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LA CONNAISSANCE DE L'ABSOLU

Schelling songe d’ailleurs si peu à s'appuyer sur la réussite, quil fait un constant grief à Fichte de n'avoir édifié son système que pour les avantages pratiques qu’il y trouvait !.

En revanche, ce qui ne peut être justification peut devenir matière d’une grave objection que Fichte ne manque pas de lui faire. Si l'intuition a une valeur réelle, la philosophie de la nature d’une part doit être d’accord avec l'expérience, d'autre part peut être mise en demeure d'indiquer, dans une région encore inexplorée de l'expérience, une expérimentation avec ses résultats. Or le premier point est en principe impossible, parce que la connaissance a priori ne peut atteindre que les catégories issues de la réflexion constitutive du monde sensible ?; donc les courtes et séduisantes démonstrations a priori par lesquelles Schelling remplace l’expérimentation ne sont valables qu’en apparence * et ses prétendues explications ne sont que des allégories poétiques #. Aussi était-il sûr d'avance qu'il ne pourrait répondre à la mise en demeure.

On voit comment déjà se pressent les éternelles objections contre toute philosophie de la nature. L'objet de notre prétendue intuition et l’objet d'expérience sont deux. — Nullement, répond Schelling ; il y a plutôt deux expériences; ou plutôt il y a une expérience qui est la vôtre, dans laquelle les objets sont désubjectivés, séparés du tout5. « Je vois, dites-vous, la matière comme une multiplicité étendue dans l’espace, divisible et limitée. — L'erreur fondamentale, voilà ma réponse, est que tu penses la voir, tu peux aussi bien m'assurer que tu vois les taches du soleil, faisant ainsi une vision de ton incapacité de voir. Tu contemples, sans Le savoir

. Surtout p. 79-80.

. Ibid., p. 98.

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ni le vouloir, l'unité de ce qui est lié avec le lien, c'est-àdire le lien lui-même; tout le reste, tu peux le penser ou l’imaginer, non le voir en vérité. » Il faut revenir pour le comprendre à l'impression immédiate, à la « simplicité originaire de l'acte de voir et de sentir ». Cet appel d’une expérience fausse à une expérience élargie rend d’ailleurs également illusoire toute distinction entre vérités a posteriori et vérités a priori : toute vérité (Schelling l’avait déjà ditavec moins de force) est originairement vérité d'expérience, et devient a priori par son entrée dans le système !; Dieu est une vérité expérimentale. L'erreur, dira-t-il plus tard, est d’avoir identifié le monde sensible et le monde de l'expérience, alors que l’idéal est dans le réel objet d’expérience. Aussi doit-on croire à un accord final et complet entre la science expérimentale et la philosophie nouvelle.

Pour le second point, l'exigence de Fichte, prise à la rigueur, n’a pas de sens, puisqu'elle suppose des sphères isolées dans la nature, où toutes les forces sont partout présentes; cependant Schelling se vante ici comme bien souvent d’avoir prédit des découvertes, ici les expériences de Coulomb sur la polarité du zinc et de l’argent, comme beaucoup plus tard les expériences de Faraday sur l’électro-magnétisme ?.

Ces réponses ne justifient naturellement pas l'intuition ; du moins elles montrent qu’elle n’est pas impossible.

Elles ne prouvent finalement l'intuition que par l’expérience qu'il en à, c’est-à-dire le sentiment contraignant

de sa réalité présente sur un tempérament intellectuel, tel que celui de Schelling; c’est au fond le sentiment

1. Einleitung zu dem Entwurf (1799), [, ur, 278; cf. Darleg., p. 99 sq.

2. P. 107-110. La réplique est-elle valable ? Il y a une distance infinie entre l'affirmation générale d’un rapport entre le magnétisme et l’électricité (c'est la philosophie de la nature) et la recherche de la loi précise à laquelle il est soumis (c’est la science). Supprimez de la science toute considération sur la quantité, considérations tout à fait accidentelles à un point de vue non pratique et purement spéculatif, il restera les affirmations de la philosophie de la nature.

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