LA VISION PERSONNELLE DU MONDE
puissant de la réalité absolue, primitive de l'idéal et du spirituel. Fichte, cependant, n’est pas moins spiritualiste; mais il y a une différence. Si l'esprit est essentiellement ce qui établit la liaison entre des termes discontinus, ce qui absorbe les êtres séparés, ce qui supprime l’impénétrable, il y a, pourrait-on dire, deux esprits : l'esprit conquérant, dominateur, pour qui il y a, primitivement, une réalité discontinue qu'il faut vaincre et absorber; c’est l'idéal tel que l’entendait Fichte; et l’esprit amour, où toutes choses viennent se fondre, à qui la discontinuité n'apparaît nullement comme un fait primitif, mais comme une déchéance et une faute contre l’amour; le sentiment fondamental de Schelling, c'est l'émotion du continu. « Qui pourrait, sans une profonde émotion, contempler dans la totalité du monde ce courant éternellement actif et fécondant qui déborde sur ses rives, brise ce qui momentanément le contient, mais pour s’introduire ailleurs, sans jamais y séjourner ni être assujetti!. » Pour Fichte, la continuité est en quelque sorte une limite vers laquelle tend la réalité, la vie réelle et sérieuse amène à tenir compte du monde morcelé et discontinu, de ce lieu où rien n’est éternel; rien de tragique ni de douloureux dans cette vision, comme le lui reproche Schelling?. Là où Schelling doit voir, dans le refus à s’'épancher, un désir de haine et de contradiction ÿ, Fichte n’aperçoit que la volonté de dominer, l'occasion de bravoure et d’héroïsme. Au contraire, ce monde de la réflexion, où les choses s’isolent hostilement, ne peut être pour Schelling qu’une sorte de cauchemar affreux, heureusement sans réalité véritables.
C'était l'époque où Fichte tentait de couronner son