Sur ce qui suit, cf. K. Fischer
9. Lettre à Jacobi du 3 janv. 1798 (Sämmtl. Werke, vol. XV, p. 178). 3. Lettre à Jacobi du 8 fév. 1798, ibid.
des reproches adressés par lui à la dynamique kantienne. A Münich, Baader attira l'attention de Schelling sur le grand mystique Jacob Bæhme dont la caractéristique est, comme on le sait, sans s’attarder à l'expérience mystique immédiate, d'y avoir cherché les linéaments d’une sorte d'histoire métaphysique de Dieu et de l’homme. De plus Baader semble lui avoir inspiré le goût des phénomènes où paraissent se montrer des « forces inconnues » dont l’action dépasserait le mécanisme ordinaire et qui donnerait comme une vérification expérimentale à la philosophie de la nature. À partir de ce moment Schelling parle sans cesse d’ « expérience » ; la magie, l’alchimie, les faits de somnambulisme apparaissent dans ses œuvres avec une signification universelle. Il consacre une longue note à Campetti, le sujet déjà étudié par Ritter et que Baader lui fit connaître ; Campetti employait le bâton magique pour découvrir sous la terre les sources et les métaux!. Schelling voyait dans cette interaction immédiate de l’âme humaine et des corps terrestres une preuve de leur parenté originaire. Ce n'est pas que Schelling soit devenu théosophe. Lorsqu'il se sépara de Baader en 1819, ils virent bien l’un et l’autre la différence qui les divisait. La théosophie n’est pas dans l’objet mais dans la méthode par laquelle on l’atteint : méthode d'’intuition directe, d'expérience devant laquelle, surtout à partir de cette époque, Schelling fait toute réserve 2.
Le triste événement de la mort de Caroline, survenue après une très courte maladie, le 7 septembre 1809, ne contribua sans doute pas peu à confirmer ces tendances mystiques. C’est à partir de ce moment que hante son imagination, sous une forme singulièrement concrète, la question de l’immortalité de l'âme; son spiritualisme devient spiritisme; le monde des forces spirituelles se trans-
1. Article intitulé Notiz von den neuen Versuchen über die Eigenschaften der Erz und Wasserfühler und die damit zusammenhängenden Erscheinungen (I, vi, 487-497).
2. Pour la caractéristique propre de la théosophie, cf. I, x, p. 165.
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forme en un monde d’esprits personnels, habitant une région séparée de l'univers!. L'amitié de Pauline Gotter, fille d’une amie de Caroline qui habitait alors près d’Iéna, lui fut en cette circonstance d’un grand secours ; Schelling sentait, comme autrefois après la mort d’Auguste Bühmer, le besoin d'un appui moral; il le trouva en Pauline; une correspondance s’établit entre eux; trois ans après, en juillet 1812, il l’'épousait.
Il résulte de la polémique avec Fichte? qu’il se présentait, dans l'esprit de Schelling, une opposition formelle entre une morale fondée sur l’idée du progrès, d’un idéal à réaliser, et une morale religieuse fondée sur l’union primitive et essentielle de l’homme avec Dieu, union qui existe et continue toujours à exister en elle-même, mais qui, obscurcie par la vie sensible, est à découvrir par une intuition spéculative. Schelling, en prenant parti pour la seconde, rencontre deux questions à résoudre, étroitement liées d’ailleurs, celle de l’idéalisme et celle de l’interprétation du christianisme.
Celle de l’idéalisme. L'idéal est-il, en tant qu'idéal, une action, une puissance, ce qui est le principe même de Fichte? À ce moment la question ne se pose que d’une facon occasionnelle, à propos de l’art et de l'éducation. Dans le Discours sur les arts plastiques, il combat, en art, le faux idéalisme, celui qui fait précéder la production de l'œuvre d'art d'un modèle transcendant dont elle serait la reproduction. Appelé à collaborer à l'institution d’une académie des Beaux-Arts, à Munich, il ne montre pas moins son sens des réalités; dans cette académie qui devait être surtout une école, il fait une place extrêmement
1. Cf. surtout le dialogue inédit intitulé Clara, über den Zusammenhang der Natur mit der Geistwelt, I, 1x, p. 3 sq., dont l'héroïne a de multiples ressemblances avec Caroline. .
2. Elle n’a paru que pendant son séjour à Münich; mais toutes les circonstances la rattachent à l'époque de Wäürzbureg.
3. Ueber das Verhältniss der bildenden Künste zu der Natur, discours pour le jour de fête du roi, prononcé le 12 octobre 1807 à l'Académie des sciences de Münich (I, vu, p. 291-329); cf. surtout 301-305.
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petite à l’enseignement théorique ; il considère l’enseignement de l’art par l'État comme un pis aller destiné à suppléer pour un temps à un enseignement spontané analogue à celui de la Renaissance. S'il a d’ailleurs confiance dans l'instruction pour fournir les éléments sans lesquels le plus beau génie ne saurait arriver à son mode d’expression, il ne prétend nullement en faire une source d’inspiration !.
L'idée est sans force, impuissante par elle-même à créer le réel; même inspiration dans les approbations qu'il donne au livre de F.J. Niethammer? sur le « Conflit du philanthropisme et de l’humanisme dans les théories pédagogiques de notre époque? ». Le philanthropisme, c’est la réaction du réalisme, des intérêts pratiques contre l’abus de l'idéalisme en éducation. Or ce que Schelling, d'accord avec l’auteur, trouve faux, ce n’est pas un des deux systèmes, mais bien l'opposition établie entre les deux. En effet, il a souvent exprimé son horreur pour la civilisation utilitaire, à laquelle aboutit finalement le fichtéisme, celle qui trouve l'invention de la machine à tisser supérieure à la législation d’un Solon. Cependant l’intérêt général véritable coïncide entièrement avec l'idéal. « L'État qui donne à la culture une direction exclusive vers le gagne-pain, perd tôt ou tard sa place dans le rang des nations cultivées®. »
A son combat contre l’idéalisme, se lient ses idées sur le christianisme. Schelling n'accepte pas l'interprétation vulgaire du christianisme. Il se posait alors sur ce point deux questions : Le christianisme est-il œuvre de spéculation pure, ou guide moral? La vie chrétienne est-elle un idéal inaccessible, ou le fond universel de la vie quoti-
1. Ucber die Verfassung der neuen kôniglichen Akademie der bilden-
den Künste im München, 1808 (I, vi, p. 553).
2. Appelé de Bamberg à Münich en 1808 pour la réforme de l'instruction publique.