HE8EL
Jean Pierre Hébel naquit le 10 mai 1760 à Baie, où son père, pauvre tisserand du village de Hausen, dans le grand-duché de Bade, était jardinier, et sa mère domestique. Bientôt après son père mourut. Sa mère alors retourna dans son village, et c'est ainsi en courses fréquentes de Hausen à Baie, et dans la vallée de la Wiese, que se passèrent les premières années du jeune enfant. Quand sa mère fut aussi morte, ce qui ne tarda pas longtemps, des personnes charitables le destinèrent à l'état ecclésiastique, et
renvoyèrent faire ses études au gymnase de Carlsruhe. En 1798 il y obtint une chaire de professeur, et en fut même bientôt nommé directeur.
C'est là qu'il écrivit, dans le dialecte de sa contrée natale, ces charmantes poésies allémaniques, qui n'avaient primitivement pas d'autre but que de le consoler de l'éloignement de son village, et que s'assimilèrent de suite avec tant de joie toutes les populations de la Forêt-Noire.
Indépendamment de ces poésies, dédiées par lui aux amis de la nature et des mœurs champêtres, Hébel a aussi publié des histoires de la Bible, rédigées à sa façon pour l'usage des écoles, et un almanach intitulé Y Ami de la maison, qui se tira pendant bien des années à 40,000 exemplaires.
Déjà Commandeur de l'Ordre du Lion de Zaehringen, Hébel reçut en 1819 le titre de prélat, c'est-àdire la charge la plus éminente du clergé protestant, avec le droit de siéger à la chambre haute du grandduché. Quand il se vit au milieu de l'illustre assemblée, sa première pensée fut pour sa mère défunte : — Que dirait-elle, la pauvre femme, si elle voyait son Jean-Pierre en pareille compagnie? Hébel était d'une société des plus aimables et des plus gaies. Il resta toute sa vie très étroitement lié avec M. Haufe, orfèvre de Strasbourg, qui avait été son élève.
Pendant sa jeunesse, la fille d'un pasteur avait fait sur lui une vive impression, mais sa pauvreté et sa santé, mauvaise alors, furent considérées par lui comme une double obligation de ne se marier ja-
niais. Plus tard il regretta pourtant de ne l'avoir pas fait.
En 1809. une actrice de talent, nommée 3Ime Rende!, donna à Carlsruhe plusieurs représentations, en récitant dans les entr'actes quelques morceaux de Hébel. Malgré son titre de conseiller ecclésiastique et ses 49 ans, le poète fut tellement épris du mérite et des grâces de l'actrice, qu'il ne cessa alors de la vanter à ses amis, d'un ton d'émotion souriante et pure, comme tout ce qui émanait de son âme virginale.
— Je comprends très bien, écrivait-il à la fin de l'année 1809, que pendant quatre semaines qu'a passées ici Mme Hendel, j'aie vécu dans un tel tourbillon de merveilles azurées et de flâneries esthétiques, que je ne pouvais écrire. En sus de ses représentations mimiques, elle a donné Médée (nous savons ça), Jeanne d\\rc, Orsina dans Emilia Galotti^ deux fois la Phèdre de Schiller, et une déclamation académique. 3Iais la manière ! Souvent il me semblait, en la voyant dans toute la gloire de son art et de son génie, que je me trouvais en rapport avec un être surhumain, et que cela finirait mal.
Lundi, cela se réalisa presque. Elle déclama ce jour-là au théâtre, deux fois de suite, Jean et Véronique^ avec un succès énorme. C'était bon. D'après le programme, une scène de Macbeth devait suivre, mais ne voilà— t— il pas qu'elle se mit à me sourire avec malice (j'étais à Favant-scène), comme si elle
avait eu une friponnerie en tête, et commença, à nia grande surprise, à déclamer la Préférence:
— A Fribourg:, dans la ville, on ne voit rien de laid.
c'était encore bon, mais quand elle arriva à :
— Là, dans une chaumière, entre, puis sort quelqu'un ! Qui donc? oh! ne crois pas qu'on le dise à chacun,
au lieu de dire :
— C'est une elle et non pas un lui qui la première,
elle se tourna vers moi, me sourit et dit :
— C'est un lui et pas une elle, etc. ,
en me désignant. Qu'en dites-vous? Une actrice et un conseiller ecclésiastique en présence du grandduc, de la cour, du prince de Thurn et Taxis, beaucoup d'étrangers, et €00 autres personnes !
Quelque chose de pareil est-il déjà arrivé à un conseiller ecclésiastique? A moi pas encore; pourtant cela se passa assez bien. Les longs et bruyants applaudissements l'empêchèrent de finir; elle remercia, mais pas en silence, tout haut, en ajoutant" qu'elle devait ce bonheur (je ne veux pas répéter tout cela ici) à son ami Hébel, dont la présence Finspirait.
Après le spectacle , j'allai la remercier dans sa chambre par une embrassade, c'était bon aussi; et l'emmenai dans une soirée, où, pour récompense, je lui donnai une représentation héroï-tragique, aussi bien que je le pouvais comme novice. Je me jetai à minuit par une porte de balcon en projet (sans balcon N. B.), que je prenais pour une fenêtre, et par laquelle je voulais vider ma pipe. La moitié la plus lourde du corps resta pourtant dans la salle, quoique ma tête fût à l'air au dehors, et à minuit elle n'était
pas non plus très légère. Tout cela sans aucun ennui, sans la moindre frayeur, sans une trace de douleur. Je ne comprends pas que j'aie été si calme et que je m'en sois tiré, maintenant que je suis de sang froid, mais il y a déjà un an que je crois Mme Hendel en possession de secrets artifices. Elle est partie lundi. Depuis lors, moi et son écureuil qu'elle m'a donné, nous faisons deux tristes figures. —
Hébel mourut en 1826 à Scliwetzingen, laissant une fortune de 14,000 fr., qu'il se proposait de convertir en une fondation grâce à laquelle les vieillards pauvres de son village eussent reçu gratis une chopine de vin. tous les dimanches, pour se réchauffer le cœur. La mort l'ayant surpris subitement, il ne put réaliser son projet. Vnc montagne qui domine la jolie vallée de la Wiese a reçu son nom. Dans un bosquet du parc de Carlsruhe, un monument en bronze a été élevé à sa mémoire, en 1835, par ses amis et ses admirateurs. On y lit entre autres inscriptions ces vers tirés de ses poésies :
— Lorsque devant tes pas le chemin se partage," Pour Bavoir quel côté te convient davantage. Parle à ta conscience: indubitablement
Elle te répondra, sachant bien l'allemand.
Et plus loin :
— 3Ialirré la nuit profonde et son obscurité,
Les étoiles aux eieux sont de toute beauté, Et l'on reconnaît bien à leur clarté chérie. Comme il fait bon là-haut dans notre autre patrie.
A leur apparition, les Poésies allémaniques de Hébel furent aussitôt applaudies et recommandées par Goethe et par Jean Paul.
— Je viens de relire pour la cinquième ou sixième fois, écrit Jean Paul dans le Journal du monde élégant, ce recueil de chants populaires, qui pourrait trouver place dans celui de Herder, si l'on osait faire un bouquet au moyen d'un autre. Noire poète allémanique a de la vie et du sentiment pour tout. Chaque étoile, chaque fleur devient pour lui une créature vivante. A travers toutes ses poésies, on est saisi par cette belle appropriation dont il pousse quelquefois la personnification allégorique jusqu'à la hardiesse et à l'humorisme; comme, par exemple, dans tout le premier morceau : la Wiese.
Il est naïf, il tient à la fois à Fart ancien et aux temps modernes; le plus souvent élégiaque et chrétien, d'autres fois romantique à effroi, il ne danse jamais sur la phrase, — il faut le lire, non pas une fois, mais dix fois, comme tout ce qui est simple.
Un doux éclat de soleil couchant rayonne de son âme belle et tranquille, sur toutes les hauteurs qu'il fait surgir.
Il remplace les fleurs poétiques par la déesse des fleurs elle-même, par la poésie. Il embouche d'une main la trompe alpestre des aspirations et des joies juvéniles, tout en montrant de l'autre les reflets du couchant sur les hauts glaciers, et commence à prier quand la cloche du soir se met à sonner sur les montagnes. —
De son côté, Gœthe écrivait dans le Journal littéraire de Jéna :
— L'auteur de ces poésies est en train de se con-
quérir une place à part sur le parnasse allemand. Son talent s'incline de deux côtés opposés. De l'un il observe d'un œil joyeux et frais les objets de la nature qui manifestent leur vie d'une manière palpable par leur accroissement et leur mouvement, et qu'ordinairement nous tenons pour inanimés. Par là il s'approche de la poésie descriptive, tout en sachant néanmoins avec d'heureuses personnifications placer ses tableaux à des hauteurs plus élevées de l'art. De l'autre coté, il s'applique à la didactique morale et à l'allégorie; mais là aussi cette personnification lui vient en aide, et de même que là il trouvait un esprit pour ses corps, de même il trouve ici un corps pour ses esprits. Cela ne lui réussit pas toujours, mais quand cela réussit, son œuvre est parfaite, et nous sommes d'avis que la plus grande partie mérite cet éloge.
Tandis que les anciens animent leur sujet par des figures idéales et divinisent la nature en substituant des Nymphes, des Dryades, des Hamadryades, aux rochers, aux arbres et aux fontaines, notre auteur change les différents objets de la nature en gens de la campagne, et paysanise tout dans l'univers, de la façon la plus naïve et la plus gracieuse, de sorte que le paysage, où Ton ne perd pourtant jamais de vue le paysan, semble ne plus faire qu'un avec lui dans notre imagination transportée et ravie. Du reste, l'auteur a parfaitement saisi le caractère de la poésie populaire, en en dégageant toujours, soit plus délicatement, soit plus fortement, la morale. Si l'homme
instruit éprouve dans tout son être une impression de cette œuvre, et veut en tirer une édification plus élevée, l'homme dans une position intellectuelle inférieure cherche en tout la morale, afin de l'appliquer aussitôt à son usage journalier. L'auteur, à notre avis, a pratiqué presque partout et avec beaucoup de goût, le fabula docet, si bien que le caractère de la poésie populaire s'exprime, sans que la jouissance esthétique en soit lésée le moins du monde. —
Hébel ne croyait pas à la possibilité de traduire ses poésies en haut allemand. — Ce serait absolument, disait-il, comme si on voulait introduire dans la haute société une fille de village en toilette de ville.
Cependant, après les applaudissements enthousiastes que lui donnèrent Jean Paul et Gœthe, les traducteurs se mirent à l'œuvre. Ces traductions, faites à l'intention des personnes qui ne comprennent pas le dialecte allémanique, sont déjà au nombre de quatre. La dernière date de 1851. Elle est magnifiquement illustrée. Quant à nous, bon nombre des morceaux de Hébel qui viennent ci-après ont déjà été publiés en 1846. A cette époque, plusieurs journaux, la Revue suisse entre autres et la Bibliothèque universelle de Genève, s'en occupèrent favorablement. En France, quelques journaux en parlèrent aussi : la Démocratie pacifique, le Moniteur des arts, etc. M. Ste-Beuve, à qui l'auteur prit la liberté d'en adresser un exemplaire, répondit que ce
n'était guère que par de pareilles échappées qu'il pénétrait de temps à autre dans la poésie allemande, laquelle était toujours un peu pour lui la Forêt- Noire. Qu'il nous soit permis de citer aussi comme renseignement sur la portée de cet essai, le passage suivant de l'article que lui consacra 31. le professeur Rapp, de Tubingen, clans les Annales du présent (Jahrbucher der Gegenwart~), en février 1847; nous traduisons :
— L'Idylle hébelienne est dans la littérature allemande, qui comporte cependant tant d'extravagances, quelque chose de si complètement à part, que nous ne la comprenons pas nous-mêmes dans le cercle ordinaire de la littérature. A nous, Allemands du sud, à qui Héhel tient si fortement au cœur, cela nous fait déjà mal quand on nous dit que quelqu'un a cherché à traduire ces poésies en haut-allemand; il y a là pour nous comme une profanation de l'intimité avec laquelle nous honorons ces produits. Qu'il surgisse maintenant un traducteur français de ces mystérieux trésors, et il tombera nécessairement sur nous une sorte d'épouvante, à voir un étranger oser évaporer ainsi dans la langue européenne de tout le monde, une chose qui exprime tout ce que nous avons de plus intime et de plus national.
Et pourtant, dans ce dernier cas, nous nous trouvons en erreur. Que notre langue allemande officielle ne soit pas apte à exprimer toute la teneur d'une poésie dialectique, cela est hors de question, car si Hébel avait pu dire les mêmes choses en haut-
allemand, pour quelle raison eût-il choisi cette forme poétique-là, toute familière qu'elle lui fût? Mais qu'un idiome tout à fait étranger soit aussi impropre à la même chose, c'est une conclusion précipitée et nous nous sommes convaincus de cette vérité en parcourant ce petit livre
— D'abord vient laWiese. La traduction prend tout au court. C'est souvent plutôt un excerpt qu'une véritable traduction. Mais il faut dire que vouloir tout conserver dans cette forme et dans cette langue n'était pas possible. Pour nous, le plus intéressant se trouve peut-être perdu, mais il en reste toujours assez pour rendre la chose appréciable à un Français, et ici c'est l'essentiel.
— Ensuite, il est justement bien plus difficile d'excerper une poésie en français que d'étendre l'étoffe en paraphrasant, ce que faisaient toujours les précédents traducteurs. M. Buchon a du moins évité en partie cette faute. Il ne manque cependant pas non plus dans ces poésies de petites méprises qui par-ci par-là touchent même au comique. Toutefois, après les observations ci-dessus, il est encore dans le fait digne d'admiration qu'un étranger ait pu tirer un tel parti de ce poète.
§ 2, ÂUERBÀCH.
Berthold Auerbach est né le 28 février 1812, à Nordstetten, dans cette partie de la Forêt-Noire qui appartient au Wurtemberg. Ses parents étaient des paysans juifs et avaient onze enfants. Auerbach vécut dans son village jusqu'à l'âge de douze ans. A cet âge, ses heureuses dispositions se faisant remarquer, on l'envoya à l'ennuyeuse école du Thahnucl, à Hechingen, avec l'espoir d'en faire un Rabbin. Mais bientôt il reconnut lui-même, à Carlsruhe, où il était venu compléter son instruction judaïque, combien une pareille carrière était incompatible avec son caractère. 11 joignit donc les études classiques à ses études des langues orientales et se voua définitivement à la vie civile. 11 entra alors au gymnase de Stuttgard, puis il alla essayer un cours de droit à Tubingen, mais le Code ne lui sourit pas plus que le Thalmud. 11 trouva plus d'intérêt aux leçons philosophiques du docteur Strauss, et les suivit assidûment.
Plus tard, à Munich, et enfin à Heidelberg, il suivit également les cours de Schelling et de plusieurs autres célèbres professeurs.
Cependant la Burschenschaft avait repris depuis quelque temps un nouvel élan dans les universités. Les neuf dixièmes de la jeunesse impatiente en faisaient partie, avec la prétention de résumer en elle la Jeune Allemagne. Les arrêts de la Diète auxquels
XVÏÏÎ
regrette la maison paternelle, la jeune fille séduite, le vagabond, que sais-je ? ils y sont tous. Le tableau est vaste, compliqué, et présente plus d'un écueil. Immermann écrivait simplement un épisode ; ici, c'est toute une société, pour ainsi dire. L'auteur ne vat— il pas se répéter? Évitera-t-il la monotonie d'une inspiration unique? Ces craintes sont permises; cependant, lorsqu'on a vu, dès les premières pages, cette sobriété de détails , cet amour contenu, ces leçons directes ou cachées, ce sentiment populaire et libéral, discrètement ménagé, et qui anime toutefois ces vivants tableaux, on est vite rassuré ; cette tâche si difficile est confiée à un artiste sérieux qui la peut mener à bien. —
Auerbach ne se contente pas d'être le peintre de la vie populaire, pour l'agrément du beau monde, il songe aussi à l'urgence de porter dans le peuple l'instruction et la lumière. Dans ce but, il publie de 1845 à 184S un almanach intitulé le Compère, qui se vendait annuellement au nombre de 80,000 exemplaires. Entre-temps paraît le second volume de ses Scènes villageoises, comprenant: les Repris de justice, la Femme du Professeur, et Lucifer. Avec tout le charme émouvant du premier, ce volume a pourtant quelque chose de plus pénétrant encore. Le premier fait rêver, le second fait penser. Vers la même époque, Auerbach publie aussi clans un volume intitulé Schrift und Volk, Livre et peuple, ses ingénieux aperçus sur cette grave question de l'art populaire, et cela sous les auspices du nom et des œuvres de Hébel.
Àuerbach, qui s'était marié à Breslau, ayant perdu sa femme, demeura retiré dans sa douleur pendant les événements de 1848. Une seule fois on le vit prendre la parole dans une assemblée populaire, pour combattre avec un plein succès les prétentions du panslavisme à envahir tout le parcours de l'Oder. Il était à Vienne au moment de la révolution autrichienne. Son Journal de Tienne contient ses souvenirs de cette époque. De là il visita le Tyrol, où il conçut Tidée d'une tragédie sur Andréas Ilofer, le héros de l'indépendance montagnarde contre Napoléon. Cette tentative ne fut pas heureuse.
En 1851 parut la seconde édition de ses Soirées allemandes , comprenant : Les Hommes aimés , Qu'est- ce que le bonheur? la Fille du forestier, et le Joueur de violon. Sa dernière publication est un roman en trois volumes, intitulé : Vie nouvelle. Ce roman se rattache d'une manière plus nette encore et plus intime à ses précédents travaux populaires, et représente la vie du peuple après les dernières révolutions, comme ses livres antérieurs la représentaient avant ces événements.
Le troisième volume des Scènes villageoises doit paraître incessamment. Le premier a été traduit dans toutes les langues de l'Europe, et en anglais notamment, par Miss Taylor.
Auerbach, devenu protestant, s'est remarié depuis peu; il habite actuellement Dresde.
Un dernier mot avant de finir. Dans sa cavalière préface de ses Histoires de village, M. Weill nous apprend qu'il était chargé jadis des éreintements philosophiques de M. Gutzkow. Aujourd'hui il éprouve le besoin (Téreinter M. Auerbach et appelle les nouvelles de celuici les plus médiocres de toutes, tout en constatant d'assez mauvaise grâce leur immense succès. Ce sont là des allégations qui demanderaient des preuves. M. Weill n'en donne pas. Quant à nous, l'estime que nous faisons du talent de M. Weill ne peut nous empêcher d'apprécier aussi celui de M. Auerbach, précisément à cause de leur profonde dissemblance. Il y a, selon nous, place pour tout le monde au soleil de l'art. Nous sommes enchantés que M. Weill ait enfin daigné se traduire en français, ayant lu avec infiniment de plaisir les Nouvelles alsaciennes en 1847, quand les deux dernières parurent en volume, avec préface de M. Heine, comme supplément à la première édition. Nous sommes seulement surpris que M. Weill, qui a l'immense avantage d'écrire si vigoureusement les deux langues, et de pouvoir se mettre en rapport direct avec le public des deux rives du Rhin, se montre aujourd'hui si exclusif envers un absent. Si la générosité est exclusivement la vertu des forts, l'impartialité nous semble devoir être au moins celle de tout le monde.