‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 27 sur 89 · I.VIII · texte numérisé non relu

I.VIII

PKÉKACE

— Nous nous abstiendrons sur ce point , comme sur ce qui suit, de toute réflexion. De telles questions ne peuvent se discuter dans une préface. C’est au lecteur à juger si ces abstraites et vides formules, que l’auteur ne prend pas la peine de justifier, expliquent réellement l’histoire et les principaux dogmes du Christianisme. — L’histoire, poursuit Schelling, n’est donc point une simple succession d’événements déterminés parle hasard, ni un enchaînement extérieur de causes et d’effets soumis seulement à des lois nécessaires. L’histoire, comme la nature, est déterminée par une cause unique et universelle. Comme elle, elle procède d’une unité éternelle; elle manifeste l’absolu par une de ses faces , le côté idéal. Or, ce qui est vrai de l’histoire, en général, l’est, à plus forte raison, de ('histoire de la religion ; elle est fondée sur une nécessité éternelle ; on peut donc la construire philosophiquement. Le plan en est facile à saisir; il est donné par la division du monde en deux parts , par l’oppositipn du monde ancien et du monde moderne. Le monde ancien , on l’a vu, est le côté naturel de l’histoire; il représente l’infini retenu, enveloppé dans le fini. Il cesse lorsque le véritable infinidescend dans le fini, non pour le diviniser, mais pour l’immo 1er et le réconcilier avec son principe. L’idée première du Christianisme est le Dieu fait homme, le Christ comme sommet et fin de l’ancien monde des dieux; il revêt l’humanité dans sa bassesse et non dans sa grandeur. De plus, il ne reste pas au sein du fini;

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manifestation passagère dans le temps , il retourne dans le monde invisible et laisse à sa place le principe idéal , l’esprit, qui ramène le fini à l’infini et est la lumière du monde nouveau.

Telles sont les idées principales qui sont indiquées plutôt que développées dans cette leçon. On y reconnaîtra facilement legermc de plusieurs doctrines plus récentes où l’on a cherché àexpliquer les principaux dogmes du Christianisme et sa place dans l’histoire. En négligeant les points particuliers que l'auteur a plusieurs fois modifiés , nous ferons remarquer que , comme toute opposition dans ce système , celle du monde ancien et du monde moderne, qui sert de base à la construction historique du Christianisme , recouvre une identité et un développement continu. Ainsi , dès le commencement , si Schelling ne parle pas de la refigion indienne, c’est que, dit-il , elle ne forme pas, sous ce rapport, une opsition avec le Christianisme, bien qu’elle ne s’accorde pas «avec lui. D’un autre côté, le Christ est à la fois le sommet et la fin de l’ancien monde des dieux. Un monde intellectuel était enfermé dans les fables grecques qui, en se dépouillant de son enveloppe, a dù passer dans le symbole chrétien. D’ailleurs, à côté de la religion populaire, une religion idéale, spiritualiste, existait dans les mystères. La mythologie était le côté exotérique de la religion grecque, les mystères le côté ésotérique. On trouvera le développement de celle idée dans le morceau sur

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les mystères de l antiquité ( p. 333), que nous avons donné comme éclaircissement ( voyez aussi p. 217). La leçon suivante la reproduit d'aillcursd'onc manière non équivoque dans la critique du point de vue contraire.

Neuvième leçon. Après avoir posé ces principes , Schelling, les applique à l'élude de la théologie, Kl il fait la critique des diverses manières dont cette science est traitée et enseignée.

Il combat d'abord celle qui présente le Christianisme comme un évènement isolé dans le temps, comme une œuvre particulière de la providence divine. Selon lui, non seulement le Christianisme se lie à l’histoire entière du monde , mais il en est la suite , le développement. De plus, son origine s’explique naturellement, ce qui ne lui ôte pas son caractère divin. Les esprits étaientpréparésàrecevoir la religion nouvelle par le malheur des temps, par la satiété des jouissances matérielles, par la corruption portée à son comble. D'ailleurs, le Christianisme préexistait à lui même et en dehors de lui-méme, dans le judaïsme, dans les mystères de la Grèce, dans les antiques religions de l’Orient. U affirme l’idcntilédcs dogmes chrétiens avec ceux de la religion indienne, alors peu connue, d’après des analogies plus extérieures que réelles. Il distingue dans l’histoire deux tendances : l’une sensualiste, qui se développe dans le polythéisme; l’autre idéaliste. Les cultes de l’Inde, de la Perse, de l'Égypte,

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les mystères de la Grèce, le pylhagorisnie, le platonisme, lui paraissent former la chaîne qui unit le Christianisme aux temps les plus reculés. Et ainsi se trouve établie sa thèse : L’histoire du Christianisme c’est l’histoire universelle.

Ces idées, qui ont été développéesdepuis dans une foule décrits en Allemagne et en France, cl qui forment encore aujourd’hui le sujet le plus ardent de la polémique religieuse, n’étaient pas alors précisément nouvelles, mais elles recevaient un aspect nouveau du principe fondamental du système de l’identité. Elles offraient le côté spéculatif ou métaphysique combiné avec lecôté historique, ce qui avait manqué aux systèmes précédents. Aussi, est-ce de ce côté que Schelling dirigesa polémique. Non seulement, dit-il, la théologie ne peut se passer de l’histoire envisagée au point de vue universel ; mais elle ne peut non plus s’isoler de la philosophie, qui a pour objet les plus hautes idées sur l’essence divine , la nature et l’histoire dans leur rapports naturels et avec Dieu. Seulement, il s’agit ici d’une philosophie vraiment spéculative , qui applique à ces sublimes objets, non les règles ordinaires de l'expérience et du raisonnement, mais la faculté supérieure de l’intelligence qui conçoit l’éternel, l’absolu et les idées médiatrices entre l’homme et Dieu.

Il passe ensuite en revue les diverses méthodes suivies dans l’enseignement de la théologie. Les principales qui sont incriminées sont : celle du rationalisme kantien, la théologie protestante , la méthode

exil

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philologiquectpsychologiquequi s’y rattachent. Ainsi, d’abord, il reproche à Kant et à son école d’avoir banni de la religion le sens spéculatif ou métaphysique , et , par là , détruit le fond du dogme; d’avoir également écarté le côté positif ou historique et remplacé l’un et l’autre par le sens moral ; de ne voir dans la Bible qu’un .enseignement moral déguisé sous des symboles ou des faits dont l’existence ou l’authenticité est indifférente; de réduire l’histoire religieuse à une allégorie morale, et d'avoir ainsi faussé le sens des écritures, dénaturé le fait sans pouvoir s’élever à l’idée.

Il n’est pas moins sévère à l’égard de la méthode protestante qui cherche à ramener le Christianisme à son sens primitif. Selon lui , c’est se tromper que de croire trouver le vrai Christianisme à son origine. Le dogme chrétien s’est développé pour le fond comme pour la forme. Les apôtres , les pères et les docteurs de l’Église, la scholastique elle-même, y ont mis successivement la main , non seulement l’ont systématisé , mais y ont ajouté de nouvelles idées. De sorte que, pour comprendre le Christianisme, il ne faut pas l’envisager à un point particulier, mais l’embrasser dans son histoire tout entière et son développement, qui, même actuellement , est loin d’être complet.

Le protestantisme lui paraîtdonc opposé à cet esprit d’universalité qui caractérise le Christianisme ; il rétrograde et supprime la continuité. Il substitue à l’au-

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