CS ES
voir, et si Cousin prétendait dépasser l'empirisme, il ne pourrait donner aux Français que des idées éparses de la vraie philosophie et par conséquent fausses!.
La Préface à un écrit philosophique de Cousin? lui donna l’occasion de signaler les particularités des philosophes allemands, qui « depuis si longtemps n'ont philosophé qu'entre eux et de plus en plus se sont éloignés, dans la pensée et dans les mots, de ce qui est universellement compréhensible ? ». Or, ce qu'il reproche le plus au métaphysicien français, ce n’est pas son empirisme, que non seulement il excuse par les conditions où s'est développée la philosophie de Cousin, mais qu’il considère comme un truisme sans importance“; mais c'est d’abord son psychologisme, la psychologie étant tout au plus une propédeutique*, et c’est surtout son incapacité de comprendre l’idée essentiellement allemande du procès ou devenir progressifé. Cousin en posant une vérité rationnelle comme un fait immédiat et isolé change cette vérité en quelque chose d’accidentel, de simplement empirique, de mystérieux ?. Le propre de l'esprit allemand serait au contraire de saisir les vérités dans leur genèse. Ainsi s'affirme pour Schelling, après cette expérience, l’isolement de la pensée allemande.
Si profondes que soient pour lui les différences entrela France et l'Allemagne, il ne se place que trop au point de vue allemand pour juger la politique française; à propos des lois scolaires du gouvernement de Juillet, il félicite Cousin « d’avoir sauvé, contre l’obstination de quelques têtes bornées et aveuglées, l’article donnant au clergé sa part à l'éducation du peuple » $, confondant ainsi d’une façon évidente la religiosité allemande, principe diffus . Lettre à Cousin du 27 novembre 1828 (Aus Schell. Leb., III, p. 42).
. Préface, p. 204.
. Lettre du 13 juillet 1833, p. 70.
D © RW D
27 4 Mes a €
1 AU RE RU PRE EE lim ot 5 On 4e ha RSS RE AE CORTE See) LEO LE nee HS AE ER 7 = ie ls Fes : er CE re
LA 2" F x x
dans la mentalité de tous, et la religion catholique, pouvoir social bien défini.
Schelling n’a nile goût ni la volonté de la propagande
directe. Il nesaurait admettre aucune politique active et révolutionnaire ; il est, « par principe, fort peu communicatif » !. L'action directe est inefficace : ilne veutque l’action lente mais infaillible de la science : ce n’est pas par un placage d'institutions, mais par un changement foncier de l'esprit que l’on peut agir. De plus, l'unité de pensée qu’il rêve n’est pas, comme celle d’un réformateur français, une identité doctrinale de tous les esprits; c’est une unité harmonique et hiérarchique, où chaque nation doit rester fidèle à son esprit particulier ; la philosophie totale n’est en aucune d'elles en particulier, maïs dans l’ensemble.
Sur le premier point, il a vu juste : c’est bien, en effet, par l'intermédiaire de la haute culture, et c’est par une transformation lente de l’esprit, surtout dans le domaine des sciences philosophiques, historiques et sociales, que l'esprit allemand a agi sur nous. Jamais une métaphysique allemande n’a pu être transplantée en France; mais l'esprit de ces métaphysiques a eu et aura encoreses heures de triomphe.
Rationaliste et mystique, libre penseur et traditionaliste, naturaliste et théiste, universaliste et nationaliste, tel apparaît Schelling dans les années 1810 à 1815; non pas un éclectique cherchant à faire la part à chacune de ces oppositions, à distinguer des sphères où l’une ou l’autre sont vraies, mais se donnant tout entier à chacun des deux partis qu’il considère comme indissolublement unis. Alliances monstrueuses, dira-t-on.
I] faut remarquer, cependant, que le point de départ ne consiste pas en des oppositions directementposées, maisen une espèce d'état d’indifférence où ces oppositions n’existent pas encore. La synthèse alors n'est pas pour ainsi dire une nouvelle opposition à ces oppositions, donc un