‹ Schelling. Écrits philosophiques et morceaux propres à donner une idée générale de son système. Traduits de l'allemandChapitre 75 sur 89 · AUT · texte numérisé non relu

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la contradiction étant posée, la libre activité est involontaire), le penchant artistique doit procéder du sentiment semblable d’une contradiction intérieure. Cotte contradiction, mettant en mouvement l'homme tout entier avec toutes ses forces, saisit , sans doute , ce qu’il y a de plus intime en lui, et la racine même de toute son existence. On dirait que , dans ces hommes rares , supérieurs aux autres artistes , dans le sens le plus élevé du mot , cet être identique et immuable , sur lequel leur existence est transportée , se dépouille des voiles dont il s’enveloppe chez les autres hommes , et , de même qu’il est immédiatement affecté par les choses , de même il réagit aussi immédiatement sur toutes, Seule donc, la contradiction, entre ce qui a et ce qui n’a pas conscience dans l’activité libre , peut mettre le penchant artistique en mouvement. Ainsi, à l’art seul il peut être donné de satisfaire notre effort infini , et de résoudre en nous la contradiction dernière et suprême.

De même que la production esthétique sort du sentiment d’une contradiction Insoluble en apparence ; de même , comme le savent les artistes et tous ceux qui participent à leur inspiration , elle s’achève dans le sentiment d’une harmonie infinie. Ce sentiment , qui accompagne le couronnement de l’œuvre , est en même temps une émotion 5 ce qui prouve que l’artiste attribue la solution complète de la contradiction, non à lui-même , mais à une faveur de la nature , qui , après avoir soulevé si inexorablement en lui cette

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liille intime , le délivre, avec une égale générosité , de la souffrance ({u’elle entretient. Et , en effet , de même que l'artiste , poussé involontairement à produire , lutte contre une résistance qu’il rencontre en lui (de là, chez les anciens, l’expression pan Deum , etc. , et l'idée d’inspiration par un souffle étranger ) , de. même l'objectif arrive à se produire sans son consentement, c’est-à-dire d’une manière purement objective. De même que l’homme qui obéit au destin exécute, non ce qu'il veut ou ce qu’il avait projeté , mais ce qu’il doit exécuter dans les desseins d’une destinée incompréhensible à laquelle il obéit , de même l’artiste , quelle que soit son intention à l’égard de ce qui est proprement objectif dans sa production , parait être sous l'influence d’urte force qui le sépare de tous les autres hommes, et le contraint à exprimer même des choses qu’il ne perçoit pas complètement , et dont le sens est infini. La rencontre absolue de cos deux activités qui se fuient n’étant plus explicable, mais n’étant qu’un phénomène qui ne peut être nié, tout incompréhensible qu'il soit, l’art est la révélation unique et éternelle de celle force suprême , et la merveille qui doit nous convaincre de sa réalité absolue.

De plus , si l’art est accompli par deux activités tout-à-fait distinctes l’une de l’autre, le génie n’est ni celle-ci , ni celle-là, il est ce qui plane au-dessus d’elles. Si , dans l’une de ces activités , celle qui a conscience , nous devons chercher ce que l’on nomme vulgairement l’art , quoique ce n’en soit qu’une par-

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lie ( je veux dire ce qui , dans l’art , est opéré avec conscience , réflexion et délibération , ce que l’on enseigne et ce que l’on apprend, ce qui peut être transmis par tradition et acquis par un exercice particulier), nous devons chercher, dans l'activité qui est sans conscience , ce qui entre spontanément dans l’art , sans être appris , ce que l’on ne peut acquérir ni par exercice, ni d’aucune autre manière, ce que nous appelons , en un mot , la poésie.

Il en résulte qu'il serait oiseux de demander laquelle de ces deux parties est supérieure à l’autre; puisque, dans le fait, elles n’ont l’une sans l’autre aucune valeur, et que ce n’est que réunies qu’elles produisent ce qu’il y a de plus élevé. Quoique l’on considère en général comme supérieure la partie qui ne s’acquière pas par l’exercice, et qui est innée en nous, les Dieux ont attaché indissolublement l’exercice de cette force originelle au travail opiniâtre des hommes, à l’étude et à la réflexion; de sorte que la poésie sans l’art n’enfante que des produits bruts , qui ne peuvent procurer de jouissance à aucun entendement humain , et qui , par la force aveugle qui s’y montre agissante, éloignent d’eux le jugement et même l’intuition.

L’art a plutôt la faculté de produire sans la poésie , que la poésie sans l’art; d’abord , parce qu’il est difficile de trouver un homme privé par la nature de toute poésie, quoiqu'il y en ait beaucoup qui soient sans art, ensuite parce que l’étude des grands mai-

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