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parle beaucoup de l’ignorance et de l'incapacité comme devant être refoulées et tenues à l’écart. Là n'est pas le danger réel; it est bien plutôt dans la capacité elle-même et le talent détournés de leur véritable but , dans un faux emploi des plus rares et des plus belles facultés. Si le savoir-faire venait à remplacer le savoir ; si l’habileté, la sagacité, la pénétration , l’activité , la persévérance , l’opiniâtreté, au lieu d’être consacrées à dévoiler les secrets de la nature et les mystères de I’ame humaine , ne servaient plus qu’à nouer et à poursuivre une intrigue, à se faire et à conserver une position sociale ou scientifique , plutôt encore qu’à marquer sa place dans la science par de sérieux et durables travaux, à organiser une coterie plutôt qu’à créer un système, à exploiter les hommes plulôt qu’à les éclairer, à enrôler la jeunesse sous un drapeau de secte ou de parti , à stimuler son ambition précoce par l’aprât des places et des honneurs , plutôt qu’à lui inspirer le goût pur et désintéressé de la science et à cultiver dans son cœur les généreux sentiments et les nobles passions, alors, il faudrait retourner la proposition du philosophe allemand et dire que le sens moral affaibli entraînerait inévitablement avec lui la déchéance du savoir et du talent , et que , manquant à leur destination morale, les corps savants manqueraient aussi à leur destination scientifique. Ces craintes sont exagérées, sans doute, mais Dieu veuille qu’elles soient sans nul fondement; que nous
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PRÉFACE
a vions Iracé à noire tour un tablcaude fantaisie et fait une utopie dans le sens pessimiste!
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La troisième leçon renferme, sur les conditions des e'ttides académiques , d’excellents conseils qui n'ont pas vieilli, ainsi qu’on pourra s’en convaincre. Si elle offre de l’intérêt, surtout par la forme et la date, elle se prête d’autant moins à l’analyse.
La première condition , pour cultiver convenablement son esprit et faire des progrès dans la science , c’est d 'apprendre : précepte banal , sans doute, mais non superflu. Que de jeunes gens , d’ailleurs heureusement doués, se figurent que le talent et l’imagination peuvent suppléer au savoir , se hâtent de fermer les livres pour saisir la plume,' sans s’y être préparés en amassant un trésor suffisant de connaissances positives ! De là tant de productions faibles et vides, do plans avortés, de travaux sans haleine. Qu’ils apprennent que les fortes conceptions ne s’improvisent pas ; qu’ils recueillent celte leçon de la bouche des plus grands maîtres ; qu’ils sachent que les esprits originaux et créateurs qui ont renouvelé la face des sciences ou des lettres, et dont les œuvres attestent la plus riche fécondité, s’étaient soumis à cette longue et pénible initiation ; qu’ils se rappellent Platon , écoulant Socrate pendant dix années , Aristote, restant vingt ans à l’école de Platon avant d’ouvrir la sienne, et recevant de son maître le surnom de liseur.
Qu’ils ne se laissent pas abuser par quelques excep-
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lions plus apparentes que réelles, et qui, mieux connues, rentrent dans la règle et la confirment. Si ces exemples étaient suivis, nous aurions moins de savants qui ignorent les premiers éléments des sciences, moins de littérateurs qu’il faudrait renvoyer à l’école, moins d’esprits originaux qui trouvent plus commode d’inventer que d’apprendre, moins de critiques habitués à juger sans connaître, et aussi peut-être moins d’ambitions déçues qui mènent si souvent ù une fin déplorable.
Quant aux maîtres chargés d’enseigner en public , ils doivent se garder de nourrir cette disposition dans la jeunesse , éviter le double écueil de viser à la popularité par une exposition superficielle et agréable, ou d’affecter une profondeur ennuyeuse qui se traîne péniblement sur les détails et les formules arides. Ce qui convient, c’est un enseignement à la fois solide et vivant , où le fond ne soit pas sacrifié à la forme ni la forme àunelourdeet pédantesque érudition. En effet, enseigner, comme apprendre , renferme ces deux point de vue qui jamais ne doivent se séparer. Apprendre , dans le vrai sens , ce n’est pas enregistrer dans sa mémoire des faits ou des idées, c'est en saisir l’es- j prit et s’en approprier la forme par Y exercice. Si l'exercice, cette partie essentielle de l’étude, porte princi- ‘ paiement sur la forme , qu’on n’oublie pasque celleci importe au fond comme le fond à la forme , qui , sans lui, reste vide. Dans toute science et dans tout art, il est un mode d’expression qui convient à l’idée,