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du moins devra-t-on faire du théisme une obligation pour les fonctionnaires publics.
Dans cette espèce de nécessité sociale du théisme, rap- prochée de l’absolue liberté de penser que Schelling revendique toujours pour la pensée philosophique, il y avait un germe fort dangereux de fanatisme; et c'est en effet la grosse objection que Schelling fait à Jacobi : si la philosophie est nécessairement athée, vous arriverez à persécuter, au nom de la société, tous les penseurs libres!. Sans doute ne faut-il rien exagérer sur les excès d’une persécution religieuse dans l'Allemagne de 1812; si l’on songe cependant à tous les dangers qui menaçaient la situation sinon la vie des professeurs allemands dans un pays catholique?, à tous les ennuis que Schelling avait eu à subir à Würzburg, et enfin à sa conviction très ferme que la religion est comme l'unique levier de la vie sociale, on ne peut s'étonner du caractère fort sérieux de ce reproche.
Y a-t-il donc contradiction entre la liberté illimitée de penser et une doctrine traditionnelle comme le théisme? L'esprit francais, clair et franc, résout vite la question : il considère comme incompatibles le rationalisme et le traditionalisme : J. de Maistre s'oppose à Voltaire. Mais l'esprit allemand a plus d’un tour; le théisme, dit Schelling, est incompatible avec la libre philosophie, s’il veut s'imposer à elle de l'extérieur, comme une doctrine toute faite; au contraire, s’il est un produit du développement même de la pensée philosophique, il est non seulement conciliable mais indissolublement lié avec elle.
Tel est le point de vue d’où Schelling tente ici sa démonstration ? contre Jacobi.
2. 11 faut se rappeler l'hostilité de la population münichoise contre les savants étrangers et protestants : le 15 avril 1810, on envahit la maison de Jacobi lui-même ; le 28 février 1811, un attentat est commis contre la vie de Thiersch, et Feuerbach peut écrire : « On connaît l'assassin, mais on ne le poursuivra pas : j'ai toujours sur ma table mes deux pistolets » (K. Fischer, p. 190).
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LE THÉISME. D ENRE 211
L’ « explication préliminaire » montre avec évidence
l'insuffisance des attaques de Jacobi qui s'est appuyé sur la prétendue identité que Schelling établit entre la nature et Dieu; il est certain que, si vers 1801 Schelling avait été assez près de cette doctrine, il s’en était constamment écarté depuis, jusqu’à faire de la nature seulement le fond de l'être, ou l'être enveloppé. Dans une première partie, il expose comment est née la doctrine de Jacobi, celle des Lettres sur Spinosa, quiidentifie toute philosophie démonstrative avec le fatalisme. Puis, dans une seconde partie?, il examine successivement les arguments de cette thèse qui, on le sait, repose avant tout sur la nature de la démonstration *. D'une facon générale, ce que l’on peut tirer du principe d'un raisonnement est inférieur ou tout au plus égal au contenu de ce principe : il est donc impossible de démontrer l'existence de Dieu; car il faut poser le parfait avant l’imparfait, Dieu avant la nature, la cause des choses avant leur matière (Grund). Schelling lui oppose son principe général : tout être développé n'est que le résultat final dont le point de départ est l'être enveloppé ou implicite : cet être enveloppé est la nature ou le fond de l'existence. Le raisonnement est lui-même un passage de l'implicite à l’explicite, nullement du même au même, ni du tout à la partie. C’est par ce principe qu'il prétend concilier le naturalisme et le théisme, Les deux systèmes que Jacobi voit irréductiblement opposés. Enfin, dans une troisième partie“ qui veut être gaie, il fait voir tous ses auditeurs l’abandonnant successivement, d’abord les théistes mécontents de ne lui voir admettre ni la création, ni la véritable liberté, ni le monde des esprits’; puis les rationalistes auxquels vainement, par une contradiction avec son système primitif, il a essayé