MYTHOLOGIE, RÉVÉLATION ET PHILOSOPHIE POSITIVE
$ I. — Le Devenir de la conscience ; la mythologie.
Le procès de l’univers ou de la nature aboutit à la formation de l’humanité consciente et libre. Quelles sont les ‘lois du devenir ou du développement de la conscience humaine ? La conscience est essentiellement savoir, savoir de l'absolu ; il n’y a d’autre conscience que la connaissance de l’être et de l'être divin. C’est dire que l’évolution religieuse coïncide entièrement avec celle de la conscience : c’est donc dans une histoire systématique des religions mythologiques et de la religion révélée qu'il faudra chercher les monuments de ce devenir.
Schelling revient avec passion, à partir de 1815!, aux études mythologiques; il se met au courant de la nouvelle théorie historique de Creuzer; celle-ci était fondée, on le sait, sur les premiers essais de mythologie comparée ; la connaissance plus précise de la littérature des Védas permettait de ne pas se limiter à la Grèce; 1l est vrai que c'était le seul élément nouveau, puisque les autres mythologies orientales ne sont guère connues encore que par la littérature grecque.
On sait à quel point les remarquables travaux de Creuzer ont aujourd’hui vieilli; mais c’est pour cette raison qu’il faut insister sur deux erreurs historiques qui ont permis
1. Discours über die Gotiheilen von Samothralke, 1815, I, vu, 347-42.
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à £chelling de bâtir son système (bien qu’il n’en soit pas totalement dépendant, et que par certains côtés il soit beaucoup plus moderne).
La première concerne les rapports de la mythologie avec la religion proprement dite. Cette question, toujours à l'étude, est loin d’avoir encore reçu une solution satisfaisante. Celle de Schelling, si erronée qu’elle soit, dépasse de beaucoup les théories superficielles qu’il expose et combat au début de ses lecons sur l’Introduction à une philosophie de la mythologie!. La question d’ailleurs se pose de la façon suivante : il s’agit de savoir, historiquement, ce que les hommes pensaient de la vérité de la mythologie, s'ils la considéraient comme des fables inventées par les poètes, ou comme l'expression de la réalité. Serait-ce une invention poétique, un jeu pur et simple? À tout le moins faudrait-il admettre, puisque la poésie a elle-même un fond de vérité, que l’homme y eût recueilli, mais d'une façon chaotique et sans système, ses premières expériences?. Mais encore faut-il préciser quelle réalité entre ainsi dans la mythologie : c’est ce que firent, mais assez malheureusement les évhéméristes épicuriens dont l'opinion est représentée dans les temps modernes par Clericus et Mosheim, c’est ce que firent les allégoristes stoïciens, auxquels Schelling rattache les études de Heyne et La nouvelle étude de Hermann (1817) sur la théogonie d’'Hésiode qui voyait dans ce poème une philosophie naturaliste et antithéiste®.
Dans tous les cas, la mythologie, qu’elle existe comme un conte, ou comme le revêtement de théories philosophiques, n’aurait aucune signification religieuse. — Mais comment expliquer alors le caractère religieux qu’elle possède certainement et que ni la poésie ni la philosophie n'ont pu lui donner? Ce caractère lui vient-il par le proces-
1. Hislorisch-hritische Einleitung in die Philosophie der Mythologie, II, 1, p. 1-252.