‹ SchellingChapitre 127 sur 195 · D LAS POLÉMIQUE AVEC ESCHENMAYER · texte numérisé non relu

D LAS POLÉMIQUE AVEC ESCHENMAYER

de donner des gages en attribuant seulement à la raison ce qu’il donnait autrefois au sentiment; mais les rationalistes sont mécontents du rôle inférieur qu'il laisse à l’entendement, le principe véritablement actif et personnel. IL montre comment, par effroi du naturalisme, on remplace le vrai christianisme qui à quelque chose de physique et de sensible, de réel et massif, par un spiritualisme vide et sans consistance.

La position d'Eschenmayer? n’est pas sans analogie avec celle de Jacobi. Lui aussi attaque la connaissance spéculative, en tant qu’elle veut s’appliquer aux choses morales et religieuses. Mais sa pensée, peut-être moins claire, est plus vigoureuse et profonde que celle de Jacobi. On pourrait d’abord croire avoir affaire à un pur Kantien : son premier reproche est que les concepts de l’entendement humain, ceux de raison (Grund), d’être, de devenir, sont inapplicables à Dieu. Mais l’argument est développé par une espèce de pragmatisme qui nous rejette loin du Kantisme : les raisons qu’il donne nesont pas en effet tirées de la nature de la connaissance, mais bien de la place de l’homme dans l'univers. Il indique cette espèce de scepticisme issu du développement des sciences astronomiques et biologiques, d’après lequel d’une part nos concepts ont un caractère terrestre, sont accommodés au lieu où nous vivons; et d’autre part, l’homme occupe une place infime dans la nature, la terre étant dans l’espace un point dont la disparition serait indifférente à l’universi. Comment dans ces conditions comprendre Dieu universel? en le particularisant, en en faisant une personnalité analogue à l’homme, c’est-à-dire en en faus-

1. Schelling n'était pas le seul à être peu satisfait de la maigreur du Dieu jacobiste. Gœthe donne au fond raison à Schelling, lorsque, après la polémique, il écrit à son ami Jacobi (mai 1812) : « Comme poète et artiste, je suis polythéiste; comme naturaliste, je suis panthéiste, et l’un aussi décidément que l’autre. »

2. Cf. la lettre d'Eschenmayer que Schelling publia avec sa réponse dans le nouveau « Journal universel » (I, vin, p. 145-189).

Page 1