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LA NATURE, L'ESPRIT ET L'AME

est, en un sens, déjà spirituelle; elle a son expression, sa grâce, sa beauté qui sont choses d'ordre spirituel; la présence de formes pures et belles a une action immédiate. Comment, d’ailleurs, résoudre autrement la question toujours controversée des rapports du corps et de l’âme”? Sans doute son attribut d’impénétrabilité est une objection; mais est-il sûr que cet attribut lui soit primitif et essentiel? Des phénomènes comme ceux de l’assimilation organique ne témoignent-ils pas d’une alchimie, d’une compénétration des qualités1?

De la mème façon, le monde des esprits prend pour modèle l’âme universelle qui est au-dessus d’elle, et produit, comme une série de visions, toute la hiérarchie des Idées?.

Ainsis’achève Le devenir progressif (tout idéal d’ailleurs, et qui n’est rien que le plan de la création). Dans la première espèce de devenir, la puissance reste en soi; il n’y a de devenir véritable et libérateur que si elle sort de soi, mais sortir de soi, laisser se relâcher la puissance qui relie les forces de l’être en soi, et devenir miroir ou image d’un être supérieur, c’est tout un. Le phénomène humain du sommeil magnétique nous fait comprendre ce qui se passe. Dans le sommeil magnétique comme dans le sommeil ordinaire s’abolit pour quelque temps l'unité de la personne; mais de même que le sommeil ordinaire est occupé d’une façon constante par des songes dontquelques-uns sont divinatoires, l'esprit, dans l’état magnétique (telle était, à cette époque la croyance de beaucoup de cercles même cultivés), a des pouvoirs guérisseurs et divinatoires; il devient visionnaire. Le sommeil, la crise de la personnalité, a pour effet de rétablir la communication, dissoute à l’état de veille, entre l’homme et le monde des esprits, et l’esprit humain en est devenu le miroir, C’est par des communications semblables, su-

périeures à la personnalité, que devient producteur le génie artistique f. ie

Le devenir est donc le produit d’une sorte de pénétration réciproque des puissances, d'une « théurgie? » où la plus haute s'incline vers l’inférieure. Mais Schelling, même encore ici prisonnier des cadres de la pensée de Fichte, ne veut voir au fond autre chose dans cette pénétration qu'une pénétration du sujet et de l’objet, une sorte de polarisation magnétique qui fait de la puissance inférieure l’objet de la supérieure, son côté réel, celui

où le possible qui est en elle devient réel. Aussi le résul-

tat de tout le processus est-ilune vision, vision momentanée, mais toujours renouvelée ; toute action ou toute force, dirons-nous, est remplacée par une vision; la nature est visionnaire, c’est-à-dire qu’elle puise et voit d'avance dans son commerce avec l'esprit, toutes les formes où elle se réalisera ; l’acte de la nature et toute espèce de mouvement ne sauraient mieux être comparés qu’à l'acte d’un somnambule, à l’automatique réalisation d’une idée fixe ?.

Entre le monde de formes et de visions dont l’histoire est maintenant achevée, et le monde réel dans l’histoire duquel nous entrons maintenant, quel est le rapport? A vrai dire, aucun rapportintime ou intrinsèque; la discontinuité est absolue; Le monde des formes n’est pas le germe d’où sortira, par un développement naturel, le monde réel. L'idéal est, par lui-même, impuissant : le réel est quelque chose de plus etd’irréductible. Bien plus, il ne faudrait pas le croire manifestation et position de l'idéal, de sorte que le monde réel ne fût que la répétition du monde idéal, affecté d’un coefficient réel; au cas où le monde se réalise, il ne sera pas nécessairement conforme au plan idéal. La puissance du réel comme tel se fait justement voir en ce qu'il accepte librement ou au contraire rejette

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