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pas pour séparer; les continuateurs de Kant doivent réunir et se livrer à un travail de construction et de synthèse.
La conscience est donc une faculté seconde, une faculté que l’on peut déduire. Et cela sonne étrangement à nos oreilles; mais pour bien en apprécier la signification, il faut comprendre qu'elle n’est pas pour un Kantien cette connaissance pleine qu'a décrite Maine de Biran ; elle est conçue dans le sens formel de liaison des phénomènes et d'unité de cette liaison. Elle laisse donc échapper, si on la considère en elle-même et à part, tout le contenu de la connaissance. La conscience, telle qu’on l’entend ici, est donc trop pauvre pour servir de principe. Schelling veut une connaissance qui comprenne en une unité la forme et le contenu, le concept et la matière; l'idéal, l’activité du sujet et le réel (objet de la connaissance) doivent y être identiques; être et connaitre ne doivent pas être séparés dans cette connaissance première et immédiate. Une pareille connaissance est ce que l’on appelle une intuition intellectuelle, et nous pouvons ajouter qu’une seule réalité y satisfait, c’est celle du moi. Le moi n’est qu'en tant qu’il se connaît, et il ne se connaît qu'en tant qu'il est; il est à la fois réel et idéal, subjectif et objectif. (On le voit, toutes ces expressions qui joueront plus tard un grand rôle dans la philosophie de la nature et de l'identité sont nettement d’origine fichtéenne?). Ce n’est donc ni l’unité d’un principe, ni l'unité de la conscience qui assure l'unité du savoir; c’est seulement l'intuition intellectuelle.
Jusqu'à quel point cette intuition est-elle seulement une construction artificielle faite exprès pour résoudre Ja difficulté? Jusqu'à quel point est-elle au contraire expérience immédiate et vécue? Elle se présente certainement sous un double aspect : tantôt on nous en parle
1. Sur l'interprétation juste du kantisme, p. 175-249; 355-363: sur sa fausse interprétation, qui en fait une histoire de la conscience, p. 363-374. 2. P. 380; p. 163.
comme d’une condition universelle précédant nécessairement la conscience qui n’en est que la trace et comme le dessin; tantôt au contraire on nous dit qu’elle est la faculté philosophique, appartenant exclusivement à une bien petite minorité de philosophes. En un mot elle est tantôt l'intuition productrice du réel!, tantôt l'organe de connaissance du réel?.
Il est indéniable que, sous le premier aspect, l’intuition est bien réellement une construction. L'activité infinie du moi ne produirait rien de déterminé; pour qu’elle produise quelque chose d’existant, il faut qu'elle soit momentanément limitée; l’intuition est la synthèse de cette activité infinie et de cette limite. Ne voyez-vous dans un être donné que la limite, ce par quoi il diffère des autres? Vous ne déterminez nullement par là la nature de cet être; n’y voyez-vous au contraire que l’activité pro ductrice qui en fait le fond? Cette activité, cette force étant toujours celle du moi ne détermine pas davantage cet être comme tel plutôt qu'un autre. La trace que laisse cette activité infinie (ici Schelling interprète pour l’accommoder à la philosophie nouvelle la théorie des intuitions sensibles de Kant) c’est l’espace sans limites dans lequel elle s’épand librement; mais la trace que laisse l’activité qui limite, c’est le temps qui ne permet aux choses que l'existence successive, c’est-à-dire exclusive l’une de l’autre. Toute intuition repose sur une synthèse de l’espace et du temps, de l’illimité et de la limite.
Sous le second aspect, comme organe de la connaissance philosophique, l'intuition est un sentiment vif de l’activité productrice du moi. La philosophie étudie non pas l'être donné, mais l'être dans son devenir, sa formation. Ce devenir lui-même n’est pas le pseudo-devenir où l'être nouveau nous apparait soit comme une conclusion logique, soit comme une combinaison nouvelle d'êtres préexistants; c’est un véritable devenir, une naissance