LA LIBERTÉ
subjectif, ni qu'il y a ensuite unité entre eux; car ou bien cette unité est une unité profonde et substantielle, et le passage à l'opposition est inexplicable; ou bien c’est l’opposition qui est fondamentale, et alors on ne s’explique ni l’unité qui fait que les opposés s'appellent l’un l'autre, ni la mesure supérieure qui règle l’opposition. Un être, dirons-nous, ne peut être rationnellement que ce qu'il est; la raison ne donne que des principes inertes; le mouvement ne peut se poser que dès l’abord et immédiatement !.
Pourtant cette liberté divine n’est pas encore inconditionnée ; nous la voyons disposer en maitresse absolue les pièces de l’échiquier; mais ces pièces existent auparavant. Le libre devenir ne consisterait-il qu’à déterminer la suite des étapes (préexistantes) par où l’on doit passer, à organiser, non à créer ??
La liberté ne sera complète que si le contenu de ces trois principes impersonnels sont non seulement les jalons de la route de Dieu, mais le résultat d'actes divins. Or, les prédicats de l’être, l’illimitation primitive, la limite qui détermine, et la synthèse des deux, ne sont nullement des prédicats nécessaires de l’être, mais sont posés en lui par Dieu. Le devenir n'est pas seulement libre, il est libération; et il n’est tel que si l’être, d’inconscient qu'il était, arrive, par la voie tragique, pleine de conflits douloureux du devenir, à la joie, cette fois consciente, du retour en Dieu. Or, la libération ne peut venir d’une simple organisation de termes préexistants ; il faut que ces termes soient engendrés dans le devepir ?.
Mais ce n’est pas encore l’absolue liberté du devenir qui ne repose que sur lui-mème. Dieu donne à l'être
des prédicats. L’être en est donc substantiellement in-
dépendant? N'y aurait-il alors devemir et liberté que
dans les formes de l'être? Ce dernier résidu de scolastique est repoussé par l'affirmation que c'est Dieu Juimême la liberté absolue qui devient chacun de ces termes: le devenir n’est véritablement libre et immanent que s’il affecte le fond de l’êtrel.
Ce n'est pas tout encore : la logique habituelle nous force à considérer la trinité d’actes divins comme des possibilités ou des puissances préexistant en Dieu. Si le devenir est la réalisation des possibles, il n’est pas absolue liberté. Il n’y aura donc de devenir absolument libre qu'un devenir créateur, créateur des puissances comme des réalités?.
HI. A la fin de l'Exposition de l’Empirisme, Schelling s’objecte à lui-même qu’il répugne à l'idée de Dieu que Dieu devienne l’être aveugle, la substance cosmique dont l’assujétissement progressif forme l’histoire du monde. Il songeait à la difficulté d'accorder sa doctrine du devenir divin avec le monothéisme ordinaire. Les six premières leçons de la Philosophie de la Mythologie veulent montrer non seulement l'accord du vrai monothéisme avec la doctrine du devenir, mais encore que les deux s’impliquent l’un l’autre.
L'unité appartient-elle à Dieu nécessairement et en vertu de son essence ? Est-elle au contraire, comme l’unité d’une monarchie, un fait qui s’est produit par l’assujétissement des souverainetés antérieures ? Est-ce une nécessité métaphysique, ou une manière de fait historique ?
Cette alternative suppose deux façons de penser très distinctes : d’une part, le déisme rationaliste, issu de la scolastique et des philosophies du xvn° siècle, qui s'est habitué à définir Dieu comme une essence géométrique et à en déduire les attributs, et le Dieu religieux, celui qui s’est laissé vaincre par les faux Dieux du paganisme