDUCTEUR. — Vous nous conterez tout ça demain.
M. mignolet. — Toussaint . vous direz à madame Mignolei qu'elle yoqs envoie chez l'huissier, si le quinze, à deux heures, Le premier n'a rien envoyé, et vous mettrez immédiatement après l'écriteau... Vous m'entende/. ?
i E PORTIER. — Qui, monsieur. Adieu, monsieur, hon voyage.
M. MIGNOLET. — Merci , Toussaint j el vous aussi. Prenez donc garde, monsieur le conducteur, vous allez briser cette petite caisse.
le conducteur. — Est-ce qu'elle est en cristal ? Eh bien !
chargez-vous en alors. (Il s'éloigne.) M. mignolet au commissionnaire. — Vous prendrez attention à cette caisse, s'il vous plaît? le commissionnaire. — C'est donc vous qui faites attendre
comme ça ?
M. mignolet. — Je me suis assez pressé : ce n'est pas à moi
qu'il faut vous en prendre , c'est ma femme qui me fourre
un tas de choses dans les poches...
le commissionnaire lui donnant une bourrade. — Gare
la graisse ! Voulez-vous vous faire écraser ? M. mignolet. — Vous êtes un brutal... Où faut -il m'adres-
ser pour ma place.
le commissionnaire. — Au bureau.
m. mignolet. — En vous remerciant.
LE BUREAU
M. MIGNOLET, QUATRE COMMIS.
M. MIGNOLET s 'adressant au second commis, qui, ie nez au vent, termine son déjeuner. — Monsieur, pardon si je vous dérange, seriez-vous assez bon pour m'indiquer la place que je dois occuper dans la diligence , et que mon portier a dû arrêter avant-hier matin? Un nommé Toussaint.
le second commis ricanant. — Qu'est-ce que vous voulez?
M. mignolet. — Monsieur, voulez-vous me faire l'honneur...
le second commis, indiquant son voisin de droite. — Adressez-vous à monsieur.
M. MIGNOLET au premier commis. — Monsieur , seriezvous assez bon... (Le premier commis ne répond pas.)
LE second COMMIS à son voisin. — As-tu vu Girard depuis son mariage?
le premier COMMIS. — Je l'ai vu une fois.
m. micnolet. — Mille pardons, monsieur, si je vous interromps.
LE SECOND COMMIS. — Sa femme est assez gentille...
M. mignolet. — Monsieur, puis-je savoir...
LE premier commis. — Froidasse... Qu'est-ce que vous réi ilamez 1
M. micnolet. — Ce n'est point, monsieur, une réclamation que j'ai à faire... Je désirerais seulement savoir...
LE premier commis. — Savoir quoi?
M. micnolet. — Quelle place je dois occuper, monsieur, dans la diligence.
LE troisième commis, arrangeant ses ongles, et de sa place. — Où Girard a-t-il trouvé cette femme-là. (Mignol(t reste toujours immobile (levant le premier commis.)
le second commis. — Adressez-vous au fond de la cour, au bureau de Valencieimes.
M. MIGNOLET. — Mais, monsieur, j'ai l'honneur de vous faire observer que je ne \ais pas à Valencieimes.
LE premier commis. — C'est bien une femme de vingt-cinq ans, n'est-ce pas?
M. micnolet. — En vous remerciant, messieurs. J'ai l'honneur de vous saluer.
LE PLUS PLAISANT DES COMMIS. — Kncliautés d'avoir fait votre connaissance. {Mignolet sort du bureau.)