LA COUR DE LA DILIGENCE
M. DE VERCEILLES, ERNESTINE, sa fille, L'ABBÉ BLONDE U ' , L U'RE.NT , domestique.
M. de verceilles. — Eh bien ! mon cher abbé , avez-vous assez tourné autour de la voiture? Êles-vous persuadé à présent qn'Ernestine et moi nous ne courrons pas risque de la vie en voyageant dans le coupé d'une diligence?
106 SC INES POPULAIRES.
L'ABBÉ. — C'est qu'il mr paraît si extraordinaire de voir monsieur le comte voyager comme un premier venu !
M. de verceilles. — In premier venu ! Le temps n'est-il pas aux premiers venus? Il n'y a rien de plus à la mode que les premiers venus, aujourd'hui.
l'abbé. — Enfin, enfin, vous avez préféré cela à la poste.
m. de verceilles. — Mais , mon Dieu ! je sais fort bien que j'aurais pu prendre la poste, si j'avais voulu prendre la poste ; mais je ne l'ai pas voulu. La poste, c'est toujours l'administration. Je me méfie de tout ce qui tient à l'administration ; (pie voulez-vous? c'est plus fort que moi.
l'abbé. — Je ne dis pas que monsieur le comte ait tort. Cependant. . .
m. de verceilles. — Les postillons, les préfets, tout cela se tient. La belle nécessité qu'on puisse me suivre à la piste tout le long de mon voyage.
ernestine. — Mon père ! mon père !
M. de verceilles. — Est-ce que ce que je dis est trop fort?
ERNESTINE. — Dans la cour d'une diligence ! vous qui êtes si prudent !
ai. de verceilles. — Vraiment, avec cette petite fille-là je ne pourrai bientôt plus rien dire.
l'abbé. — Vous ne voulez pas entrer dans le bureau en attendant le départ?
M. de verceilles. — Dans le bureau! Pour être avec qui? Je suis sûr que cela incommoderait Ernestine. Les bureaux de voiture sentent toujours le poulailler.
l'abbé. — Je crains que vous ne preniez de l'humidité ici.
M. DE verceilles, à un garçon d'écurie. — Monsieur, quand partira-t-on?
le garçon. — Tout de siuie, monsieur, tout de suite.
m. de verceilles. — Allez-vous-en, l'abbé, allez-vous-en. La fraîcheur du matin ne vaut rien pour votre catarrhe: remontez dans la calèche et retournez à l'hôtel.
l'N t&YÀGË EN DILIGENCE. 18?
L'ABBÉ. — Je voudrais \ous \<>ir embarqués auparavant.
m. ni: uT.ciu f r.s. — Il me Semble qne vous en savez assez pour pouvoir tranquilliser ma femme. Nous Oies bien sûr que la voiture es! solide, qti'Kiuesline, moi el Marie nous serons loi l a l'aùfe dans le coupé.
L'aBBK. — Farce que mademoiselle Lrnesline est minre.
M. DE VERCEILLLS. — Il faut espérer que dans un voyage de
vingt-quatre heures elle n'engraissera pas assez pour nous ter.