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PRÉFACE
philosophes, Goethe (I) et Schiller, comme Schelling et Kant, et presque dans les mêmes termes. Schelling, en particulier, témoigne le plus grand mépris pour les modernes faiseurs de théories sur l’éducation , qui veulent substituer à l’étude des langues des connaissances positives dans les sciences naturelles ou abstraites. Il insiste sur ce qui a été tant de fois répété depuis , c’est que rien n’est plus propre à développer les facultés naissantes, la sagacité, la pénétration , l’invention , que l’étude des langues , et principalement des langues anciennes , que l’analyse de ce merveilleux mécanisme du langage, qui reproduit l’organisme de la pensée, avec ses tours, ses nuances et ses délicatesses les plus subtiles. C’est, d’ailleurs, une logique appliquée et concrète, éminemment propre à exercer le raisonnement ou la faculté de deviner les possibilités logiques : utile préparation à toutes les sciences, qui donne à l'intelligence plus de force et de souplesse, et la développe de la manière la plus conforme à sa nature , puisqu’elle lui présente, comme dans un miroir, sa propre image , et lui fait reconnaître, dans une langue morte, l’esprit vivant qui l’anime, et qui a passé, en partie,
dans nos langues modernes.
Ce que Schelling dit ensuite des rapports de la
(t) « L’étude de la littérature grecque et romaine doit rester toujours la base de la haute culture intellectuelle » ( Goethe , Maximes et Réflexions , 6* part . )
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philologie et de la science de la nature , tient de plus . près à son système , et mérite d’étre remarqué.
11 distingue , d’abord , l’étude proprement dite des langues de la philologie , à laquelle il assigne un rang très-élevé dans la hiérarchie des sciences. Sa tâche étant la construction des œuvres de l’art et de la science, il la rattache à la philosophie de l'histoire. Or, cette science qu’ont illustrée les travaux des Wolf , des Heine, des Schlegel , des Creuzer , des Humboldt, et qui fait la gloire de l’Allemagne, lui parait avoir les plus grandes analogies avec l’étude de la nature. La nature est aussi un livre, une langue morte, un vieux monument, un auteur ancien par excellence. C’est un poème divin dont nous ne possédons que des fragments. Si Bacon appelle la ■ \ méthode des sciences naturelles une interprétation de f la nature , le mot est vrai dans le sens le plus élevé, , L’esprit divin qui anime les êtres de la création , se manifeste , ^se révèle en eux. Les phénomènes de la nature sont des signes et des symboles ; ses lois des idées. Dans leur ensemble ils représentent le développement de la pensée divine. Donc , s’exercer à connaître ces phénomènes , à en découvrir le sens et la pensée cachée, à trouver la cléde ces hyéroglyphes gravés par la main de Dieu, c’est faire comme le philologue qui reconstruit les œuvres de la littérature par l’interprétation du texte ancien. Le naturaliste cherche à coordonner les fragments du poème de la nature , de celte épopée inachevée et écrite dans les
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entrailles de la terre. Ainsi , le philologue et le naturaliste se correspondant, Wolf et Cuvier accomplissent la même œuvre. L’alliance des deux sciences se personnifiera dans les Humboldt. — Sans doute cen’est pas la première fois que plusieurs de ces expressions apparaissent dans la langue philosophique ; mais elles n’ont pris cette signification et cette étendue que dans le système de V identité.
Quatrième leçon. Après ces considérations générales , Schclling passe à l’examen des principales branches de l’enseignemeut académique. Dans l’ordre naturel se placent d’abord les sciences qui se rapprochent le plus de la science première ou absolue et on offrent le reflet le plus immédiat ; ce sont les sciences rationnelles pures, les mathématiques et la philosophie.
Pour démontrer ce rapport, il remonte à l’idée du savoir absolu tel qu’il doit se concevoir dans son système. Le savoir absolu est celui dans lequel les deux termes de la connaissance, l’universel et le particulier, l’idéal et le réel , le sujet et l’objet, conciliés , confondus et identifiés, se résolvent dans l’unité et l’identité , base et principe de toute pensée comme de toute existence. Sans entreprendre une démonstration en forme, il essaie de l’établir indirectement en montrant que toute connaissance qui ne porte que sur un des deux termes isolé de l’autre n’est pas le vrai savoir. Ainsi, d’un côté , la connaissance du particulier isolé du général , de l’universel , est vide et
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privée de sens; elle est on outre multiple et variable. C’est la forme sans le fond. D’autre part , l’univefsel pur, c’est l’essence sans la forme, c’est-à-dire une abstraction logique. En réalité, l’essence n’existe pas' plus sans la forme que la forme vraie sans l’essence qui la pénétre et la vivifie. La substance éternelle elle-même ne peut se concevoir sans des attributs qui la déterminent. C’est l’erreur commune des philosophes d’avoir admis séparément ces deux termes.; l Aussi, n’ont-ils pu passer de l’un à l’autre et combler l’intervalle. C’est la pierre d’achoppement de tous les systèmes. <
Toute connaissance véritablement absolue repose donc non sur l’opposition ou la distinction , mais sur l’identité de ces deux termes qui ne se dillerencient que dans leur développement. Telle est l’idée absolue de l’absolu lui-même. Toutefois , celui-ci ne se confond pas avec l’un ou l’autre des deux termes et ne s’y absorbe pas; il est leur essence commune; il se manifeste en eux , mais leur reste supérieur. Tl s’y manifeste de deux manières , sous la forme du réel dans la nature, sous celle de ['idéal dans l’homme ou dans l’histoire ; de là le monde réel et le monde idéal. Et ces deux mondes conservent le même ordre de priorité et de prédominance que les deux termes eux-mêmes.
Mais, sans sortir du monde réel ou physique, nous trouvons déjà l’identité des deux termes et l’absolu lui même dans deux existences qui en olfrent un dou-