‹ Scènes populairesChapitre 99 sur 201 · LE MALADE, MADAME BERGERET · texte numérisé non relu

LE MALADE, MADAME BERGERET

le malade. — Madame Bergeret...

MADAME BERGERET. — Eh bon! me voilà. Qu'est-ce. (pie

vous avez à crier encore après moi?

i.i. malade. — J'ai passé une nuit affreuse... j'ai bien cru...

que c'était Gui... (// fausse). Dieu!... que j'ai souffert. ...

tte idée est empruutée a Pane des plus spirituelles lithograde mon ami Pigal.

230 SCENF.S POPULAIRES.

(Il tousse). Ah ! c'esl trop souffrir... vous êtes partie hier

de si bonne heure

MADAME BERGERET. — De si bonne heure ! il était le ([liait

après neuf heures : si \ous appelez ça de bonne heure !

Vous croyez donc , bonnement , (pie pour dix malheureux

sous que vous m'donnez par jour, je m'en vas m'échiner

rtempéramment à nous passer des nuits pour vous faire

plaisir; non merci : pour dix malheureux sous.... LE malade. — C'est bien dur.... ce que vous me dites-là....

madame Bergeret. ( // lui prend une plus forte

quinte.) madame bergeret (après la quinte). — T'nez, voyez-vous

c'que c'est que d'vous mettre en colère.... l'bon Dieu vous

punit.

le malade. — Mon Dieu!... mon Dieu!.... comme si... ce

n'était... pas assez de mon mal.

madame bergeret. — J'suis raisonnable au moins, moi,

je ne suis pas plus ridicule qu'une autre ; vous vous mettez

dans des colères. . . .

le malade. — Donnez-moi ma potion....

madame bergeret. — Vous direz s'il vous platt une autre

fois, n'est-ce pas?

le malade. — Ma potion.... j'ai la bouche brûlante.... madame bergeret. — Tenez, la v'ia... j'suis trop bonne. le malade. — Merci. . . . madame. . . . Bergeret. madame bergeret. — C'est bien heureux.... où allez-vous

mettre la tasse maintenant, donnez-la-moi Vous savez

que vous n'avez bientôt plus de bois?

le malade. — Comment, déjà?

madame BERGERET. — Déjà, certainement déjà... Je l'emporte peut-être le soir, vot'bois , dans mon tabellier. Je sais bien qu'il y a des gens assez méchants pour vous l'dire , madame Bribri , par exemple....

LE MALADE. — Je Qfi connais pas cette daine.... qu'est-ce

que vous appelez ainsi , madame Bergère! ?... MADAME BERGERET. — l.a femme qu'est avec M. Vassal,

donc. ..

le malade — Il n'est pas venu... me voir... M. Vassal...

depuis qneje suifl malade pas une seule fois.

madame bergeret. — Il serait bien venu, Lui... mais c'est

madame qui l'en aura empêché..;, car c'est un bien digne homme, lui . M. Vassal.

LE malade. — Madame Bergeret.. cette dame... est trèsbonne aussi.

MADAME BERGERET. — Ça n'empêche pas que l'autre jour, die/, la portière, ou a bien assuré à manie Madou que c'était à elle (pie \mis aviez dû. dans le temps, de vous voir retirer votre petit cellier à la cave.

le malade. — - Il me devenait inutile [Il tousse).'... puisque mes moyens ne me permettaient pas d'avoir... du vin... ch< / moi.

MADAME BERGERET. — Puisque c'était pour vot'bois.

LE MALADE. — Je n'aime pas... entendre dire du mal... d'une personne respectable. (Il tousse)

MADAME BERGERET. — Je n'en parlerai plus ; mais vous n'me forcerez toujours pas de la saluer dans les escaliers, j'nai jamais pu m'soumettre à saluer Louis XVIII. Ainsi, je n'eommencerai pas par elle.

LE MALADE — Mon Dieu!... ah ! ah î... j'ai la peau brûlante. ..

MADAME BERGERET. — Vous n'avez pas d'patience non plus pour deux Liards; vous voulez être malade et être guéri en deux heures.

LE MALADE. — Et ce médecin... qui n'arrive pas. ..

madame BERGERET. — J'm'en vas prendre un peu mon balai, car c'est d'un saN' ici.. ..Si j'donnais un peu d'air '.'...

LE malade. — Mais vous n'y pensez pas... je suis tout... on moiteur.

madame BERGERET. — Vous ferez comme vous voudrez alors, j'm'en vas commencer par déjeuner, je n'déjeûnerai certainement pas ici.

le malade. — Vous allez encore une fois.. . me laisser seul...

madame bergeret. — La clef est sur la porte....

LE malade. — Mou Dieu!... mon Dieu. (Il tousse.)

madame bergeret. — Voilà encore Thon Dieu qui vous punit, t'nez, comme vous toussez.

le malade. — Ah! ali!.... ah!.... ah! c'est fini....

madame bergeret. — Voulez-vous l'bassin? Comme c'est gentil !

le malade, expectorant. — C'est à en mourir.

madame bergeret. — T'nez, j'ai déjeuné, c'est tout profit , j'n'ai plus faim. Quand on voit des horreurs semblables...

le malade. — Vous êtes une méchante femme.

madame bergeret. — Et vous un vieux dégoûtant , v'Ià ce que vous êtes. Si vous n'aviez pas été toute votre vie un vieux coureur , vous n'seriez pas si bien hypothéqué ; qu'vous vous en irez en putrifaclion ; ça , c'est sûr.

LE malade. — Et personne au monde pour venir à mon secours.

madame rergeret. — C'qui prouve bien que vous n'avez jamais été bon d'votre vie, c'est qu'il n'y a pas un chat qui s'intéresse à vous; tout l'inonde vous plante là.... et c'est bien fait.

le malade. — Vous m'assassinez.

madame bergeret. — J 'm'en vas m'en aller, car si vous m'mettez en colère, je n'sais pas ce que je vous ferais. Allez au diable...

LE malade. — C'est mourir à petit feu... Ah! mon Dieu ! (On frappe à ta porte de t' appartement.)

MADAME BERGERET. — Entrez !...

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