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LE MONOTHÉISME

pour se révéler comme Dieu unique et victorieux dans le christianisme!

Or, la supposition d’un être stable, identique à luimême, qui, dans son immobilité, contient et fixe l'être total, est de plus en plus antipathique à l'esprit de Schelling, à son idée du libre devenir; c’est à son esprit spéculatif, non pas à de pieuses raisons, qu'il faut attribuer son attachement au Dieu de la religion. Mais ici, d’une façon sans doute moins profonde et plus exotérique, il ne consent à poser le libre devenir que comme condition du monothéisme.

Dans ce qui précède nous avons vu Schelling procéder du devenir le plus superficiel donné dans l'expérience, au devenir le plus profond. Ici, il procède d’un concept statique, fixe, celui du déisme, à la réalité profonde.

Dieu est l’être universel (das Seyende, esse universale) : or l'être universel contient dans son extension tous les êtres possibles, c'est lui qui nous permet de penser à un être quelconque : Dieu est donc infiniment riche en possibilités; mais si cet être n’a d’autre existence (Sein) que celle du possible, s’il n’a pas cette existence qui s'ajoute au possible pour l’actualiser, il est infiniment pauvre en actualité. Or, le passage de l’être possible à l’être actuel ne peut être le fait du concept; il y faut un devenir qui dépasse la pauvreté de l'être conceptuel ?.

Ii faut donc, pour cette actualisation, comme un gage du devenir futur; mais si Dieu était purement et simplement identique à l’Étre universel, il n’y à plus de devenir possible ; en réalité, Dieu est plutôt le sujet de cet être ;ilest non pas le possible, mais ce qui est le possible, c'est-à-dire ce qui est encore libre de toute fixité, ce qui peut s'exprimer ou non, pure liberté, et pur esprit®.

Doctrine panthéiste, dira-t-on, puisque l'être réel n'est que le déroulement des puissances divines. Pas précisé-

2, P. 29-32. - 3. Selon Schelling, lahveh — je serai.

ment; c’est plutôt ici le principe du panthéisme qui est affirmé que la doctrine même. Le panthéisme en dériverait de la facon suivante : Dieu qui est le pouvoir d’actualiser l'être, ne l’actualise que par son vouloir : seulement, si vous posez en lui un tel vouloir, il n’y à aucune raison pour ne pas l’étendre à tout l’être : le vouloir est uniforme et égal à l'égard de tout l'être, tant qu'il n’est pas limité par un vouloir opposé; de là, dans le panthéisme, cet étalement, aveuglément égalitaire, de toute la substance en une infinité de modes!.

Mais ne s’ensuit-il pas que Dieu qui est pur esprit se perd lui-même en se réalisant? Autant de ma volonté s'exécute, autant de mon pouvoir se perd, etsi je la suppose entièrement exécutée, mon pouvoir, c’est-à-dire ce qu'il y a de spirituel en moi, a entièrement disparu. Dieu, d’esprit, est devenu non-esprit (Ungeist). Dieu, pour rester esprit, devra ressembler à ces rêveurs qui n’agissent pas, par crainte de rendre désormais inutile le bonheur intime et la richesse du rêve. — Dans l’idéalisme de Fichte, l'être est en effet une borne à l'esprit ; et il faut, pour dépasser cette borne, pour retrouver l'esprit, quitter la spéculation pour l’action. — Mais l’action ne spiritualise le réel que superficiellement. Schelling, il est vrai, est d'accord avec lui pour concevoir la vraie et définitive spiritualité non pas comme une vague aspiration qui tient du rêve, mais comme une victoire sur l'être. Seulement l'être n’est pas, chez lui, simple matière et point d'application de l'esprit, il en est la nature, le fond, le soutien. A côté des esprits que l'exécution vide en quelque sorte, comme se vide un vase, il y en a d’autres que l’exécution enrichit et raffermit, chez qui toute extériorisation de la volonté n’est qu'un tremplin pour un bond qui les mènera plus haut; il y en a qui savent faire de ce qu'ils ont fait non pas un éternel présent en quoi ilsse satisfont, mais un passé qu'ils surmonteront. C’est chez ceux-là, chez qui le mouvement

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