Darleg
BAADER. 187
Schelling avait jusqu'ici développé surtout le côté scientifique. Ce ne fut pas seulement la polémique, ce furent aussi les nouvelles conditions dans lesquelles il vécut à Münich qui firent pencher la balance du côté du mysticisme !.
En 1806, Würzburg fut détaché de la Bavière et donné à un prince autrichien ; immédiatement éclata une réaction cléricale qui rendit impossible le séjour de l’université aux professeurs protestants. Schelling vint à Münich, capitale du nouveau royaume institué sous le protectorat de Napoléon. Il est fort peu occupé par sa situation de secrétaire général de l’Académie des Beaux-Arts (1807), puis de secrétaire de la classe philosophique de l’Académie des sciences; il reste sans chaire pour exposer sa doctrine; aucune polémique ne vient interrompre sa tranquillité de fonctionnaire notable et très loyaliste. Il échappa même, semble-t-il, par cette attitude réservée à l'hostilité des Münichois contre les savants étrangers et protestants. En somme, malgré les visites de M”° de Staël, d'A. W. Schlegel sur lesquelles la correspondance de Caroline nous renseigne, il vit dans l'isolement et presque dans l’obscurité. C’est à ce moment qu’il se lie intimement avec Baader, le philosophe de Ia nature, disciple de J. Bæœhme et de Saint-Martin. Baader suivait dès le début les œuvres de Schelling'; il le considère d’abord comme un élève de Fichte, dont il réprouve la philosophie égoiïste?. Un peu plus tard, à l'annonce des Jdeen, il se déclare « peu satisfait de lui. Quand on est arrivé à reconnaître la dualité interne, les deux forces ou natures en conflit, il est vraiment impardonnable de méconnaïtre la troisième, celle en quiet pour qui seule les deux autres peuvent être efficaces et qui en les séparant et en les dissociant, les tient cependant réuniesÿ ». Schelling devait satisfaire à ces critiques; car on croirait lire ici l’essentiel