CHAPITRE IV
$ I. — Schelling à Münich et à Berlin.
A partir de cette époque, après une longue période de silence, recommence pour Schelling l’activité professionnelle. Il semble que la pensée de Schelling n’ait jamais pu se développer qu'à cette condition : sauf rares exceptions, il a besoin d’un public tout voisin de lui; il est avant tout professeur et journaliste; dans sa longue période de tranquillité de Münich, jamais il n’a pu faire œuvre de longue haleine : il lui faut, devant lui, quelqu’un à combattre ou à persuader : il est moins satisfait de ses propres pensées que de l'influence qu’elles exercent. C’est d’ailleurs un causeur autant qu’un orateur merveilleusement suggestif : « Quand il entrait dans un cercle social conforme à sa situation, il apportait, sans le chercher, le bonheur et la gaîté, et il éveillait, s’il s’en trouvait, les germes de vie noble, »
C'était, d'après Rosenkranz qui l’entendit en 1836, un orateur véritable. « Debout, dans une attitude énergique, il tirait de sa poche un petit cahier, et se mettait à lire, mais de façon qu’on sentait en lui la plus complète liberté d'exposition, il s’arrêtait de temps en temps et donnait desexplications danslesquelles apparaïssaient les effusions
1. Témoignage de Schubert pendant le séjour de Schelling à Erl K. Fischer, p. 243. 8 rlangen,
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poétiques qu'il sait joindre, d’une façon attachante, avec les tournures abstraites. »
Ces qualités lui donnaient sur les étudiants une influence morale fort grande ; c’est lui qui, à Münich, à la suite d’un désordre d'étudiants dans la nuit de Noël 1830, réussit, par un discours à la fois énergique et bienveillant, à obtenir le calme !. Aussi est-ce aux fonctions de professeur qui lui furent confiées, d’abord à Erlangen (1820-1827), puis à Münich (1827-1841), enfia à Berlin (1841), que nous devons le développement dernier de sa philosophie. Dès 1811, il voulait retrouver une chaire ; mais on lui proposa l’université de Tübingen, et il avait gardé, pour l’accepter, un trop mauvais souvenir de l’étroitesse d’esprit des théologiens. C’est à Erlangen où il résida de 1820 à 1827 qu'il recommenca à faire des cours; ils portèrent pendant les trois années 1821, 1822 et 1823 sur la nature de la philosophie comme science, sur la mythologie antique, et sur l’histoire de la philosophie moderne.
En 18927, il est rappelé à Münich par le roi Louis, qui, monté sur le trône en 1825, veut organiser une université dans sa capitale; il appelle également Baader, puis des amis ou disciples de Schelling, Oken, le naturaliste, Schubert, le mystique, Pachta, le juriste qui, à la fois sous l'inspiration de Savigny et de Schelling, opposait le droit historique au droit naturel. Comblé d’honneurs et d'emplois, conservateur général des collections scientifiques de l'État, président de l’Académie, membre de la commission de réforme scolaire, professeur à l’Université, il vit jusque vers 1834, fort tranquille et fort occupé par ses multiples fonctions, par ses cours et par les discours qu'il avait à prononcer deux fois par an dans les séances publiques de l’Académie. Dans les vingt et un discours publiés dans ses œuvres complètes ?, il s'attache,