‹ SchellingChapitre 10 sur 195 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. D'Alembert, lettre à Diderot : « L'univers pour qui saurait l'embrasser

d’une grande vue ne serait, s’il est permis de le croire, qu’un fait unique et une grande vérité. »

seule réalité toujours identique à elle-même. Tel est le sens de la formule : moi — moi !.

La pure expérience donne les objets. Le savoir philosophique est la construction par genèse de ces objets. Pour que la science soit une, il faut que le résultat de la construction coïncide avec le donné. Or c’est un axiome idéaliste qu'il n’est donné au moi que ce qu'il se donne lui-même par sa propre activité. En face de l’idéalisme, Schelling trouvait deux méthodes philosophiques affirmant à leur manière l’unité du savoir : celle des partisans de l’ontologie wolfienne, la méthode des concepts : d’après eux, l’unité du savoir est atteinte lorsque l’on à trouvé un principe abstrait, tel que le principe de raison suffisante, ou celui d'identité d’où l’on peut descendre, par voie syllogistique, de principes en conséquences jusqu'au donné qu'il s’agit d'expliquer; en second lieu la méthode des Kantiens orthodoxes qui, contre Fitche, prétendent maintenir l'esprit de la Critique. Elle consiste à prendre comme principe la conscience, considérée comme unité synthétique de l’aperception ou bien en général activité de représentation (Vorstellen). On peut, en effet, déduire de cette unité la nécessité de certaines formes de la connaissance.

Selon Schelling la première méthode est propre, dans l’histoire de la philosophie, à ces périodes de repos, où l’on cherche à fixer, en formules abstraites, ce que l'on croit être la « philosophie définitive ». Nous sommes maintenant dans une période inquiète, troublée, « révolutionnaire », où la fragile écorce des formules éclate sous la poussée de l'intuition. Le début de la Théorie de la science est consacré à démontrer que les principes abstraits (principes d'identité et de raison) ne sont que des formes de l’activité du moi, dans lesquelles il a été fait abstraction de cette activité qui les pose, et qui seule leur donne une signification’. Le philosophe doit avoir,

1. Contre les principes abstraitset la méthode des concepts, cf. p. 450, p. 184; p. 422-493; p. 376.

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avant tout, le sens du réel, ce qui signifie le sens de la réalité de sa propre existence, de son propre moi; il ne doit pas être comme ceux pour qui « leur propre existence elle-même n’est rien qu'une pensée languissante! ».

Schelling rattache cette manière de philosopher à Spinoza et à Kant. La substance de Spinoza n’est pas en effet une notion abstraite de genre ou d'espèce; c’est un être plus réel que tous les autres puisqu'il contient toute réalité?. Ilest sûr cependant que c’est de Kant et de son analyse métaphysique de la connaissance que le procédé dérive directement. L’abstraction consiste toujours à isoler les éléments d’un tout. Mais, dans l’abstraction ordinaire, l’abstraction telle que la considère Locke et les psychologues qui en sont issus, les éléments de ce tout sont en une certaine mesure homogènes, ont une ‘égale valeur par rapport à lui; ce sont par exemple les différentes qualités dont la somme constitue un corps. Bien autre chose est l’abstraction conçue à la facon de Kant : l’abstrait n’est plus l'unité qui avec d’autres reconstitue le tout, mais c'est vraiment l’incomplet qui pris en lui-même ne pourra jamais être considéré comme une donnée de la connaissance, la connaissance n’existant comme telle que lorsqu'il se complète par d’autres. L’abstrait c’est la simple forme, la loi de la connaissance, ce qui donnera à l'esprit la règle de ses connaissances réelles; il est donc incomplet, non seulement en tant qu'être, ce que tout le monde admettait jusqu'ici, mais en tant que connaissance.

Ce côté du Kantisme a beaucoup frappé Fichte et à sa suite Schelling dont il restera une des pensées maitresses ; nous verrons plus tard, par exemple, qu’il n’a jamais pu comprendre l’hégélianisme que comme une réaction contre cette idée, et par conséquent comme un retour en arrière. Il s’ensuivait nécessairement que l’analyse kantienne de la connaissance, en dégageant les

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ré

éléments, ne peut nullement arriver au principe réel de la science et que l’œuvre de Kant doit être conçue au sens propre, comme une critique, c’est-à-dire comme la partie négative et la propédeutique nécessaire de la philosophie future. En dégageant l’entendement faculté des concepts, de l’intuition sensible, en en montrant le caractère incomplet, Kant a définitivement supprimé l’entendement comme faculté de saisir les principes premiers. Il en a fait une faculté secondaire, qui n’a pas en elle-même toute sa signification.

La critique des principes abstraits vient ici coïncider avec celle de la méthode des kantiens orthodoxes. Aussi bien, d’une part, on ne pouvait guère s'inquiéter, après la révolution kantienne, du retour offensi! des Wolfiens, et, d'autre part, le Kantisme orthodoxe retombe, d’aprèsSchelling, exactement dans les mêmes erreurs que Kant avait dissipées. Cette critique pourrait s'appeler : Kant contre Kant. Il y a là, en effet, en jeu, deux interprétations du kantisme. Selon Schelling, les Kantiens, en prenant comme principe de la philosophie la conscience, donnent une valeur dogmatique à ce qui, chez Kant, n'a qu'une valeur critique. Il en est sorti un étrange idéalisme qui, par certains côtés, est aussi dogmatisme, puisqu’il admet des choses en soi.

La conscience a, dans le Kantisme, en tant qu'unité synthétique de l’aperception, une valeur purement formelle; en tant que principe des catégories, elle est identique à l’entendement lui-même; et c’est pour la même raison qu'il faut rejeter comme principe la conscience et l’entendement. Parlez-vous de la conscience? C’est un principe incomplet parce que la matière et le contenu de nos connaissances ne sont pas donnés en elle : si donc la conscience est, comme on le dit, coextensive au moi, il faudra que nous cherchions cette matière en dehors de nous, dans des choses en soi, que nous ne saurons jamais comment réunir à nous. Ce n’est pas là la position de Kant lui-même : Kant a isolé, analysé, mais non

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